Caroline Saal: «Le cas Publifin, de la vieille politique»

Pour Caroline Saal, l’affaire Publifin qui a secoué l’intercommunale est « choquante ».

Comme membre du CA de Publifin, quel a été votre premier ressenti lors de la révélation de cette affaire ?

J’étais au conseil communal de Liège axé sur le budget. Et le jour avant, on débattait du budget du CPAS, où je demandais plus de moyens pour aider les plus faibles. Le MR a dit qu’il voulait une plus grande responsabilisation des allocataires sociaux. Le lendemain, des membres de ce même parti touchent des sommes inconsidérées pour des non-réunions. C’est choquant.

Vous étiez au courant ?

Je suis au conseil d’administration de Publifin depuis mai dernier et je n’avais aucune idée ni des rémunérations ni de la non-tenue des réunions. Ces comités de secteurs, nous savions bien sûr qu’ils existaient et, en soi, ce n’était pas problématique dans la mesure où il s’agissait d’assurer une transition suite aux nouvelles réglementations wallonnes. Mais aucune information quant à l’activité n’est remontée. Le fait qu’il y ait une opacité chez Publifin n’étonne pas Écolo.

C’est-à-dire ?

Il faut se remémorer la difficulté de nommer Marc Hody(conseiller provincial Écolo et membre du CA de Publifin, NDLR) chez Tecteo et le refus de transmettre des documents préparatoires. À l’automne 2013, nous avions écrit avec l’aide d’un avocat aux responsables de chez Tecteo pour rappeler leurs devoirs et leurs responsabilités. Tecteo, c’est un peu PS-MR qui construisent et le CDH qui bénit…

Le fait qu’Écolo ne soit pas dans les comités de secteurs donne évidemment plus de liberté pour être critique…

Il y a un point qui doit être mis au clair : ce n’est pas la clé D’Hondt qui a joué pour la confection des comités de secteurs. Je sais que certains l’ont sous-entendu, mais c’est faux. La répartition des postes a été faite à partir du bureau exécutif de Tecteo, où Écolo n’est pas. Si nous n’y sommes pas, c’est que l’on a voulu nous écarter.

Par contre, les verts ont deux représentants au CA de Publifin. Vous sentez-vous intégrés ou plutôt seuls contre tous ?

On continue à demander plus de transparence et un meilleur accès aux documents. Mais comme Cédric Halin (échevin CDH des Finances à Olne, à la base des révélations sur le scandale Publifin, NDLR) l’a dit : tout est compliqué au niveau de l’accès aux informations. Or, cela devrait être normal, c’est une intercommunale, ce sont des choses publiques. C’est là que l’on peut voir que nous avons une culture politique différente chez Écolo. L’affaire Publifin, c’est le vieux système politique des petits arrangements entre amis. C’est l’opposé de notre vision. Cela ne veut pas dire que nous sommes plus vertueux, mais nous posons plus de limites.

Mais au dernier CA de Publifin, quand la décision de supprimer les comités de secteurs a été prise, vous avez interpellé ?

Marc Hody y était et a posé des questions, ce qui n’a pas été bien perçu. On a décidé dans la foulée des révélations la fin de telles rémunérations, puis la fin des comités de secteurs. C’est un peu comme si on voulait très vite remettre le couvercle sur la marmite. Nous attendons impatiemment les résultats de l’enquête diligentée par le ministre Paul Furlan. Toucher des rémunérations aussi importantes pour si peu de réunions, c’est immoral. Si l’on veut incarner la bonne gouvernance, on doit montrer l’exemple.

Le système a été mis en place en 2013, mais personne n’a dénoncé les choses. Il aura fallu la presse. Vous trouvez cela interpellant ?

Publifin, comme d’ailleurs lorsque PS-MR-CDH ont voulu tuer le décret décumul, montre que s’il y a des révélations journalistiques et une mobilisation citoyenne, les choses bougent. Je reste convaincue que dans chaque parti, il y a des gens de convictions. Chaque élu doit néanmoins se regarder dans un miroir et se poser la question suivante : veut-on faire de la politique avec les tripes ou avec le portefeuille ?