Fallait-il fermer le métro plus tôt le 22 mars? Les explications du Centre de crise

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La centrale 112 de Louvain a-t-elle refusé des renforts bruxellois, le matin du 22 mars, pour l’aéroport de Zaventem ? C’est ce qu’a tenté de déterminer ce mercredi la commission attentats, présidée par Patrick Dewael. Une étape importante de la commission d’enquête qui a confronté deux points de vue : celui du lieutenant Erik Engels, chef de la centrale 112 du Brabant-Flamand et celui de Jean-Paul Labruyère, deuxième commandant du Siamu bruxellois. Dont les versions se contredisent.

Pour rappel, ces dernières semaines, une polémique était née quant à l’envoi d’ambulances, le 22 mars, à l’aéroport de Zaventem. Par la voix de Cécile Jodogne, secrétaire d’Etat (Defi) en charge du Siamu puis de Tanguy du Bus de Warnaffe (officier du Siamu, qui s’était rendu à l’aéroport), le Siamu avait fait état de propositions d’aide (par l’envoi d’ambulances et d’hommes) que le 112 de Leuven aurait refusées. « On aurait pu envoyer plus d’ambulances plus vite », avait dénoncé, dans les colonnes du « Soir », Cécile Jodogne. « J’ai supplié, je me suis fâché », avait ajouté Tanguy du Bus de Warnaffe.

Les versions des services de secours confrontées

Ce mercredi après-midi, Erik Engels et Jean-Paul Labruyere ont livré une version nuancée des faits. Pour le chef fonctionnel du 112 de Leuven, le réflexe de ses équipes, le 22 mars, a été de respecter les procédures prévues par le SPF Santé publique. Lesquelles définissent des règles très précises : des besoins en hommes et matériels selon la gravité de la situation, ainsi qu’une chaîne de commandement et de décision. « Nous nous y sommes tenus strictement, c’est indispensable en pareilles circonstances », a insisté Erik Engels.

De son côté, Jean-Paul Labruyere a assumé avoir ‘by-passé’ les circulaires du SPF Santé publique, fort de son expérience et de sa connaissance du terrain. En clair, le deuxième commandant du Siamu a pris l’initiative d’envoyer des moyens à Zaventem, « pour les mettre à disposition de ses collègues flamands, au cas où ». Et, à Maelbeek, Jean-Paul Labruyere, a immédiatement décidé d’envoyer davantage d’équipes, par-delà les règles en vigueur : « Je connais le métro, je sais qu’à cette heure-là, les lignes sont pleines ».

Conclusion : deux approches assumées et revendiquées par les deux hommes. Qui soulignent en choeur le travail de plusieurs députés et l’efficacité de la réaction des secours, le 22 mars, sur le terrain. Et en plaidant, dans le chef de Jean-Paul Labruyere, pour une « homogénéisation » : « Vu la configuration géographique, le Brabant flamand et Bruxelles doivent travailler ensemble. Il y a du respect mutuel, nous devons davantage nous exercer ». Erik Engels, lui, défend les procédures en vigueur, « qui, bien sûr, doivent toujours être améliorées ».

Fermer le métro, la décision de la police fédérale

Une autre audition - très attendue - suivait celles de Jean-Paul Labruyère et Erik Engels. Alain Lefèvre, directeur par intérim du Centre de crise a détaillé très précisemment la matinée du 22 mars. Le passage au niveau 4 a-t-il été décidé à temps, communiqué correctement? Quid de la fermeture du métro?

Après être revenu sur la chaîne de décisions prises le 22 mars, le directeur par intérim du Centre de crise a répondu aux questions des députés. Pour la plupart, ces interrogations tournaient autour du passage au niveau 4 et de la fermeture du métro. Alain Lefèvre est longuement revenu sur la décision de fermer le métro : «Il n’est pas judicieux de dire que cela doit être automatique», a insisté M. Lefèvre. «Il ne peut y avoir d’automatisme en matière de sécurité, ce serait inapproprié». Cinquante quatre minutes ont été nécessaires: «C’est une procédure de collecte d’informations et d’analyse. Cela prend du temps. Il faut prendre des décisions en connaissance de cause», a souligné le directeur, rappelant au passage que d’autres villes confrontées à des attentats n’avaient pas ordonné la fermeture de leur métro.

Et rappelle que la décision de fermer le métro dépend de la police fédérale : « Le directeur DAO de la police fédérale prend les contacts nécessaires pour que cette décision soit exécutée. C’est à lui de le faire. » Et détaillé la procédure : « Nous avons, lors de la discussion, passé en revue la question des capacités : on ne peut pas garantir un haut niveau de sécurité, vu les forces disponibles, c’est pour ça que Jan Jambon a décidé, à 8h52, de fermer le métro. »