Emmanuel Macron au «Soir»: «L’inefficacité de l’Europe n’est pas une fatalité»

Dans le cadre des Journées de Bruxelles, l’ancien ministre français de l’Economie Emmanuel Macron donne sa vision de l’Europe.

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Quel avenir pour l’Europe ? C’est la question qui sera posée ce mercredi après midi sur la scène de Bozar à l’invitation du « Soir », de « L’Obs » et du « Standaard », à Emmanuel Macron, l’homme qui fait tanguer la France. Nous avons rencontré l’ex-ministre français de l’Économie et des Finances.

C’est la fin de l’Europe, comme le disent les « Journées de Bruxelles » ?

C’est la fin d’une période de l’Europe et de notre construction européenne. L’Union européenne est d’abord une création politique inédite. C’est la première fois qu’on a réussi à construire ce socle et à avoir une période de paix aussi durable. Il faut le préserver car c’est notre trésor. Ensuite l’Europe s’est construite sur trois promesses – la paix, la liberté et la prospérité – qui depuis 10 ans se sont fracassées sur le fait que l’Europe n’a pas su construire une réponse aux crises contemporaines, ni une adhésion des peuples alors qu’en même temps, les dirigeants européens nationaux se sont défaussés sur elle bien souvent. De plus, on ne l’a pas laissée avancer, en raison de ce principe fou qui fait qu’un seul pays peut bloquer tous les autres. […]

Comment refonder ?

On doit inverser notre action et commencer par le politique : que veut-on faire ensemble ? Si les dirigeants hongrois ou polonais ne veulent plus faire politiquement l’Europe, qu’ils le disent, et on en tirera collectivement les conséquences. Cette refondation suppose donc d’abord un temps politique, où on revient sur deux erreurs très profondes que nous avons commises : laisser aux ennemis de l’Europe les deux fondamentaux que sont la souveraineté et la démocratie.

La souveraineté d’abord, c’est la capacité à contrôler son destin. En France notamment, on a laissé beaucoup trop dire aux gens que la vraie maîtrise était nationale et que l’Europe n’était pas capable. On a laissé s’installer une équivalence entre le souverainisme et le nationalisme. Or, sur tous ces sujets que j’évoque, la vraie souveraineté est européenne. Les vrais souverainistes, qui veulent donner le contrôle de leur destin aux gens, font une politique nationale ambitieuse sur les sujets qui dépendent de la nation et une politique européenne ambitieuse sur nos grands défis communs. […] L’Europe a pris beaucoup trop de temps à réagir sur les migrants, sur la protection de son industrie. Ce n’est pas une fatalité : elle est ainsi en train de changer en matière de concurrence et c’est l’hommage qu’il faut rendre à Margrethe Vestager, qui a transformé la manière qu’a l’Europe de réagir, ainsi que sa communication.

De l’autre côté, il y a la démocratie : à faire avancer l’Europe en petits clubs et entre « gens autorisés » comme disait Coluche, on a toujours considéré que le peuple suivrait. Cette idée s’est fracassée en 2005 dans plusieurs pays dont la France ; elle vient de se fracasser dix ans plus tard sur le Brexit, pour les mêmes raisons. Le piège tendu à ceux qui aiment l’Europe aujourd’hui est d’avoir peur des peuples et des référendums. L’Europe serait faite entre gens de bonne compagnie et le peuple serait un risque qu’on ne voudrait pas prendre. Ce serait une profonde erreur.

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