«Théroigne de Méricourt» retrouve ses Ardennes

Au Fourneau Saint-Michel, à Saint-Hubert, Fabrice Gardin met en scène la vie tumultueuse de Théroigne de Méricourt, héroïne belge méconnue qui a traversé l’Europe des Lumières

Temps de lecture: 3 min

On l’appelle l’Amazone des Ardennes ou la Jeanne d’Arc belge. Née en 1762 à Marcourt dans une famille de paysans, Anne-Josèphe Terwagne va intégrer la haute société et voyager à travers toute l’Europe, s’imprégnant des idées révolutionnaires de l’époque. Devenue Théroigne de Méricourt, elle sera emprisonnée par l’empereur d’Autriche, puis s’emparera du droit des femmes dans le dernier combat politique de sa vie. Tantôt décriée, tantôt admirée, Théroigne de Méricourt aurait même inspiré Eugène Delacroix comme modèle pour son tableau La Liberté guidant le peuple.

Entre rébellion et folie, son parcours inspire aujourd’hui tout un volet théâtral créé ce mois-ci à Saint-Hubert, au cœur même de son Ardenne natale. En vue de redynamiser le Fourneau Saint-Michel, musée à ciel ouvert consacré à l’architecture et au mode de vie de la Wallonie d’autrefois avec des habitations reconstituées à l’identique, la Province de Luxembourg et la Maison de la culture Famenne-Ardenne ont commandé deux spectacles : le premier se jouera en plein air, l’après-midi, décliné en cinq tableaux sur cinq lieux pour raconter la vie de Théroigne de Méricourt. Le second se jouera le soir, sous chapiteau, et se concentrera sur son rôle lors de la Révolution française, dans une mise en scène de Fabrice Gardin. « Je me suis évidemment documenté sur sa vie, nous confie le metteur en scène. Elle a eu un parcours incroyable. Issue du peuple, elle a eu une enfance dure, entre sa mère qui meurt quand elle a cinq ans et son père qui fait faillite. Elle devient vachère à 14 ans, puis repasse aux mains d’une tante à Liège, avant de devenir dame de compagnie à 20 ans. Sa maîtresse l’emmènera en Angleterre où elle tombe amoureuse d’un homme converti aux mœurs délurées de l’époque, proche d’un marquis de Sade. Elle tombe enceinte mais son bébé meurt. Elle arrive à Paris en 1789 où elle va entendre Rousseau et Voltaire, suivre les débats de l’Assemblée. Plus tard, elle reviendra à Paris, rencontrera Robespierre, Marat, Danton et participera à la prise des Tuileries. Pour éviter le piège didactique, j’ai voulu que la pièce se concentre sur un moment fondamental de sa vie, la Révolution française, parce que c’est sans doute l’époque la plus théâtrale. »

Porte-parole du droit des femmes

Aidé de six comédiens et d’un musicien, Fabrice Gardin ménage plusieurs rythmes dans la pièce. « Quand les gens rentrent, il n’y a rien, et on construit tout au fur et à mesure. La dynamique sera en partie celle du théâtre de rue, puisque la troupe va chanter, danser, faire des blagues, en illustrant les épisodes de sa vie jusqu’à la Révolution française. C’est à ce moment-là que l’on jouera plus sur l’émotion, le côté plus théâtral. J’ai, par exemple, inventé une réunion secrète chez Théroigne de Méricourt avec Robespierre, Marat, Danton, où ils vont décider de la prise des Tuileries. Ou encore cette scène entre elle et l’empereur d’Autriche, entre une femme qui se bat pour sa liberté et un chef d’Etat qui défend ses intérêts économiques. Cette scène pourrait tout à fait se passer aujourd’hui. »

Les costumes souligneront d’ailleurs cette ambiguïté en mélangeant une certaine modernité avec des éléments d’époque. Contemporaine d’Olympe de Gouges, et porte-parole comme elle du droit des femmes, Théroigne de Méricourt sera interprétée par trois comédiennes différentes, pour illustrer les différentes époques de sa vie. De quoi réhabiliter un personnage délaissé par les manuels d’histoire belge.

Du 6 au 15 août sur le site du Fourneau Saint-Michel, à Saint-Hubert. www.maisondelaculture.marche.be

 

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