Liège parée à virer végétal

Un bateau vivre, une incroyable passerelle comestible, un kiosque végétal… Durant l’été, la Cité ardente ruisselle de verdure.

Temps de lecture: 4 min

Face à l’impérieuse et blinquante tour des finances, l’ancien chalutier normand fait figure d’épave. Posé sur la pelouse des quais de Meuse, la proue dirigée vers le saillant de verre, il mime un assaut contre l’argent tout puissant, digne de Don Quichotte. Dégoulinant de légumes et de fleurs, le voici bientôt arche végétale, antre nourricier d’une cité qui, après le déluge de l’alimentation industrielle, aurait perdu tout lien à la terre. Dépouillé de ses cuivres et autre attirail marin, délavé et troué en sa coque mais gardant sa dégaine de roi des flots, il trace un nouveau sillon comme on déchire un prospectus de grossiste en pesticides.

« Dès que je l’ai vu, abandonné sur un quai du port de Liège, je l’ai trouvé magnifique, raconte le sculpteur Alain De Clercq qui, dans le cadre de « Liège Souffle Vert » – un événement conçu par l’ASBL « Songes » et financé par l’association de mécènes Co-Legia- s’est associé à des militants de la permaculture pour installer ce « bateau vivre » en bord de Meuse.

« Nous allons amener 10 tonnes de terre, la disposer dans des bacs tant au pied du bateau que sur le pont et faire pousser un biotope de légumes, et de fleurs, sans aucun engrais chimique ni pesticides », déclare Rachel Flausch qui vient de suivre une formation en maraîchage bio. « Tous les dimanches, durant l’été, nous proposerons, en collaboration avec l’association Ecotopia de Tilff et le mouvement Toute autre alimentation, des ateliers permettant aux citoyens de se réapproprier leur alimentation dans le respect de la nature et de l’humain ». Line Brasseur ajoute : « Grâce à cette arche végétale, nous allons sensibiliser le grand public à l’importance de la protection des semences et lui apprendre notamment à les récolter lui-même ».

Le « bateau vivre » n’est qu’une des six installations végétales disséminées dans le centre urbain liégeois. Quai Churchill, les élèves de l’école primaire de Mehagne ont planté des fleurs et imaginé des sculptures aériennes. Place Saint-Pholien, un collectif emmené par Urbagora pose des escabelles végétales. Chaque projet est porté la fois par un artiste, un collectif citoyen et des spécialistes du végétal et intégré dans un parcours qui valorise les espaces verts existants (voir l’infographie). « L’objectif est de susciter une réflexion collaborative sur le lien entre l’homme et la nature », explique Louise Massart, responsable du projet « Souffle Vert ».

À proximité du Palais de Justice et de la passerelle de la principauté, un artiste plasticien et les ASBL « Amis du jardin botanique » et « Altervoyages » ont dessiné un kiosque végétal pouvant accueillir une douzaine de personnes pour une halte urbaine à l’ombre de plantes exotiques, propice à l’évasion. Au pied de la passerelle d’Outremeuse, le mouvement des incroyables comestibles fabrique d’impressionnants bacs potagers qui seront, dès ce week-end, plantés de courgettes, salades, haricots, aromates et autres fleurs comestibles.

« Une vingtaine de jardiniers volontaires ont semé des légumes et s’apprêtent à apporter les plants. Pour l’entretien des bacs, des personnes se sont spontanément proposées, inspirées notamment du film ‘Demain’ », explique Emilie Thomas qui coordonne l’Incroyable passerelle avec le centre du Beau-Mur.

L’ensemble du parcours végétal sera inauguré le 25 juin prochain. « Nous avons conçu cela comme un premier festival végétal que nous espérons rééditer tous les 2-3 ans », poursuit Louise Massart.

Quant au « bateau vivre », son avenir reste fragile. A la clôture du festival, il devra à nouveau changer de quai. Mais qui voudra du vieux chalutier ?

Un financement multiple

Porté par l’ASBL « Songes », le premier festival végétal « Liège Souffle Vert » a reçu le soutien de l’association de mécènes Co-Légia qui réunit une quinzaine d’entrepreneurs. Près de 18.000 euros ont ainsi été consacrés à « Liège Souffle Vert », chaque projet recevant 2.500 euros. Une somme relativement modeste que les participants ont amplifiée en recourant par exemple au financement participatif. Les concepteurs du « bateau vivre » ont ainsi lancé sur la plateforme belge crowndin.be un appel à l’aide pour financer le transport du bateau et ont déjà récolté plus de 5.000 euros. Quant à l’Incroyable passerelle, elle est réalisée en grande partie à partir de matériaux de récupération et les plants ont été obtenus grâce à la participation de jardiniers volontaires.

Le festival se déroule du 25 juin au 15 septembre et sera jalonné de rencontres et d’animations reprises soit sur le facebook des participants soit sur le site internet www.liegesoufflevert.be qui, d’ici le 25 juin, proposera un agenda des activités, des infos sur les visites guidées ou encore des brochures téléchargeables sur le parcours urbain.

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