Acheter court en organisant les circuits

Les circuits courts se multiplient, dans tous les sens. Mais trop peu de consommateurs, ou plutôt de consom-acteurs connaissent ce qui existe tout près de chez eux, dans des marchés ou à la ferme, ce qui est disponible en termes d’achats locaux et régionaux, bio ou non.

La semaine passée, dans un endroit très symbolique à ce niveau, puisqu’il s’agissait de la halle de Han, le premier lieu à avoir adopté ce type de vente, la députée provinciale Thérèse Mahy (CDH) a décidé de lancer des Etats généraux des circuits courts en Luxembourg. Parce qu’il y a de la matière à organiser un peu mieux ce secteur, voire à le dynamiser. « Le rôle de la Province est de fédérer toutes ces initiatives, d’accompagner les producteurs, de les aider dans la promotion de leurs produits, note la députée. Les Etats généraux ont permis de dresser un état des lieux et de permettre aux gens de se parler. Toutes ces structures et producteurs ne se connaissent pas nécessairement. Dans un second temps, je vais organiser des réunions de travail décentralisées, sud, centre et nord de la province, avec les acteurs présents aux Etats généraux et de nouveaux éventuels, pour établir des ponts, des liens. Il faudrait aussi idéalement sensibiliser les collectivités, les écoles, revoir les cahiers de charge des marchés publics, souvent compliqués. »

Des halls relais, en projet depuis des années, devraient par ailleurs voir le jour dans les mois à venir. Ce sera le cas à Marloie bientôt (lire ci-contre), pour transformer et centraliser les produits locaux. Il existe une structure de distribution à Beauplateau. Dans le sud, le Parc naturel de Gaume est intéressé pour en démarrer un. Cette structure a répondu à un appel à projets de hall relais agricole du ministre Collin.

Selon les données statistiques, la Wallonie totaliserait environ 13.000 agriculteurs mais seulement 7,4 % d’entre eux font de la vente directe. Quant à la transformation de produits à la ferme, 220 producteurs wallons sont concernés (1,52 %) pour 546 dans l’ensemble du pays (1,27 %). C’est trop faible, évidemment. « Le secteur bio est le plus dynamique à ce niveau et il faudrait s’inspirer de sa méthode de travail, note Marie-Hélène Burion. Il y a donc de la place pour de nouvelles perspectives. Plusieurs producteurs sont en phase d’agrandissement, il y a régulièrement des ruptures de stock. Mais il faut un changement politique pour mieux soutenir ce secteur. »

La province de Luxembourg dénombrerait 230 producteurs et artisans-transformateurs, 37 producteurs de légumes, 50 producteurs de produits laitiers. 25 fermes sont dotées d’une boucherie ou proposent des colis de viande.

Il existe tout de même une structure pour faire connaître tous ces produits régionaux, à savoir le site en ligne www.terroirlux.be. Cette initiative a été mise sur pied en avril 2014 par divers partenaires du sud de la province. Elle est aujourd’hui coordonnée par la Province, en partenariat avec la FTLB. Terroir-lux s’appuie sur un vaste réseau de partenaires qui couvrent le territoire provincial

C’est un bel outil de promotion, mais aussi une base de données unique, un réseau de partenaires et une structure fédératrice qui a déjà connu de belles avancées depuis sa création, mais que l’on peut encore développer.

Agrinew, un ambitieux projet à Marloie

Le Centre d’économie rurale (CER) de Marloie a démarré ce projet en 2010, en répondant à un appel à projets pour un hall relais.

« On voulait construire une fromagerie, qui fonctionnerait par location pour les producteurs, plus une laiterie-fromagerie basée sur une coopérative d’agriculteurs qui fabriquerait un seul type de fromage, commente Alain De Bruyn, porteur du projet. Mais fabriquer un fromage à pâte dure cuite vieilli en cave de 6 mois à un an demandait un gros capital bloqué. Pas simple pour les agriculteurs… »

Le CER a dès lors revu son projet qui est basé sur des ateliers mis à disposition de producteurs, le temps de se lancer. Le gros souci est souvent d’investir sans avoir de réseau de vente, ce qui est coûteux vu les exigences sanitaires alors que le contexte agricole est déjà compliqué… S’y ajoutera un atelier de découpe-emballage de fromages tranchés prêts pour le secteur horeca et les collectivités, et des ateliers pour la viande et de découpe de légumes.

Le producteur pourra louer un atelier

Ainsi vivra l’ASBL Agrinew, plus joliment appelé « atelier de transformation Famenne et Terroir ». Le producteur pourra louer un atelier à la demande, pour ½ journée, une journée. « Nous travaillerons aussi avec le centre de formation Famenne-Ardenne qui réinsère des travailleurs, il y a donc un aspect social, poursuit Alain De Bruyn.

Il continue : « Nous allons nous installer dans l’ancien centre d’insémination de Marloie, après rénovation. Le permis d’urbanisme sera déposé cette semaine et les travaux devraient démarrer cet automne pour un coût estimé à 740.000 euros, dont 90 % de subsides via l’appel à projets. Le projet sera fonctionnel mi-2017. Il y a une forte demande pour les secteurs viande et légumes, notamment pour valoriser la viande bio qui part trop souvent dans le circuit classique, sans une valorisation spécifique. On envisage de fabriquer des colis de viande, des saucisses, pâtés, terrines, de la confiture, des sirops, de la ratatouille, des légumes, en bocaux, en sachets, sous vide et en barquettes.

Agrinew veut donc promouvoir et valoriser les produits issus de l’agriculture wallonne, promouvoir une agriculture durable et rentable, notamment via les circuits courts, encourager les agriculteurs à développer de nouvelles activités et les aider à concrétiser leurs projets.