La légende du jazz, Toots Thielemans, s’est éteinte

Toots Thielemans est décédé ce lundi matin. Il était hospitalisé depuis un mois, à cause d’une mauvaise chute. Il s’était fracturé l’épaule, il avait dû être opéré et ça l’avait considérablement affaibli. À 94 ans, en effet… Les funérailles se tiendront à La Hulpe, où il habitait, mais la date n’est pas encore décidée. Un registre de condoléances sera ouvert à la maison communale de La Hulpe.

Le jazz en Belgique, c’était lui. Son harmonica symbolisait cette musique. Il le portait toujours dans la poche de poitrine de sa veste et le sortait pour ponctuer une phrase, colorer une explication, s’exprimer tout simplement : Toots a toujours été plus explicite en musique qu’en mots.

Une vie de voyage

Il était aussi le symbole de la réussite. Ce ket des Marolles, dont les parents tenaient un café rue Haute, a réussi à se faire un nom, Jean-Baptiste Thielemans, et mieux encore : un surnom, Toots., son patronyme n’étant pas considéré assez swing. En 1947, à 25 ans, il va aux États-Unis. En 1950, il rejoint Benny Goodman pour une tournée, il joue de l’harmonica et de la guitare. En 1951, il émigre pour les États-Unis, joue avec Charlie Parker, George Shearing, Roy Eldridge, Zoot Sims, Lena Horne, Chico Hamilton. Fin 1962, il compose le fameux Bluesette, qui deviendra un standard et lui vaudra une renommée internationale.

Toots est partout. Sur scène avec les plus grands, dont il est. Dans des musiques de films où son harmonica est demandé, comme Midnight Cow Boy, The getaway, Sugarland Express, Jean de Florette, etc. Dans des jingles pour la pub ou la télé, Sesame Street en particulier. Il est devenu « la » référence de l’harmonica. On le demande partout : Billy Joel, Nick Cave, Pat Metheny, Natalie Cole, Bill Evans avec qui il a enregistré plusieurs disques dont un, Affinity, dont il était très fier.

Le baron Toots

Et puis, c’était aussi le symbole d’une certaine Belgique. Albert II lui avait conféré le titre de baron. Il était revenu vivre en Belgique, à La Hulpe, après son exil américain et ses tournées incessantes. C’est là qu’il voulait terminer sa vie. En jouant encore par-ci par-là, en accompagnant des amis, en rejoignant sur scène Philip Catherine, Grégoire Maret ou d’autres. En 2014, il mettait fin à sa carrière musicale. Mais il parraina le festival de jazz qui porte son nom, le Toots Jazz La Hulpe, dont la deuxième édition se tiendra les 9, 10 et 11 septembre dans cette commune du Brabant wallon. C’est un bel hommage qu’on lui rendait ainsi.

Il nous reste sa cinquantaine d’albums. À écouter et à réécouter encore. Toots y montre une maestria extraordinaire, un sens de l’harmonie, une émotion considérable. Comme il faisait sur scène, chaque fois que l’émotion le gagnait : il frappait doucement sur son cœur pour montrer au public que ça l’étreignait. Le plus formidable dans cette longue carrière de musicien, c’est que malgré le cinéma, la pub, la télé, il ne se soit jamais allé à la facilité. Écoutez ou réécoutez Toots Thielemans & Kenny Werner, par exemple, qui date de 2001, ou les deux disques de The Brazil Project (1992 et 93), c’est du grand art. Merci à lui pour ces heures superbes passées à l’écouter.

Vidéos d’archives

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