Il est bien le nouveau roman d’Amélie Nothomb?

Dans “Riquet à la houppe ”, sorti le 17 août, la romancière belge revisite le conte de Charles Perrault pour nous offrir un agréable roman empreint de philosophie.

Temps de lecture: 3 min

Cachée ou sublimée par une voilette noire à pois, Amélie Nothomb pose sur la couverture de “Riquet à la houppe ”. Le portrait révèle une femme sophistiquée au regard mutin. Sans doute est-ce la juste image d’une romancière qui, livre après livre, depuis 1992 et le fameux “Hygiène de l’assassin ”, nous emmène dans un monde original où règnent toujours l’humour et souvent la cruauté. Des personnages au nom à coucher dehors, des “Pétronille ”, “Astrobale ”, “Plutarque ” ou autre “Zoïle ” s’y affrontent pour aborder avec légèreté des thèmes essentiels tels que l’identité, la lutte du bien contre le mal, l’adolescence, la beauté ou l’amour… Cette année, Amélie devenue baronne et membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, reste fidèle à elle-même. Pour ce 25e man, elle s’empare à nouveau d’un conte de Charles Perrault, comme elle l’avait fait en 2012 déjà, revisitant celui de Barbe bleue. Elle avait alors transformé le terrible assassin en un homme fascinant, absolu et romantique. Cette fois, elle s’empare de “Riquet à la houppe ”. À la fin du XVIIe siècle, Charles Perrault popularisait cette histoire d’une reine mettant au monde un bébé d’une laideur si grande qu’une fée compense la tare en lui offrant l’intelligence et le don de procurer de l’esprit à la personne qu’il aimera. Devenu adulte, l’affreux Riquet rencontrera une princesse superbe que personne ne regarde tant elle est stupide. La fin est prévisible, tout comme la morale, qui vante les pouvoirs de l’amour. Aimer épanouit et fait resplendir; aimer fait voir l’autre autrement, qui devient beau et spirituel. Aujourd’hui, sous la plume de la romancière belge, Riquet la houppe s’appelle Déodat et n’est plus le fils d’un roi mais l’enfant d’une danseuse et d’un cuisinier parisiens. Il est d’une laideur repoussante, effrayant ses parents à la naissance. Mais il se montre très vite d’une grande intelligence, à la fois intellectuelle et humaine : «L’enfançon avait cette forme supérieure d’intelligence que l’on devrait appeler le sens de l’autre. L’intelligence classique comporte rarement cette vertu qui est comparable au don des langues: ceux qui en sont pourvus savent que chaque personne est un langage spécifique et qu’il est possible de l’apprendre, à condition de l’écouter avec la plus extrême minutie du cœur et des sens. » Ce don va permettre à Déodat de comprendre la répulsion qu’il engendre, de l’accepter et d’approcher chacun pour le séduire et s’en faire aimer. Dans ce “Riquet ”, Amélie nous parle encore une fois d’amour, de ce sentiment qui, comme elle le dit, donne sens à l’existence. «Bénis soient ceux qui inspirent l’amour» est la phrase qui accueille les visiteurs sur le site de l’écrivain. Mais surtout, elle livre ici sa conception de l’intelligence et aborde la problématique de l’injustice des naissances et de la force que son acceptation peut engendrer. Déodat accepte sa laideur : «Rarissimes sont ceux qui optent pour la porte étroite de la troisième voie; reconnaître l’injustice pour telle, ni plus ni moins, et n’en tirer aucun sentiment négatif. Ne pas nier la douleur de sa condition, mais n’en conclure strictement rien». Amélie, la romancière, se mue en philosophe, parlant aussi des vertus de la contemplation et du silence et croquant au passage notre société, son agitation, ses amalgames, ses préjugés, ses stars, sa télé. À presque 50 ans, la romancière devient une sage tout en restant la conteuse talentueuse qu’elle est, même si ce Riquet à la houppe, si moral et moins fantaisiste, ne fait pas partie de ses meilleurs opus.

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