Le nouveau mot de l’année est... Brexit

Pour la deuxième année consécutive, Le Soir, avec la collaboration du centre de recherches Valibel de l’UCL, a proposé à ses lecteurs d’élire le mot nouveau de l’année. L’an dernier, c’est le verbe «spoiler» qui avait été élu. Il s’était imposé devant le substantif « ubérisation » et un autre verbe, « (s’)enjailler ». Pour la petite histoire, on peut dire que les internautes ont eu le nez fin, puisque les trois mots ont été repris dans le Petit Robert 2017, paru en mai dernier.

Pour rappel, les critères présidant à l’élection étaient les suivants : il devait s’agir d’un mot (ou locution, pas une citation ou un proverbe), nouveau (pas attesté dans la plus récente édition des dictionnaires usuels Petit Robert et Petit Larousse), de l’année (qui a connu une diffusion significative en 2016).

Brexit, un nouveau mot ?

Pour cette nouvelle édition, comme en 2015, un appel à propositions a été ouvert sur notre site internet. Au total, 115 propositions nous sont parvenues. Un jury composé de l’auteur Bruno Coppens, des linguistes Michel Francard et Anne-Catherine Simon (UCL) et des journalistes du Soir Jean-Claude Vantroyen et Corentin Di Prima en ont retenu 10, soumis aux suffrages des lecteurs. 5.678 personnes ont voté. Le mot « Brexit » s’est adjugé 24,4 % des voix, devant « putaclic » (18,3 %) et « déradicalisation » (16,6 %).

Son apparition date en réalité de 2012, comme son cousin, Grexit d’ailleurs. Les deux néologismes restent latents et doivent attendre plusieurs années avant d’entrer dans le langage, à la faveur des événements. Ce sera le cas de Grexit en 2015. Et de Brexit en 2016, dès lors qu’il s’est imposé largement dans le débat public et est sorti de la sphère des spécialistes pour entrer dans le langage usuel, et pas seulement des Belges francophones, mais des Européens. Il est d’ailleurs à noter que le choix des lecteurs du Soir rejoint celui d’autres votes organisés dans d’autres pays.

Même constat pour « putaclic » et « déradicalisation », qui complètent le podium. Leur émergence ne date pas de 2016, mais ils ne figurent pas dans la nomenclature des dictionnaires usuels, tandis qu’ils ont connu une diffusion significative cette année. Le mot « putaclic » est très récent. On en trouve des attestations depuis 2015 dans la presse. Il est le plus souvent utilisé comme adjectif. « C’est vraiment un mot des réseaux sociaux, parce que ce sont eux qui accréditent le mécanisme putaclic, qui génèrent l’effet viral impliqué par ce mot, qui est ensuite relayé par l’ensemble des médias », explique Michel Francard.

Quant à « déradicalisation », inutile de préciser dans quel contexte il s’est propagé en 2016. « Le terme radicalisation figure au dictionnaire, constate Michel Francard, mais pas déradicalisation. Ajoutons que ce qui est neuf également, c’est l’apparition d’un sens nouveau, à savoir se radicaliser d’un point de vue religieux. Quand on parle de radicalisation ou de déradicalisation aujourd’hui, on pense avant tout à la religion, ce qui n’était pas le cas auparavant. »

Rendez-vous fin 2017 pour explorer avec vous comment ce que notre langue dira de l’évolution de notre monde.

Sur le même sujet
le nouveau mot de l'année