«UN» thermos, what else?

Du genre et de la prononciation de l’ange des ménages…

Temps de lecture: 6 min

Au début de ce mois de novembre, une nouvelle « Opération Thermos » a été lancée. Né en 1987, ce mouvement de solidarité en faveur des sans-abri est actif dans la Région bruxelloise, en particulier aux abords de la Gare centrale. Aujourd’hui, ces bénévoles distribuent des repas, mais à l’origine il s’agissait de thermos de café.

Dans les publicités qui annoncent cette opération, thermos est prononcé avec une finale <os>, alors qu’il n’est pas rare en Belgique d’entendre la finale <o>. En outre, certains hésitent sur le genre de ce nom : un thermos (le plus fréquent aujourd’hui) ou une thermos ? Cet objet familier mérite donc un commentaire linguistique. Même si nous savons que la générosité ne s’embarrasse ni de la prononciation, ni du genre des mots…

Postscriptum 1

Le principe d’une bouteille isolante a été exploité dès la fin du XIXe siècle, notamment par le chimiste et physicien britannique James Dewar. Celui-ci est à l’origine du « vase de Dewar », ancêtre de notre thermos. L’Allemand Reinhold Burger reprend l’idée de J. Dewar et dépose le brevet d’une bouteille isotherme en 1903. Dès l’année suivante, sa firme commercialise ce produit sous la marque « THERMOS GmbH », dans laquelle on reconnaît le grec thermos “ chaud”.

Devenu générique, thermos désigne aujourd’hui divers types de récipients isolants qui préservent la température du liquide qu’ils contiennent. Mais son appellation initiale dans le monde francophone – au début du XXe siècle – était bouteille thermos . L’application de la loi du moindre effort (également à l’œuvre dans le domaine linguistique…) a entraîné la réduction au seul thermos , avec le genre féminin qui prévalait pour la locution initiale.

Le lien avec bouteille thermos s’estompant au fil du temps, l’étape ultérieure a été le passage progressif du féminin au masculin. Dès 1924, «  un thermos » apparaît dans le Journal de Charles Du Bos (cité par le Trésor de la langue française ), puis chez de nombreux auteurs ultérieurs. Comme le fait remarquer André Goosse dans Façons de parler (Gembloux, 1971, p. 20), thermos s’aligne ainsi sur les mots avec une finale -os , qui sont masculins : albinos, mérinos, tétanos , etc.

Ce changement de genre n’est pas un cas particulier. Le Bon usage (16e édition, 2016, § 468 H) en fournit une longue liste d’exemples, y compris pour l’époque actuelle avec des noms comme chromo (issu de chromolithographie ), initialement féminin, mais qui s’emploie aujourd’hui au masculin ; automobile (réduction de véhicule automobile ), initialement masculin, aujourd’hui féminin.

Le passage du féminin au masculin est confirmé pour thermos par un sondage lancé ces derniers jours sur les réseaux sociaux. Cette démarche n’a aucune valeur statistique et est circonscrite géographiquement : la grande majorité des répondants proviennent de Belgique. Ses résultats reflètent toutefois la situation actuelle, non seulement en Belgique ( Dictionnaire des belgicismes , 2e édition, 2015), mais également au Québec (d’après l’Oreille tendue) : l’usage du masculin est très majoritaire (95 %) et les quelques emplois au féminin s’accompagnent souvent d’un renvoi à bouteille thermos . Il est toutefois vraisemblable, comme l’écrit USITO, que le féminin soit plus répandu en France – sans y être d’un emploi exclusif.

La quasi-totalité des dictionnaires du français rendent compte de cette situation par la mention du double genre, même si certains ont introduit assez tardivement le masculin. Les dictionnaires usuels d’aujourd’hui sont du nombre, à l’exception du Petit Larousse qui ne propose que le féminin.

Postscriptum 2

Pas plus que le genre, la prononciation de thermos ne fait l’unanimité. Il ne sera pas ici question du problème complexe de l’ouverture du <o>, variable selon les locuteurs et leur région d’origine, mais de la finale -s. Prononcez-vous <os> (comme dans os, pathos) ou <o> (comme dans chromo, métro ) ?

Les dérivés de mots grecs se prononcent le plus souvent avec la finale <os>. D’où cosmos, pathos ou tétanos . Mais il y a aussi chaos, héros , avec une finale <o>. Et pour ceux qui n’entendent point le grec, ajoutons dos ou gros . La finale <os>, recommandée unanimement pour thermos par les manuels de prononciation et les dictionnaires, est donc concurrencée par la finale <o> chez certains usagers. Le sondage évoqué plus haut montre même une légère préférence pour cette variante <o> (53 %) face à la prononciation de référence <os> (47 %).

Ces chiffres sont sans doute représentatifs du seul usage des Belges francophones, même si quelques réponses attestent la finale <o> dans d’autres pays de la francophonie. Certains commentaires montrent également des différences selon les circonstances de communication : une même personne peut prononcer <o> en style informel et <os> en style surveillé.

Billevesées que ces considérations sur un produit en perte de vitesse, lancent dédaigneusement les partisans de certaines capsules. D’un point de vue strictement linguistique, voilà qui me semble un peu fort de café…

Addendum 1

Ma chronique du 5 novembre dernier a encouragé certains lecteurs à s’aventurer dans les méandres sémantiques des emplois de partage, partager . J’y traitais de deux significations, en rapport étroit avec l’étymologie de ces mots. D’une part, le partage qui répartit (un héritage, une recette) entre plusieurs personnes ; d’autre part, le partage (de responsabilités, de ressources) avec quelqu’un, qui lui en donne l’accès ou qui lui permet d’y prendre part. Aucune de ces deux significations ne couvre l’emploi de partage, partager lorsqu’il s’agit d’un contenu électronique : partager une adresse électronique ou une photo ne rend pas celles-ci divisibles entre les destinataires ; pas plus que ce partage ne permet aux mêmes destinataires de « prendre part » à la photo ou à l’adresse transmise.

Parmi les autres emplois mentionnés par les lecteurs (que je remercie pour leurs commentaires pertinents), je reviens sur le partage d’une opinion, d’un avis, d’une information. Cette action laisse (provisoirement…) intacts ces contenus, déjà émis dans leur intégralité. Ici, la seconde acception me semble à retenir : le partage – avec quelqu’un – donne « part », permet de participer.

La locution sans partage , quant à elle, n’est pas aisée à interpréter. Un potentat qui règne sans partage ne cède aucune parcelle du pouvoir à quiconque, n’accepte pas que ce pouvoir soit réparti entre plusieurs personnes. Dans la même ligne, un bonheur sans partage est “sans restriction, total”, sans qu’aucune part de ce sentiment ne puisse être soustraite ou répartie entre plusieurs individus. Ce qui n’empêche pas que ce bonheur soit partagé par un maximum de gens…

Mes interprétations vous laissent partagé(e)  ? Faisons bien le partage entre cette modeste chronique et une parole d’évangile…

Addendum 2

Pour qui souhaiterait approfondir sa connaissance des rapports entre l’anglais (to) share et ses équivalents en français, je relaie deux références qui m’ont été aimablement communiquées : un article de Jacques Desrosiers, paru dans L’actualité langagière en 2004 et une communication de Dominique Jonkers au colloque « On traduit à Québec » en 2013.

 

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