Des formations pour réinventer son emploi

Ils sont dix, rassemblés par groupe de deux, autour de leurs ordinateurs respectifs. Le calme règne dans cette pièce située au sous-sol du site de Technofutur TIC, à Gosselies. Pour ce cours de « labo », des élèves en informatique ont une mission, développer une application qu’ils présenteront à leurs camarades de classe, à leur formateur et à des entreprises à la fin de leur cursus. Une mise en pratique de compétences orchestrée par Thierry Morre, formateur. « La classe est constituée de profils diversifiés : des demandeurs d’emploi qui sont des passionnés de programmation, qui viennent d’être licenciées ou des personnes qui veulent remettre leurs compétences dans l’IT à jour. »

Dans le bâtiment, les classes se succèdent. On y apprend l’informatique, bien sûr, mais également la communication et le marketing digital, l’analyse de data… Pourtant, ce lieu, qui permet chaque année à 350 personnes de trouver un job, se situe à deux pas à peine d’un site qui a porté un coup dur à la région de Charleroi, celui de Caterpillar. Synonyme de perte d’emplois et de drames humains. Le reflet du double visage du zoning de Gosselies. « Caterpillar nous a laissé un goût bizarre parce que l’on sent qu’il y a une vraie dynamique dans ce zoning. On construit dans l’Aéropôle de Gosselies, et on crée de l’emploi, comme dans le secteur de la santé. On parle de déclin de l’industrie, mais en réalité, il y a encore des industries qui se portent bien ici, comme Alstom, Thalès ou la Sonaca », explique le directeur de l’ASBL Yvan Huque. Mais s’il se veut positif pour l’avenir de la zone dans laquelle il est implanté, il considère que cette réussite passera par une transformation des profils des travailleurs : « Oui, on est positif pour le futur, mais pour le rester, il faut des profils capables de répondre à la mutation technologique et à l’apparition des nouveaux métiers. »

Ce défi de la formation, l’ASBL Technofutur TIC y répond depuis plus de 17 ans. « Le site a ouvert en 1998 et les formations ont débuté en 1999 via un partenariat avec le Forem, Agoria, les universités de l’ULB et de l’UCL, la CNE et le Setca. » Le centre se spécialise d’abord dans l’informatique. Mais il est, aujourd’hui, bien plus que cela. Notamment grâce à des fonds Feder, FSE et de la Région wallonne. Les formations proposées vont de la sécurité informatique à la programmation, l’e-commerce, aux réseaux en passant par la stratégie digitale ou encore les télécoms.

Objectif : mise à l’emploi

Et ceci n’est qu’un aperçu de la palette proposée, avec, en toile de fond, toujours le même objectif : « la mise à l’emploi ! », martèle le directeur qui explique leur philosophie au sujet des formateurs. « Il s’agit d’experts de terrain. Nous n’avons pas de formateurs en interne. Ce sont uniquement des professionnels du secteur. Cela nous permet de suivre en permanence les tendances du marché, et même les anticiper. » Le centre compte plus de 100 formateurs mobilisables. Sandra Smedts est l’une d’entre eux. Elle est active dans la communication et le marketing digital. Elle explique : « J’adapte mes cours tous les jours en y rajoutant des nouveautés… si par exemple, je vois que Facebook développe un nouveau type de pub qu’on utilise en agence, je peux l’intégrer directement à mon cours. »

Cette approche de terrain se double de l’apprentissage de conseils pratiques : « Les “soft skills” sont également intégrées dans l’apprentissage : la présence sur les réseaux sociaux, améliorer sa présentation, gérer le stress… L’accompagnement se fait jusqu’à la mise à l’emploi. »

Les formations durent six mois. Et sont complétées d’un stage de six semaines en entreprise. Les classes sont composées de maximum douze stagiaires, dont les âges vont de moins de 20 ans à plus de 50. Dans son développement, le site s’appuie sur diverses actions locales : celles du Forem, de centres de coworking, d’agences du numérique… A noter que les formations sont aussi ouvertes aux étudiants, et aux sociétés qui souhaitent faire intégrer à leurs équipes les problématiques technologiques et numériques. Le site est également devenu un des leaders de la formation à distance.

 

 

Témoignages

« J’ai réussi à valoriser mes compétences »

Si on lui avait annoncé il y a quelques années qu’à la rentrée 2016, elle enseignerait le marketing et la communication digitale, Sandra Smedts ne l’aurait sans doute pas cru. Car au moment de choisir ses études, cette dernière a décidé de suivre sa passion pour les langues orientales et entamer un cursus en philo et lettres. Elle poursuit son expérience en devenant doctorante. Une carrière académique qui lui permet de multiplier ses compétences : elle devient chargée de recherche et enseigne dans son établissement universitaire. A ce moment, un poste de professeur se libère. Elle décide de tenter sa chance, et finit deuxième du concours. « C’est à ce moment-là que j’ai décidé de me réorienter vers un autre projet professionnel. J’avais des compétences à valoriser : l’écriture d’articles, l’analyse stratégique, le fait d’avoir déjà enseigné… » Elle prend alors le chemin de Technofutur TIC suite à une double coïncidence, « il se trouve que deux personnes m’ont parlé en même temps de cet endroit, mon mari et une ancienne collègue. J’ai décidé d’entamer une formation dans la communication web ». Six mois de cours et six semaines de stage plus tard, elle se lance en tant que professionnelle dans le secteur. « Au début, il s’agissait de contrats Smart mais, rapidement, j’ai eu des horaires complets. »

Mais l’histoire qui la lie à Technofutur TIC ne s’arrête pas là. Forte de cette expérience professionnelle, elle propose depuis septembre à d’autres stagiaires de suivre un parcours comme le sien en enseignant elle-même dans le centre. « J’ai toujours aimé enseigner. C’était une occasion de le faire à nouveau. Et une occasion d’aider d’autres personnes à réécrire leur métier. »

 

De Caterpillar à l’IT

La distance qui sépare le site de Technofutur TIC et celui de Caterpillar est de moins d’un kilomètre. Pourtant, elle résume tout le parcours de vie et les épreuves qu’a vécus Pierre Nanson depuis un peu plus d’un an. Après seize années de travail chez Caterpillar, ce dernier est licencié du jour au lendemain. « Il faut se remettre du choc, on m’a réellement mis à la porte juste avec une caisse d’affaires entre les mains, c’est très dur. » Les faits se déroulent en 2015. Une période ponctuée de nombreux licenciements d’employés qui se situe entre les deux procédures Renault qui ont touché l’entreprise. Une situation frustrante pour Pierre Nanson puisqu’il n’a pas pu bénéficier des conditions favorables de cette procédure, et que personne ne lui a donné de justification claire pour expliquer son départ. « Je faisais du bon travail, du très bon travail même… ils devaient juste dégraisser les rangs », explique-t-il. Il se retrouve alors, en pleine quarantaine, face au défi de se réinventer une vie professionnelle. Un challenge qu’il décide de prendre à bras-le-corps. Il fait d’abord de l’outplacement chez Randstad à Nivelles et se rend compte « que ma situation n’est pas la pire, loin de là… ». Il se pose alors la question qui le mènera aux portes de Technofutur TIC : « Quelles sont les compétences qui me manquent ? » Pour répondre à cette interrogation, il suivra d’abord une formation dans l’e-reputation à Namur, avant de pousser les portes de l’établissement de Gosselies pour compléter son CV de compétences dans l’IT via une formation de « business analyst ». En plus de ses cours, il continue à chercher de l’emploi dans le monde de l’ingénierie et la logistique. Et bientôt dans celui de l’IT, une fois sa formation achevée.

 

« L’informatique, aussi une affaire de femmes ! »

En quelques mois, la vie de Jolie Furah Bahati aura changé du tout au tout. Si, aujourd’hui, elle suit une formation à Technofutur TIC et un bachelier à l’Ephec en informatique de gestion, elle multipliait les petits jobs d’intérimaire dans l’horeca il y a quelques mois à peine. En 2014, elle prend une décision qui allait changer sa vie, arrêter les emplois précaires pour se lancer dans un secteur en pénurie, celui de l’informatique. « Il n’y a pas d’âge pour changer et faire ce que l’on veut, explique-t-elle. L’informatique n’est pas un cercle fermé comme on le pense souvent. Je ne connaissais pas réellement ce secteur, mais il m’a toujours attirée. Aujourd’hui, je ne regrette pas, même si ça me fait de grosses journées… » Ses cours sur le site de Gosselies se déroulent de 9 à 17 heures. Après cette première journée de travail, la jeune femme file à Bruxelles pour suivre un bachelier en informatique à l’Ephec en cours du soir.

Sa première expérience professionnelle dans le secteur, elle l’a suivie lors d’un stage inclus dans le cadre de sa formation de « développeur net » chez Technofutur : « J’ai été chargée de gérer les logiciels d’une ASBL qui s‘occupe des maisons sociales », explique-t-elle.

Une fois ses diplômes en poche, la jeune femme espère pouvoir se lancer en tant que consultante dans le secteur. Mais elle a néanmoins un reproche à formuler : « Il n’y a pas assez de femmes dans l’IT ! Je suis la seule dans mes cours. Et presque la seule dans l’école. Il faut arriver à mettre de côté l’idée que l’informatique n’est pas faite pour les femmes, c’est faux. Ici, on ne fait aucune différence entre les hommes et les femmes ! »