Pascal Delwit: «Une défaite de Clinton et d’Obama plus qu’une victoire de Trump»

Le républicain Donald Trump a remporté l’élection présidentielle américaine, un séisme politique qui plonge les États-Unis et le monde dans une incertitude vertigineuse. Huit ans après l’élection de Barack Obama, premier président noir qui avait suscité une immense vague d’espoir, Donald Trump, taxé de sexisme et de xénophobie par ses adversaires, l’a emporté sur la démocrate Hillary Clinton qui espérait devenir la première femme présidente de l’histoire.

Quel président sera le milliardaire de l’immobilier, dont le programme de politique étrangère suscite de très nombreuses interrogations ? Où va l’Amérique ? Le monde bascule-t-il dans le populisme ? Pascal Delwit, a répondu à vos questions. Ci-dessous, le résumé du chat.

Pourquoi la classe politique et les médias tentent-ils d’amoindrir la victoire de Donald Trump ? Le populisme n’est-il pas dû à l’incapacité des politiques à respecter la volonté du « bon peuple » ?

« Je parlerais plus d’une défaite de Clinton et… d’Obama que d’une victoire de Trump. Trump a fait moins de voix que Romney il y a quatre ans. Mais Clinton a fait beaucoup moins de voix qu’Obama il y a quatre et huit ans. Une partie des classes populaires s’est estimée abandonnée dans la relance après la crise de 2008 et ne s’est pas mobilisée. Sur les questions du populisme, c’est un terme galvaudé. Pourtant, il sied largement à Trump qui a fait sa campagne dans cette logique, la lutte comme un establishment (partiellement imaginaire) dont il fait pourtant partie. »

Les sondeurs sont truqueurs, manipulateurs ! (LucV)

« Je serais plus nuancé de manière générale et plus nuancé sur les sondages. La plupart des sondages annonçaient une courte victoire d’Hillary Clinton au plan national et… c’est ce qui s’est passé. Au Popular Vote, Clinton devance Trump. Mais Trump a fait la différence dans les Swing States. (…) C’est ce qui explique une victoire large en grands électeurs. Surtout, le grand problème de Clinton et des démocrates a été la faiblesse de la mobilisation de leur camp. »

« Une partie la population est en révolte »

Donald Trump a dit tellement de choses pendant sa campagne… (Romain B.)

« Entre les annonces de campagne et les politiques publiques que l’on mène, il y a une marge. Mais on peut néanmoins s’attendre à une attitude revancharde des républicains. Il ne faut pas oublier l’incroyable exacerbation qu’a suscité l’Obomacare et le sentiment de déclassement d’une partie du « monde blanc » contre la communauté latino. Il y aura donc une traduction – partiellement déformée – de politiques publiques par rapport à cela. Je pense. »

Le vote pour Trump ne serait ce pas une réaction de l’Amérique « blanche » à Obama ? (Loulou)

« Les divisions ne sont pas aussi tranchées. Bien sûr, proportionnellement, plus « d’électeurs blancs » ont voté pour Trump. Mais c’est une des facettes. Le rapport au diplôme est une autre facette. Et surtout, il ne faut pas oublier que l’on doit étudier le comportement de celles et ceux qui ont voté mais aussi, et ils sont nombreux, qui n’ont pas voté. Et cette dernière catégorie est sans doute l’élément clé. Je crois que ce que révèle ce résultat c’est une forme de contestation d’une partie de l’électorat contre le creusement des inégalités, qui est assez spectaculaire aux États-Unis. Et nous observons des phénomènes similaires en Europe. Une partie de la population est en révolte contre l’enrichissement des ultra-riches alors que pour cette partie de la population, chaque jour est difficile socialement. »

Clinton a obtenu plus de votes que Trump. Peut-on considérer que ce système est démocratique ? (Martine)

« Le système électoral aux élections présidentielles est ainsi fait. la règle est qu’il faut décrocher au moins 270 grands électeurs. C’est possible en ayant moins de voix que son challenger. C’est aussi arrivé en 2000 et trois fois au XIXe siècle. C’est une des possibilités dans un mode de scrutin majoritaire. »

« Le parallèle avec Hitler ne tient pas »

On ne peut s’empêcher d’établir un parallèle avec Hitler. Est-il (dé)raisonnable de penser que l’histoire pourrait se répéter ? (Fred)

« Je crois que le parallèle avec Hitler ne tient pas. Hitler est arrivé au pouvoir dans une République fort affectée par le traité de Versailles et par l’explosion inflationniste. Le système politique américain, quoique présidentiel, est fait d’un jeu subtil de pouvoirs et contre-pouvoirs dont doit tenir compte tout président. Et Trump le vivra. Par ailleurs, quel que soit l’avis que l’on porte sur lui, il n’a jamais prôné l’extermination d’une catégorie de la population. »

N’y a-t-il pas le même risque en France avec le Pen ? (Thomas)

« Il faudra, vous avez raison, suivre avec grande attention l’élection présidentielle française. Mais rien que sur ces deux dernières années (élections européennes, municipales, départementales et régionales), la percée du FN est notable. De la même manière, il faudra suivre avec attention les nouvelles élections présidentielles en Autriche où le FPÖ pourrait frapper les imaginations. »

La démocratie directe, la solution  ?

Les politiques comprennent-ils réellement les enjeux et les vrais problèmes des peuples ? (Claude)

« Le peuple est une entité abstraite. Il y a beaucoup d’avis et de points de vue divergents parmi les différentes catégories de la population. Mais il est vrai qu’il y a une interrogation dans plusieurs milieux sur la capacité du « politique » à influencer l’évolution des choses. Dès lors, ce que nous observons en Europe et en Amérique du nord, ce sont deux choses importantes : le recul de la participation électorale et politique, et le recul des voix au profit des grands parties gouvernementaux. »

Toutes ces idées de démocratie directe (cf David Van Reybrouck) ne viendraient-elles pas au bon moment maintenant pour contrecarrer toutes ces montées de populisme ? (Sven)

« Il y a plusieurs réflexions en cours sur des pratiques de démocratie délibérative et participative. Je crois qu’elles peuvent avoir de l’intérêt si elles ne se dévoilent pas comme des « gadgets ». Or, pour l’essentiel, cela me paraît encore fort « gadget » pour l’instant. Mais, par exemple, les expériences de jury délibératif me semblent intéressantes. »

Tout le monde parle d’une claque incroyable et d’un signal fort quant à la volonté du peuple. Quelle serait la meilleure réponse que les politiques européennes pourraient apporter ? (Xavier D.)

« Il y a plusieurs angles d’approches possibles pour appréhender les craintes et les attentes de la population. Pour ce qui me concerne, je crois que la question centrale est l’insécurité sociale et la formidable montée des inégalités. S’il n’y a pas une réponse à ces éléments, je parle d’une réponse au fond et pas dans la sémantique, nous devons nous attendre à d’autres configurations électorales et politiques détonantes. Dans une certaine mesure, aujourd’hui pour un politologue, plus rien n’est surprenant. »