Dans les pas de Victor Hugo à Villers-la-Ville

C’était, plus que probablement, un faux. On voit d’ailleurs mal ce défenseur du patrimoine souiller de la sorte un site pour lequel il avait beaucoup d’admiration et laisser, qui plus est, à la postérité, un texte contenant des fautes d’orthographe. Enfin, alors qu’il notait les moindres faits et gestes de leurs visites et déplacements, Victor Hugo, pas plus d’ailleurs que ceux qui avaient l’habitude de l’accompagner, n’a jamais évoqué cette “anecdote ”. Victor Hugo est, pourtant, venu plusieurs fois à Villers-la-Ville. Le lieu l’a même inspiré, dès sa première vision, en avril 1861. Il pense d’ailleurs s’y installer pour achever l’écriture des “Misérables ”, mais l’humidité ambiante, peu propice à la guérison de ses maux de gorge, va le pousser à trouver un autre “trou où se fourrer ” pour achever cette tâche. Et ce trou sera… Waterloo. Il n’empêche, l’abbaye de Villers recevra, bel et bien un hommage littéraire éternel, Hugo lui offrant une très belle description dans “Les Misérables ”. Il y écrit : «L’auteur de ce livre a vu, de ses yeux, à huit lieues de Bruxelles, c’est là du Moyen Âge que tout le monde a sous la main, à l’abbaye de Villers, le trou des oubliettes au milieu du pré qui a été la cour du cloître, et, au bord de la Dyle, quatre cachots de pierre, moitié sous terre, moitié sous l’eau. C’étaient des in-pace. Chacun de ces cachots a un reste de porte de fer, une latrine, et une lucarne grillée qui, dehors, est à deux pieds au-dessus de la rivière, et, dedans, à six pieds au-dessus du sol. Quatre pieds de rivière coulent extérieurement le long du mur. Le sol est toujours mouillé. L’habitant de l’in-pace avait pour lit cette terre mouillée… » Un an plus tard, de retour sur le site, Victor Hugo va toutefois constater que «la boîte de pierre à mettre les hommes » n’y est plus. La parution des “Misérables ” qui la dénonçait n’y est, selon lui, pas étrangère. Mais le lieu continue à l’inspirer. Il est plus que probable qu’il ait donné naissance à l’un de ses plus beaux poèmes, “Dans les ruines d’une abbaye ”. Trois dessins à la plume ou à la mine lui sont aussi consacrés. Ils représentent la porte des convers, la brasserie ainsi qu’une vue générale. Un siècle et demi après, les ruines de l’abbaye de Villers sont toujours aussi impressionnantes. Ses gestionnaires ont, au cours des siècles, réussi à conserver cette grandeur et ce romantisme qui avait tant marqué Victor Hugo. Certes, des restaurations ont été menées, et bien menées. Du printemps à l’automne, des rendez-vous festifs et culturels profitent de la grandeur des lieux, les éclairant majestueusement. D’ici peu, même, un nouveau centre d’interprétation verra le jour. On y apprendra tout de la vie monastique au sein d’une abbaye qui, à son apogée, aura hébergé jusqu’à cent moines et trois fois plus de convers.

Plus d’infos ? www.villers.be

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