«Donald, vous vivez dans un monde à part»: les punchlines du débat Trump-Clinton

Le premier débat de la présidentielle a été une lutte d’endurance de 90 minutes, sans autre pause dans les escarmouches et les esquives que les questions d’un modérateur passablement dépassé par l’ampleur de la tâche. Curieusement, Hillary Clinton était vêtue de rouge, la couleur du parti républicain alors que Trump affichait une cravate bleue, la couleur des démocrates.

La première femme candidate d’un grand parti à la fonction suprême s’est montrée calme, posée et ferme pour l’essentiel de l’affrontement. Toujours – ou presque – souriante, n’élevant que rarement la voix. «  Donald, c’est bon d’être avec vous », a-t-elle lancé en guise d’ouverture. Le débat est lancé.

L’analyse de notre journaliste sur place : Un duel de titans à l’avantage de Clinton

Un « canular des Chinois »

Et le ton est donné dès les premiers échanges. Un des grands défis de la candidate démocrate était de pointer du doigt les inexactitudes lancées à tort et à travers par Donald Trump. A propos de l’accord de libre-échange nord-américain Nafta, Hillary Clinton a martelé, d’entrée de jeu : « Donald, je sais que vous vivez dans un monde à part, mais ces faits ne sont pas exacts. » Et de continuer, toujours calme, à discréditer son rival. « Donald pense que le changement climatique est un canular monté par les Chinois ! Moi, je pense que c’est très réel et il est important qu’on se saisisse du problème ».

« Hillary a une mauvaise expérience »

Mais le magnat de l’immobilier, fidèle à lui-même, ne s’est pas laissé faire pour autant. «  Hillary a de l’expérience, je suis d’accord, mais, c’est une mauvaise expérience », a-t-il asséné, dénonçant tous les accords conclus par l’administration Obama. «  Si vous regardez le Moyen-Orient, c’est le chaos total, dans une large mesure sous votre direction. (…) Vous parlez de l’EI, mais vous étiez là et vous étiez secrétaire d’Etat alors que le groupe n’en était qu’à ses balbutiements. Maintenant il est présent dans plus de 30 pays, et vous allez les arrêter ? Je ne le pense pas ».

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Manque d’énergie

Hillary Clinton a su montrer sa maîtrise des dossiers, se présentant comme la voix de la raison, comme l’ancienne secrétaire d’Etat qui comprend la marche des affaires du monde. Mais elle s’est aussi montrée cassante. Alors que Donald Trump la juge « trop faible » pour gouverner le pays (sa santé est au coeur de la campagne adverse), assurant « qu’elle n’a pas l’énergie pour être présidente, car il y a tellement de choses différentes qu’elle doit être capable de faire », elle a aussitôt répliqué : «  Quand il aura voyagé dans 112 pays et négocié un accord de paix, un cessez-le-feu, la libération de dissidents (…) ou même qu’il aura passé 11 heures à témoigner devant une commission au Congrès, il pourra me parler d’énergie ».

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Déclaration d’impôts

Comme prévu, le milliardaire américain a rappelé l’utilisation de la messagerie privée de la démocrate alors qu’elle dirigeait la diplomatie américaine. Elle a répliqué en parlant de son refus de publier sa déclaration d’impôt. Selon elle, cela « cache quelque chose de grave », faisant allusion au sérieux coup de pouce de 14 millions de dollars que Donald Trump a reçu de son père pour bâtir son empire, bien plus qu’il ne l’admet en général.

Tout au long de la soirée, l’ancienne secrétaire d’Etat a ainsi tendu quelques pièges au milliardaire pour essayer de le faire sortir de ses gonds. Le républicain a mordillé à l’hameçon : «  Mon père m’a prêté une toute petite somme et j’ai bâti une immense fortune !  », s’est-il défendu, avant de risposter à son tour. « Je publierai mon avis d’imposition dès qu’elle rendra publics les 33.000 emails qu’elle a effacés ».

Les rires de l’audience

Les deux adversaires ont aussi su faire rire la salle, parfois à leur détriment. «  Je pense que mon meilleur atout, et de loin c’est mon caractère. J’ai un tempérament de vainqueur », a lancé Donald Trump provoquant des rires dans la salle et «  wooh, OK » de Mme Clinton, ponctué d’un roulement des yeux. Et d’affirmer, après un nouvel échange houleux : «  Je pense que Donald vient de me critiquer parce que j’ai préparé ce débat. Oui, je l’ai préparé. Et vous savez pour quoi d’autre je me suis préparée ? Je me suis préparée à devenir présidente. Et c’est une bonne chose ».

Mais il fallait attendre la toute fin des 90 minutes pour que l’un des candidats sorte quelque chose qu’il n’avait jamais dit auparavant. Quand on a demandé au républicain s’il allait accepter le jugement des urnes, il a répondu : «  Si elle gagne, je la soutiendrai évidemment ». Une première depuis le début de la campagne.

Clinton gagnante selon les premiers sondages

D’après les premiers commentaires et les sondages – certes encore imprécis –, c’est donc Hillary Clinton la grande gagnante de ce débat télévisé. La chaîne CNN a interrogé 521 électeurs potentiels qui ont trouvé à 62 % contre 27 que la démocrate avait gagné. Même écho chez les experts.