Las «mamàs belgues», héroïnes de la guerre d’Espagne

Quatre-vingts ans après les débuts de la guerre civile en Espagne, en juillet 1936, leur souvenir est encore présent. Il charrie sa part de dévouement et de sacrifices, d’idéalisme et d’engagement. Il a le goût suranné des fortes convictions. « Les “mamàs belgues ” étaient 21. Elles étaient pour la plupart de jeunes aides infirmières venues d’Anvers et de Bruxelles. Elles étaient juives et ont fait fonctionner avec courage un petit hôpital de la région de Valence, l’hôpital Ontinyent, ouvert par l’Internationale socialiste, le plus moderne du coin, où l’on soignait les blessés. Sur place, elles ont retrouvé des médecins belges, dont beaucoup venaient de l’ULB, qui avaient décidé de venir aider les Républicains espagnols», raconte Rudi Van Doorslaer, directeur du Ceges (Centre d’Études et de documentation Guerre Et Sociétés Contemporaines). Cet historien est incollable sur cette page plutôt méconnue de la guerre d’Espagne. À l’époque, le conflit cristallise toutes les tensions sociales et idéologiques d’une Europe en route vers le chaos. Les Brigades internationales, vaste élan de soutien aux Républicains, se mettent en place. Elles sont noyautées par le Parti communiste. Entre 2.000 et 3.000 Belges rejoignent les rangs anti-franquistes, Wallons pour une bonne moitié, 20 % venant de Bruxelles et 30 % de Flandre. Rudi Van Doorslaer a en compté très exactement 2.041 entre 1936 et 1938. Notre pays a ainsi apporté la plus forte contribution de volontaires, par rapport à sa population de 8,3 millions d’habitants. Certains prendront les armes, perdront la vie, le monde ouvrier offrant des renforts bienvenus face à l’avancée des troupes de Franco vers Madrid en novembre 1936. La guerre d’Espagne sera une tragédie, avec l’arrivée d’un demi-million de fuyards en France au-delà des Pyrénées. Ces “migrants ” d’alors y seront fraîchement accueillis : séparés de leur famille, parqués dans des baraquements, invités à rentrer chez eux malgré un sort funeste quasi certain, avant que la France adopte une attitude d’asile un peu plus digne. Sur place, “las mamàs belgues ”, ainsi désignées par la population, ne combattent pas ou alors à leur façon : en soignant. La fracture idéologique et la méfiance vis-à-vis des “Rouges ” s’appliquent à leur action. Elles s’installent sous la houlette du POB, le Parti Ouvrier Belge de Paul-Henri Spaak, moins révolutionnaire que le PC. Ces blouses blanches vont donner de leur temps. Parmi elles, les sœurs Luftig viennent de Pologne. Elles parlent yiddish mais maîtrisent déjà quelques rudiments d’espagnol. Sur place, elles croisent la route d’autres Belges tout aussi motivés. Ceux-là montent au front se faire étriller par les troupes coloniales de Franco, aguerries au combat et bien armées. « Cette guerre fut sans merci, rajoute Rudi Van Doorslaer. Ces hommes furent des proies faciles. » On y compte des anarchistes, mais aussi des aventuriers, des gars en perdition et des militants pour la liberté. “Las mamàs belgues ” prennent possession du vieux monastère des Frères mineurs mis à leur disposition. Des milliers de soldats républicains gravement blessés échouent là dans un extrême dénuement. Elles créent une bibliothèque belge, toujours en place, dans ce qui est redevenu une abbaye aujourd’hui. Elles rentreront en Belgique. Certaines passeront dans la Résistance. D’autres seront déportées dans les camps. Elles auront donné un sens à leur vie.