L’auto, des pionniers, des inventeurs et des anecdotes

Des champions, des bolides, des marques mythiques, populaires ou luxueuses, des progrès plutôt… rapides. Pour son 4 e livre, le journaliste Christian Vignol retrace « une mutation de 130 ans ». Ce passionné de moto et de vélo, mais qui aime aussi l’auto dans ce qu’elle comporte d’aventure humaine, a collecté 1.001 petites et grandes références qui peuvent faire sourire ou nous passionner.

À quand faites-vous remonter la première automobile, vous dites 1740 avec le Grenoblois Jacques Vaucanson ?

Les débuts furent héroïques et balbutiants. Disons qu’il y a eu beaucoup de brouillons de l’automobile qu’on ne pouvait pas appeler ainsi. Quelques audacieux isolés ont d’abord tenté de faire bouger un véhicule par ses propres moyens, sans moteur et sans chevaux. C’était un vieux rêve qu’on caressait déjà depuis Léonard de Vinci. On a même fait avancer un véhicule à la dynamite par des à-coups successifs mais il faut en fait remonter à la fin du XIX e siècle pour parler de la naissance de l’automobile. Plusieurs pays se disputent la paternité, Français, Allemands, Anglais. Beaucoup d’ingénieurs travaillaient chacun dans leur coin.

Au début, on charge un gars avec un drapeau de prévenir de l’arrivée “imminente ” d’une auto !

Au-dessus de 9 km/h, l’auto faisait peur et il fallait prendre des tas de précautions. Une lanterne devait annoncer le convoi. Il fallait prévenir les communes trois jours à l’avance. Longtemps, les limitations de vitesse furent de 9, 12 et 19 km/h. C’était dérisoire. Et les premières courses automobiles étaient suivies… à bicyclette par les journalistes. En 1894, le rallye Paris-Rouen, 126 km, se déroule à 12,5 km/h mais on enregistre des pointes à 23 km/h. On criait déjà au loup. On avait peur pour les poules traversant les routes, pour les enfants. On appelait au secours avant d’avoir mal.

L’histoire de l’automobile passe par de grands hommes, Louis Renault, André Citroën, Henry Ford et par de grandes rencontres…

Dion rencontre Bouton, Panhard s’allie à Levasseur. Rolls croise Royce, ce sont des associations d’un bricoleur de génie et d’un homme d’affaires. Ces mariages ont donné des résultats fabuleux. On compte aussi des personnalités hors du commun. Henry Ford a révolutionné non seulement l’automobile mais aussi tout le monde ouvrier avec le travail à la chaîne, sa façon paternaliste de diriger une entreprise. Il a été plébiscité avant d’être crucifié par les syndicats. Sa Ford T reste le premier modèle de grande série, pas cher, avec des ventes records de 15 millions d’unités. Elle ne fut dépassée que par la Coccinelle, arrivée plus tard et vendue plus longtemps.

Ensuite Hitler a repris le concept avec la VW !

Pour des raisons de pure propagande : il avait promis à tous les Allemands d’avoir leur voiture. Mais à l’entrée de la guerre, seuls quelques prototypes circulaient avec seulement quelques privilégiés pouvant en profiter. Ce n’est qu’après la guerre qu’elle a pris son envol. Elle ne devait pas coûter plus de 1.000 marks.

La légende se construit aussi avec l’adrénaline des courses et ce fameux mur des 100 km/h.

Le mur des 100 km/h a longtemps été mythique, comme le passage du mur du son. Beaucoup de sceptiques pensaient que cela ne se ferait jamais. Ils n’y croyaient pas du tout. Et puis, une voiture belge a battu ce record, la “Jamais contente ”. Ont suivi les premières courses automobiles qui étaient très dangereuses avec beaucoup de morts, jusqu’à ce qu’on construise des circuits prévus à cet effet, Monza, Spa, Nürburgring, en route vers la Formule 1, avec des as du volant comme Fangio, adulés comme des héros.

Les Belges écrivent quelques belles pages de cette formidable légende : pourquoi a-t-on oublié leur contribution ?

Et comment ! Les Belges l’ignorent trop souvent. Nous avions des fleurons comme Minerva, Excelsior ou Imperia. La Minerva rivalisait avec la Rolls. C’était un carrosse motorisé. Sur le plan des performances, les Imperia brillaient sur tous les circuits. C’est vraiment dommage que, une nouvelle fois, le gouvernement ait laissé disparaître ces marques par négligence ou désintérêt en supprimant toutes les protections douanières. C’est une grosse perte. Je rappelle aussi que la FN liégeoise fut, à un moment donné, la marque vendant le plus de voitures dans le monde. J’ai le souvenir de trois anciennes voitures FN conservées au fond du jardin de mon oncle. Je jouais gamin dans les carcasses de ces voitures, dans les hautes herbes. Elles étaient très complètes et je me souviens d’un superbe intérieur cuir.

Impossible de ne pas citer le quatuor italien de rêve : Bugatti, Maserati, Ferrari, Lamborghini. Pourquoi eux ?

Parce que ce sont les ambassadeurs de la haute couture italienne. Ces marques font rêver, même si elles ne sont pas les plus fiables. Quel prestige ! Conduites par des commendatori, c’était à qui gagnait 5 km/h de plus face à ses rivaux. C’est la quintessence. Bugatti a gardé le haut du pavé très longtemps et ses voitures sont devenues inestimables !

À l’autre bout de l’échelle, certaines “bagnoles ” ont conquis tout le monde : quelle est leur botte secrète ?

La 2 CV, la DS, la Mini, la Coccinelle… leur concept était tellement original au départ qu’elles ont traversé 50 ans d’histoire. Une telle longévité avec une telle modernité est très rare, surtout à notre époque de changements rapides. Il y des millions de 2 CV et de Cox qui roulent encore dans le monde, totalement increvables. On ne compte plus les mordus. Mais je cite aussi la Jeep, ce vaillant petit soldat, qui a survécu à la guerre.

L’auto doit aussi beaucoup à celui qui inventa les pneumatiques, une avancée majeure…

On le doit au vétérinaire écossais John B. Dunlop. Il avait été frappé par son petit-fils et son tricycle aux roues de bois, chahuté par les cahots. Il s’est dit que ce n’était pas possible. Il a alors inventé les premiers pneus pleins à base de boyaux d’animaux. Dunlop a vendu son brevet pour des queues de cerise ; il n’a jamais fait fortune. Michelin a repris l’idée. Le caoutchouc est arrivé ensuite mais cela n’évitait pas les crevaisons. On a commencé avec du caoutchouc plein. Ce n’est qu’ensuite qu’on a mis une chambre à air. Avant, on roulait sur des jantes en bois ou en métal.

Demain, l’histoire continue mais comment ? Avec l’électrique ?

C’est le futur, oui, même si on ne peut pas révolutionner tout le parc automobile en une fois. Il y a trop d’intérêts en jeu. Les contraintes environnementales nous mènent petit à petit vers la fin du moteur à explosion. L’hybride est une mesure transitoire nécessaire mais le tout électrique a la main, c’est sûr. Jusqu’ici, il concernait des petites citadines avec un rayon d’action assez limité, de l’ordre de 150 km. Aujourd’hui, la donne change : Tesla atteint 450 km d’autonomie. Les prix restent élevés mais on est descendu de 75.000 à 35.000 euros, abordable. Le carnet de commandes ne désemplit pas. Son propriétaire américain est un visionnaire.

“La curieuse et amusante histoire de l’automobile ”, par Christian Vignol, éd. Jourdan, 219 p., 17,90 €.