Attentats de Paris et Bruxelles: révélations sur le rôle d’un ex-militaire français

Son nom de guerre était apparu rapidement dans l’enquête sur les attentats du 13 novembre 2015 à Paris : Abou Souleymane. Un pseudonyme comme il en pullule dans les dossiers terroristes. Si ce nom avait rapidement retenu l’attention des centaines d’enquêteurs du parquet antiterroriste de Paris, c’est qu’il avait été prononcé en pleine attaque du Bataclan. Un des témoins du massacre a raconté que, au moment des négociations entre les djihadistes et la police, un des terroristes a demandé à son collègue s’il « comptait appeler Souleymane » afin de savoir comment ils devaient réagir face à la situation.

Rapidement les limiers ont suspecté que ce « Abou Souleymane » pourrait être un certain Charaffe el-Mouadan, djihadiste français de 27 ans à l’époque, proche de Samy Amimour, l’un des tueurs du Bataclan. Depuis, el-Mouadan est mort en Syrie et, surtout, l’enquête s’oriente vers un autre profil.

Une enquête fouillée de deux médias américains révèle qu’Abou Souleymane s’appellerait en fait Abdelilah Himich. Né à Rabat en 1989, ce djihadiste Franco-marocain de 26 ans serait même l’un des planificateurs des attentats de Paris et Bruxelles. C’est la conviction des services secrets américains, la CIA, partagée par un certain nombre d’acteurs du contre-terrorisme français. Les magistrats du parquet antiterroriste de Paris mettent cependant en doute les informations transmises par la CIA. « Nous pensons qu’il est l’un des principaux dirigeants de la cellule terroriste de Paris et Bruxelles », dit à ProPublica un membre de l’antiterrorisme américain. « Il était impliqué dans la création de cette infrastructure. »

Un déserteur devenu trafiquant de drogue

Malgré son jeune âge, le passé militaire d’Abdelilah Himich l’aurait conduit rapidement au sommet de la cellule des « opérations extérieures » de Daesh. Himich, après avoir grandi à Lunel dans le Sud de la France, s’était engagé dans la Légion étrangère en 2008. Au sein de cette branche de l’armée française que les hommes de toutes nationalités peuvent rejoindre, il s’est illustré au combat en Afghanistan. Mais l’aventure dure peu de temps. En 2010 il fait défection, officiellement pour assister à l’enterrement de son père. Il sera déclaré « déserteur » dans la foulée.

Il revient ensuite en France et envisage des carrières de gardien de sécurité ou d’infirmier. Mais c’est la délinquance qu’il choisit : Himich sera arrêté en 2011 à la gare du Nord de Paris en possession de 1,17 kg de cocaïne. Il est condamné en 2013 pour trafic de stupéfiants et purge cinq mois prison avant de partir pour la Syrie, en février 2014. Là il s’enrôle avec un groupe proche d’al-Qaïda avant d’opter ensuite pour le groupe Etat islamique.

Sur Le Soir+ : décryptage des liens entre Himich et le reste de la cellule terroriste