Ils font entrer les objets connectés dans nos vies

Olivier Van de Werve, en charge du «
business development
» au Cetic. © Lindsay Zébier
Olivier Van de Werve, en charge du « business development » au Cetic. © Lindsay Zébier

Le nombre d’objets connectés de toutes sortes – de la voiture ou montre connectée au thermostat de nouvelle génération – devrait dépasser cette année les 6 milliards d’unités, selon le bureau d’analystes Gartner. D’ici peu, l’Internet des Objets (IoT) comptera plus de spécimens que la race humaine. Et c’est sans compter le seigneur des objets (hyper)connectés, l’omniprésent smartphone. Mais ce dernier repose sur l’interaction avec l’homme, alors que le propre de la masse grandissante des objets connectés est justement de fonctionner tous seuls, sans la moindre intervention humaine. Des capteurs, une couche logicielle et un réseau de communication suffisent.

L’IoT est déjà largement utilisé dans les environnements industriels pour détecter des pannes ou automatiser la maintenance de machines, par exemple. Le nombre de cartes SIM dédiées aux objets connectés augmente de façon exponentielle.

Tout cela a pour l’heure un impact peu perceptible dans nos vies quotidiennes. Le frigo intelligent qui faciliterait nos courses, voire nous dicterait des recettes, n’est pas encore disponible dans votre magasin d’électroménager. Mais chez nous comme ailleurs, des entrepreneurs technophiles commencent à faire entrer les objets connectés dans des environnements familiers, sur des niches de marché bien spécifiques. Voici quelques applications wallonnes ou bruxelloises, présentes ou à venir, qui démontrent que la révolution est en marche.

Plus de confort à la maison

Contrôler à distance la température de chaque pièce. Faire la chasse aux gaspillages d’énergie. Gérer toute votre installation de chauffage ou d’éclairage depuis votre smartphone. Le terrain de la domotique et du confort domestique (ou « smart home ») est une voie royale pour les objets connectés. Face à des leaders mondiaux comme Nest ou des groupes comme Engie (et sa Smart Energy Box), des start-up et PME belges comme Snugr (Enghien) ou Chacon (Wavre) inventent la maison connectée, avec des accessoires de plus en plus abordables et bien distribués.

La start-up wallonne Opinium cherche à combiner IoT et « big data » pour que les compteurs de gaz ou d’électricité puissent désormais être relevés en toute sécurité sans intervention humaine.

Et grâce à la jeune entreprise namuroise FullUp, la panne de mazout ne pourrait plus être qu’un mauvais souvenir. Elle a développé une jauge électronique qui indique sur votre smartphone le niveau de votre cuve à mazout. FullUp est sortie du « studio à start-up » M4ke.it, à Namur, spécialisée dans les objets connectés. Une équipe d’une quinzaine d’ingénieurs et designers y cherchent à intégrer l’IoT dans des projets d’entreprise, pour des start-up ou des PME existantes.

Une clé de voiture virtuelle

A Bruxelles, Productize est une sorte d’atelier de prototypage et de fabrication de dispositifs basés sur des objets connectés. Lauréate du dernier prix Innoviris, cette start-up s’est déjà fait remarquer avec Keyzee, une clé de voiture virtuelle intégrée à votre smartphone. Cette invention est commercialisée par OTAKeys, une coentreprise entre Continental et de D’Ieteren. La combinaison d’un petit boitier installé dans la voiture et d’une appli mobile crée ainsi une clé virtuelle qui ouvre pas mal de portes dans le secteur en devenir de l’autopartage.

Santé des personnes âgées

Face aux défis du vieillissement de la population, les objets connectés sont explorés comme moyens de redonner une certaine autonomie à des personnes âgées ou handicapées.

Le projet e-Patch, dans le cadre du pôle de compétitivité wallon Mecatech, vise à développer un patch électronique permettant la géolocalisation et la détection de chute chez les personnes souffrant de détérioration mentale. Ce projet de prototype est porté par les centres de recherche CETIC et Centexbel ainsi que par l’entreprise d’électronique liégeoise Nomics et l’entreprise textile flamande Sioen.

Sur ce même créneau de la « silver economy » (allusion aux tempes grises des utilisateurs potentiels), la start-up namuroise Home Based réinvente la télécommande pour les seniors ou personnes en perte d’autonomie. Son innovation Soline permet de commander par une interface principalement vocale toute une série de fonctions domestiques : allumer la télévision, ouvrir la porte, baisser les volets, etc. Soline agit dans ce cas en sorte de chef d’orchestre d’un environnement domestique où les objets connectés sont appelés à se multiplier.

La qualité de l’air dans les écoles

ThingsPlay, jeune entreprise technologique installée à Namur, a fait de l’IoT sont cheval de bataille. En plus de conseiller un certain nombre d’entreprises bien établies en Wallonie, ThingsPlay a développé un boitier de mesure de la qualité de l’air et de la quantité de CO². De nombreux bâtiments publics, notamment des écoles, souffrent d’un manque criant de ventilation, avec des problèmes de somnolence ou de maux de tête à la clé. Les normes imposées par le gouvernement wallon (DG04) ne sont que rarement respectées. A partir de janvier, ThingsPlay va commercialiser (autour de 70 euros) un petit boitier avec indicateur LED. Les informations captées sont centralisées sur un serveur, qui dispatche les mesures de qualité de l’air vers le smartphone des personnes habilitées. Futorocité (Mons) sert d’intermédiaire vers 80 communes déjà connectées. L’objectif est d’installer les boîtiers dans un maximum d’écoles et de salles de réunion.

Jouet connecté pour les tout-petits

La start-up bruxelloise MuuseLabs représentera la Belgique à la finale de la Creative Business Cup, à Copenhague dans quelques jours. Elle a développé un jubekox sans écran pour enfants à partir de 3 ans. Concrètement, l’enfant écoute une chanson ou un album simplement en plaçant une « Jooki Star », sorte de signet qui a la forme d’une figurine ou d’un petit disque de couleur, sur Jooki. Cette « Star » remplace en fait le CD de jadis. Les parents, au moyen d’une appli, auront auparavant téléchargé sans fil la musique ou les histoires qu’ils souhaitent. Ils peuvent également éventuellement programmer les moments d’écoute autorisés, limiter le volume ou déterminer des plages horaires pour le réveil et le coucher. Au final, un objet connecté qui n’en a pas l’air, qui devrait plaire même aux plus technophobes. Outre quelques premières unités déjà en prévente, Jooki devrait être disponible dans la distribution classique lors de la deuxième moitié de 2017 à des prix variant entre 150 et 200 euros.

« Il ne suffit pas de capter des données »

Le Cetic, centre wallon de recherche en technologies de l’information, accompagne les start-up et PME dans leurs stratégies d’innovation et de veille technologique. Les objets connectés sont incontestablement sur le radar de nombre de ses clients. « Des appels à projet sont lancés dans certaines grandes entreprises industrielles et des consortiums se mettent en place pour tester certains prototypes notamment dans le domaine de l’e-santé (lire e-Patch ci-contre). Parallèlement, un certain nombre de start-up innovantes misent résolument sur ce marché en devenir. L’accélérateur The Faktory, à Liège (NDLR : initiative de Pierre L’Hoest, ex-CEO d’EVS), soutient au moins quatre projets liés directement ou indirectement aux objets connectés, » observe Olivier Van de Werve, en charge du « business development » au Cetic.

Olivier Van de Werve, en charge du «
business development
» au Cetic. © Lindsay Zébier
Olivier Van de Werve, en charge du « business development » au Cetic. © Lindsay Zébier

Il épingle deux grands défis techniques auxquels sont confrontés les acteurs naissants dans l’IoT : « la sécurisation des données véhiculées par ces objets, sensiblement dans des secteurs sensibles comme la santé. Et la capacité de traitement des montagnes de données récoltées. Car il ne suffit pas de capter des données, il faut avoir des capacités de calcul suffisantes pour pouvoir ensuite traiter cette masse d’informations. »

Petite fierté wallonne, le Cetic est à l’origine de 6LBR, un protocole de communication sécurisé et « open source » qui fait office de passerelle entre des petits réseaux de capteurs et le réseau IP (l’internet) public. Et qui ouvre ainsi l’Internet des Objets à de petites installations.