Le bois veut s’implanter dans le multirésidentiel

Paris, Minneapolis, Londres, Melbourne, Québec… Comme on peut le voir en parcourant les projets repris sur le site woodskyscrapers.com, les immeubles en bois fleurissent aux quatre coins du monde.

Si dans certains pays, ces constructions n’ont rien d’inhabituel, elles font encore figure d’exception en Belgique. Les ossatures bois ont en effet conquis le marché résidentiel des particuliers depuis quelques années, mais elles ne représentent qu’une part insignifiante des nouvelles constructions de logements collectifs.

Le vent est toutefois en train de tourner, et quelques acteurs se spécialisent dans cette filière. Le Bureau d’études de stabilité Ney&Partners Wow a ainsi créé en 2013 une antenne à Namur uniquement spécialisée dans le bois. « L’idée de ce bureau est née du constat que peu d’entreprises avaient l’expertise et les effectifs nécessaires pour étudier les projets bois, explique Alexandre Rossignon, l’un des partners. Très souvent, les études de stabilité ne sont pas faites en amont pour les constructions multirésidentielles en bois et cela nuit à la filière car, du coup, l’aspect final du projet et son prix peuvent fortement évoluer au fil de la réalisation. Nous tentons donc petit à petit de convaincre les architectes de faire réaliser leurs études avant le lancement du projet. »

Le Bureau d’études bois de Ney essaye aussi de travailler de plus en plus en bouwteam, une solution qui d’après Alexandre Rossignon permet de dynamiser la construction bois tout en chiffrant mieux les coûts. « Si les projets bois ne sont pas étudiés comme il faut, ils semblent souvent trop chers. Or, si l’on veut pouvoir les comparer aux autres types d’ossatures, il faut entre autres tenir compte du fait que le bois apporte certaines facilités au niveau des parachèvements. »

La construction bois réclame un travail de conception plus conséquent, puisque les éléments qui constituent le bâtiment doivent être calculés et réalisés au millimètre près en usine.

Ce temps est néanmoins récupéré lors du montage, notamment parce que les panneaux intègrent généralement tous les perçages pour les différentes conduites électriques et de plomberie. La construction d’un immeuble en bois se faisant à base d’éléments secs, le chantier génère aussi moins de bruits et de poussières. « Le bois offre des emplois plus qualitatifs pour les ouvriers, estime Alexandre Rossignon. Cette qualité est également présente d’après moi dans les espaces finis, qui sont particulièrement agréables à vivre. »

A ces avantages s’ajoute le fait que le bois permet de réaliser de nombreuses formes, et que sa légèreté permet d’utiliser des fondations réduites, ce qui entraîne généralement une baisse des coûts de 30 à 40 % pour ce poste.

Malgré cela, la construction bois en multirésidentiel a toujours tendance à coûter un peu plus cher, même si l’on tend de plus en plus vers un équilibre avec les autres matériaux. « Je ne pense pas que le bois remplacera un jour complètement le béton ou l’acier, et ce n’est d’ailleurs pas notre objectif, précise Alexandre Rossignon. Nous souhaitons juste qu’il prenne des parts de marché plus importantes, ne serait-ce que parce que nous sommes convaincus qu’il est une solution durable pour la construction. »

Si les mentalités sont de plus en plus favorables au bois dans les immeubles, il reste toutefois plusieurs freins à lever en Belgique. Notamment au niveau d’idées reçues comme quoi le bois est trop massif ou pas assez résistant au feu. Mais c’est surtout l’aspect structurel qui empêche aujourd’hui ce type de construction de se répandre. « Il n’y a pas plus de contraintes techniques à construire un logement de rapport en bois, on manque juste des bons réflexes et des démarches adéquates, souligne Alexandre Rossignon. Ce qu’il faut pour faire bouger les choses, ce sont des entreprises et architectes avec des références dans le domaine, et des projets à montrer. Nous sommes seulement au début de l’utilisation du bois pour le logement multirésidentiel et il faudra du temps pour que les choses bougent, mais plus nous avançons, plus ça prend ! »