Coup de projecteur sur la construction en paille

Arnaud Evrard, ingénieur architecte, chercheur à l’UCL, a travaillé au projet de recherche aPROpaille qui s’est déroulé de 2012 à 2016. Celui-ci visait à améliorer la reconnaissance et l’usage de la paille comme matériau isolant. Pourquoi la paille ? « Tout d’abord en tant que ressource, c’est une matière première disponible chez nous en quantité relativement importante. Comme nous sommes dans un contexte de diminution des consommations d’énergie, où l’on isole de plus en plus les maisons, une ressource comme celle-là, qui est isolante et qui a des caractéristiques particulières, mérite d’être mieux comprise », explique-t-il.

A peu près un tiers de la paille disponible comme matériau peut être exploité du sol, deux tiers restent dans les filières agricoles ou autres. Et dans ce tiers où différents usages sont possibles, la construction n’en est qu’un. « Nous sommes arrivés à la conclusion qu’en utilisant un quart de ce tiers (en réalité, un douzième de la masse de paille produite dans notre pays), nous pourrions répondre presque à la moitié des constructions neuves et au renouvellement du parc immobilier. On peut donc aller très vite sans prendre la part d’autres filières. »

Dans un deuxième vade-mecum plus technique, les chercheurs ont analysé plus en détail, via des logiciels, les performances techniques : propriétés mécaniques, paramètres thermiques, hygrométrie, performance en matière d’isolation. « La paille est un bon matériau si on ne l’utilise pas n’importe comment. Il faut tenir compte de l’étanchéité à l’air, de l’exposition à la pluie, de l’orientation… Il y a donc un véritable travail d’architecture à faire pour réussir à utiliser ce matériau de manière optimale », souligne Arnaud Evrard.

L’architecte allemand Dirk Scharmer, fondateur de Fasba, a développé un système dans lequel les ballots de paille sont placés dans un cadre en bois. Ce système a une influence positive sur la rapidité du chantier, sa reproductibilité et son utilisation. Grâce à cette innovation, il a été possible de construire un immeuble de bureaux de cinq étages, dans lequel il a décidé d’installer son cabinet d’architecture. La structure du bâtiment est en bois et le sous-sol enterré en béton, le tout pour un prix qu’il estime à 1.800 euros/m2. « Le monde politique de Basse-Saxe s’est emparé de la paille et pense qu’il existe un marché pour ce genre de construction, a-t-il précisé. Mais l’enjeu est la mise en place d’un système d’homologation au niveau européen. »

A Issy-les-Moulineaux, l’architecte Sonia Cortesse a participé à la construction du groupe scolaire Louise Michel et Boulodrome, dénommée l’école aux 6.000 bottes de paille ! Un chantier qui est une performance en soi car soumis à de nombreux contrôles et exigences. Un concours avait été organisé pour créer un bâtiment qui réponde à des préoccupations urbaines, fonctionnelles, et énergétiques. « Le bâtiment est entièrement construit en structure bois, le béton est utilisé pour le sous-sol et la dalle. Au départ, nous n’avions pas pensé à la paille comme isolant, explique-t-elle. Je me suis intéressée à la bioclimatique assez tôt. Ce bâtiment de paille a énormément d’impact positif, énergétique, mais aussi en qualité de vie. Le bois est un matériau renouvelable et la paille se renouvelle tous les ans. Il s’agit vraiment d’économie circulaire. » La protection en cas d’incendie restait un dernier frein à débloquer. Les échanges avec le CSTB ont abouti à un essai sur un prototype. A l’issue de cet essai, le feu s’est éteint normalement et la paille dans les caissons ne s’est pas enflammée. Ces résultats positifs ont amené le Comité d’étude et de classification des matériaux et éléments de construction à prononcer un avis favorable par rapport au risque d’incendie. Le feu vert était donné !