Liège: la matière première des métallos

La Maison de la métallurgie et le Musée de la vie wallonne s’intéressent aux récits de vie des sidérurgistes. Une exposition temporaire préfigure leur travail.

Temps de lecture: 3 min

A l’heure où ArcelorMittal s’apprête à dynamiter le haut-fourneau de Seraing, la question de la mémoire sociale et industrielle du bassin sidérurgique liégeois rejaillit, telle une gerbe de fonte qui marque à jamais la vie d’un fondeur.

Ensemble, la Maison de la métallurgie et d’industrie du Pays de Liège (MMIL) et le Musée de la vie wallonne (MVW) ont pris les devants et lancé une vaste collecte de patrimoine immatériel, à savoir les témoignages de travailleurs qui ont œuvré dans la phase à chaud condamnée en 2013 par ArcelorMittal. Par la suite, les deux institutions liégeoises envisagent d’étendre leur démarche auprès des usines du froid.

Contrairement aux collectes de jadis qui s’attachaient parfois davantage aux objets, l’enquête cible le témoignage en tant que matière première du patrimoine. « Nous sommes là pour capter des récits de vie qui touchent à la fois aux gestes et techniques mais aussi à la vie quotidienne, aux traditions du métier, aux interactions sociales avec les patrons et les syndicats », explique Jean-Louis Postulat, responsable du projet au sein du MVW. « Nous rencontrons deux fois les personnes, la première, pour débroussailler le sujet, la deuxième pour les filmer et constituer ainsi une matière brute qui sera ensuite retranscrite et indexée », ajoute Pascal Lefèvre, directeur de la MMIL. Il arrive que des travailleurs donnent un objet relatif à leur métier, par exemple un lingot de fonte qui commémore une nouvelle campagne d’un haut-fourneau.

Un premier résultat de ce travail en cours est présenté actuellement à la MMIL en compagnie de l’exposition temporaire « Nous ne sommes rien, soyons tout » pour laquelle des artistes réinterprètent la question du témoignage et de l’industrie (lire ci-contre). Au milieu de photographies incandescentes de Thierry Dricot qui a immortalisé la dernière coulée de 2005, la pelle d’un fondeur et, au sol, le texte de son témoignage. Ricardo Contreras raconte l’importance de la pelle dans le maniement de la fonte en fusion tandis que, sur le manche du précieux outil, on peut lire son nom qu’il a incrusté avec des dizaines de petits clous.

L’émergence d’un esprit de camaraderie face à la rudesse du métier ou la transmission d’un savoir-faire qui ne s’apprend dans aucune école : cette enquête ethnographique a déjà permis la collecte d’une quinzaine de témoignages. « C’est le rôle d’un musée de société comme celui de la Vie wallonne de faire entrer ce patrimoine immatériel dans ses collections pour ensuite le mettre à disposition de tout un chacun via des prêts, des expositions ou des diffusions via le web », explique Jean-Louis Postulat. « Actuellement, le corpus doit encore être étoffé », poursuit Pascal Lefèvre qui vise une quarantaine de témoignages.

Le haut-fourneau est-il un monument ? Faut-il le raser comme toutes les belles fleurs de charbonnages de la région liégeoise ? La MMIL lance le débat très discrètement, sur un des panneaux de l’exposition. « C’est une cathédrale de fer, un repère dans le paysage », a noté un visiteur tandis qu’un autre écrit « Comme l’impression que c’est perdu d’avance ». Vraiment ?

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info
La UneLe fil info

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une