A Nyarugusu comme ailleurs, l’engagement social est l’affaire de tous

Q u’est-ce qu’optimisme ? disait Cacambo.

–  Hélas ! dit Candide, c’est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal.

Et il versait des larmes en regardant son nègre (…)  »

Voici comment se clôture l’épisode du nègre du Surinam dans le fameux Candide de Voltaire démontrant l’inhumanité de l’Occident.

En 2016, l’équipe bénévole d’Enseignants sans frontières découvre cet ouvrage dans une pitoyable bibliothèque du camp de réfugiés de Nyarugusu en Tanzanie en bordure du Burundi. Pendant cette mission d’échanges de pratiques d’enseignement du français, nous avons pu nous rendre compte que ces camps de réfugiés auraient été sans nul doute l’une des terribles étapes du périple d’un Candide moderne à travers les malheurs de notre monde.

Le camp de réfugiés de Nyarugusu, méconnu, fut donc le lieu de formation d’enseignants en français que trois professeurs volontaires belges organisèrent dans le but de s’engager à l’enseignement au-delà de leurs frontières.

Qu’est-ce qu’un camp de réfugiés ? Une étape de voyage vers un territoire en paix. Les Congolais, représentant la majorité des habitants du camp, y stationnent depuis parfois vingt ans. Quant aux Burundais arrivés en grand nombre depuis la crise politique au Burundi, ils n’ont pas le moindre espoir de retour au pays. Au total dans le camp : 106.000 personnes.

Un vœu bien hypocrite

Le plus frappant dans ce camp de réfugiés, c’est l’inertie de ces individus qui se sont résignés à attendre un départ autorisé. Si quelques centaines de Congolais partiront effectivement pour les Etats-Unis, la plupart attendent de pouvoir aller en Europe et en Belgique. Ce sera en vain. Une seule famille du camp en vingt ans a été accueillie par notre pays. Et de nous rappeler que l’une des stagiaires portait un enfant qu’elle prénommerait Espoir.

La francophonie, cette vieille idée qui semble aujourd’hui ne servir en Belgique que de pauvre rempart aux agressions communautaires, a encore un sens dans ce camp de réfugiés. Pour eux, c’est la chance de pouvoir travailler et vivre dans un pays qui porte des valeurs et surtout celle de l’enseignement. La preuve ? Ces professeurs réfugiés gagnent 14 euros par mois pour leur travail.

La plupart des réfugiés, sinon la totalité, rêvent d’Europe. En 2016, près de 366.000 réfugiés y avaient déjà débarqué, mais pour 4.621 décès, soit un total de 14 morts par jour. Au moment où l’Europe fait aveu d’échec avec des quotas migratoires par pays, où les accords nébuleux avec la Turquie violent la Convention de Genève, où les réfugiés sur notre propre sol sont les victimes d’un immobilisme volontaire de l’Etat ne voulant prendre ses responsabilités, l’équipe d’Enseignants sans frontières veut affirmer que la coopération au développement et l’engagement social sont l’affaire de tous, ici et au-delà de nos frontières. Mais Voltaire a toujours raison deux siècles et demi après son œuvre : l’Occident reste inhumain et le meilleur des mondes possibles un vœu bien hypocrite.

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