Mons: CyberHelp, le futur lanceur d’alerte pour les adolescents harcelés en ligne

Le cyberharcèlement en milieu scolaire est un mal de ce début de siècle numérisé. Le phénomène se développe sur les réseaux sociaux, parfois jusqu’à des issues dramatiques qui laissent sans voix les adultes, parents comme enseignants. En Fédération Wallonie-Bruxelles, la prévention s’organise au départ de Mons.

En quête de réponses à apporter à des citoyens déboussolés, l’échevin et député wallon Nicolas Martin (PS) est à l’origine d’un projet pilote qui prendra une forme concrète dès l’an prochain : une application pour smartphone à la disposition des élèves. Elle servira de véritable lanceur d’alerte pour les jeunes victimes ou les témoins de comportements anormaux. Nom de code : CyberHelp.

Des canaux insoupçonnés

Mais quels sont les contours et l’ampleur réels du problème ? Nicolas Martin a mobilisé les énergies dans sa ville : service de prévention, associations de terrain dont Infor-Jeunes et même université (UMons) pour la dimension scientifique de la démarche. Tous réseaux confondus, les écoles ont été impliquées dans une étude de cas à l’échelle de la ville. Un exercice d’une ampleur inédite qui s’est soldé par des enquêtes menées auprès de 1.518 adolescents du premier degré du secondaire.

On lira ci-contre les résultats les plus inquiétants de ce vaste tour d’horizon. Mais les données recueillies ont surtout mis en évidence deux dimensions qui ont surpris les adultes chargés du dépouillement des résultats.

Un : le cyberharcèlement passe par des canaux insoupçonnés. Les jeunes interrogés ont mentionné spontanément 54 applications, messageries et/ou sites internet au-delà des classiques Facebook ou Twitter. Le phénomène prend donc des formes et des routes multiples, ignorées de la plupart des parents ou des enseignants.

Deux : le public adolescent, qu’il soit victime ou surtout témoin, éprouve de grandes difficultés à identifier les personnes ou les institutions qui peuvent lui venir en aide ou recueillir les témoignages. A Mons, 62,5 % des jeunes souhaitent pouvoir dénoncer une situation de manière anonyme. Ils refusent ainsi (63,6 %) l’idée de se confier à une messagerie en ligne.

Alors quoi ? C’est l’intérêt du projet CyberHelp. Fort de ces résultats, Nicolas Martin a frappé à la porte du Microsoft Innovation Center (MIC) qui a pignon sur rue dans sa ville. Cette structure est spécialisée dans la promotion de l’économique numérique, mais elle a accepté de s’impliquer dans la mise au point d’une application originale qui permettra d’enclencher une procédure de prise en charge collective du phénomène déviant qui aura été dénoncé.

Prévention et dialogue

A ce stade, l’application CyberHelp est à l’état de prototype, mais le développement est imminent : les spécialistes du MIC soutenus par des étudiants en infographie travailleront d’arrache-pied dès le début de 2017 pour concevoir un « produit » à la fois performant et simple d’usage. Sous garantie d’anonymat, une victime ou un témoin pourra lancer une alerte qui mettra en branle une procédure dans l’établissement qu’il fréquente. De quoi identifier la classe et les élèves en cause, et de poursuivre par une phase de dialogue et de résolution des difficultés au sein de l’école.

Police et parquet seront associés à la démarche pour d’évidentes questions de responsabilité, mais l’idée est clairement de privilégier la prévention et la discussion avec l’appui de référents mis en place dans les institutions scolaires, avant d’envisager des sanctions en interne ou en externe. Mons et ses écoles seront le laboratoire de ce dispositif CyberHelp, mais la démarche devrait s’étendre sans difficulté aux écoles de Wallonie et de Bruxelles.