Bilans et ambitions de «futurs grands»

Une bonne soixantaine d’entrepreneurs ont pris la pose sur une photo à 322 millions d’euros, soit ce que pèsent toutes ces start-up ou scale-up (entreprises un peu plus matures) en termes de capital-risque récolté en quelques années.

Parmi ces « millionnaires » occupés à transformer les dettes en bénéfices figurent des poids lourds de la nouvelle vague logicielle nés en Flandre mais développés aux Etats-Unis comme Showpad (près de 53 millions levés) ou SparkCentral (plus de 33 millions). Côté francophone, les têtes de file sont, à bonne distance, Real Impact Analytics (12 millions), Ibanfirst (11 millions) et MyMicroInvest (près de 7 millions).

Un grand « disparu » à déplorer, évidemment : Take Eat Easy et ses 16 millions, partis en fumée cet été. Pour le reste, le gros du peloton des « futurs grands » dispose d’un bas de laine compris entre 1 et 5 millions. Tous misent sur des déclinaisons diverses de la « digitalisation », vers le grand public ou les entreprises, pour atteindre des sommets.

Nous avons baladé notre dictaphone parmi les tables de ce club de champions en herbe pour récolter un bref bilan de l’année écoulée et, surtout, les attentes pour 2017.

L’année de la confirmation…

La start-up de technologie financière (« fintech ») TopCompare.be est la mieux dotée de nos quatre témoins, avec un accès à près de 20 millions de capitaux levés auprès d’investisseurs internationaux. Basée à Bruxelles, cette jeune entreprise qui propose un comparateur en ligne de produits bancaires (crédits, cartes de crédit, etc.) fait désormais partie d’un holding international.

« En 2016, nous avons véritablement constitué notre équipe de 8 personnes à temps plein, plus quelques informaticiens freelance. Nous avons par ailleurs tissé nos premiers partenariats avec des banques. Le secteur financier, qui reste très traditionnel en Belgique, prend conscience qu’il doit être plus tourné vers les attentes de ses clients. Les banques – 2 des 4 grandes banques belges sont nos partenaires – voient en nous un canal de distribution digital supplémentaire », explique le cofondateur Wouter Vanderheere.

« L’année écoulée a été la confirmation de notre commercialisation réussie. Nous avons signé avec la majorité des grosses entreprises de construction et de gros bureaux d’architectes, en plus d’être associés à des projets emblématiques comme le nouveau Résidence Palace à Bruxelles », résume Thomas Goubau, cofondateur d’Aproplan, une entreprise bruxelloise qui « digitalise » les flux d’informations sur un chantier de construction, via une appli sur tablette. Parler de confirmation n’est pas exagéré, puisque les effectifs de cette entreprise fondée en 2012 sont passés de 10 à 30 personnes, pour un chiffre d’affaires qui avoisine le 1,5 million.

« Ces derniers mois, nous avons finalisé notre application mobile de suivi de dossier médical personnalisé sur les plateformes iOS et Android et signé notre premier accord de coopération avec un grand hôpital, le CHU de Liège, retrace Vincent Keunen, le CEO et fondateur d’Andaman7. 500 patients du CHU ont désormais accès à la totalité de leurs documents médicaux depuis leur smartphone. » La start-up active dans l’e-santé emploie une dizaine de personnes.

Pour le portail immobilier Realo, 2016 a été l’année du décollage réussi : « Nous nous sommes hissés dans le top 3 des portails immobiliers en Belgique en termes de nombre de visiteurs. Nous avons réalisé environ 500 millions d’estimations de prix pour des biens divers. Notre site axé big data a pour but d’aider les gens à payer le juste prix, à l’endroit qui leur convient », explique Lorenz Bogaert, cofondateur. Realo emploie déjà 16 personnes à Gand.

… en attendant l’expansion (internationale)

2017 devrait être l’année de l’internationalisation pour la plupart de ces jeunes pousses. Après avoir levé 1,3 million jusqu’ici, Andaman7 espère boucler une seconde levée de fonds dans les prochains mois (si possible autour de 5 millions et auprès d’investisseurs étrangers notamment). « Nous pourrons alors défricher le marché américain, avec l’idée de créer une société là-bas, avec 2 ou 3 personnes au départ. Nous venons d’engager un business developper chargé de dénicher un premier hôpital partenaire », anticipe Vincent Keunen.

Aproplan, avec de belles premières références en France, en Allemagne et aux Pays-Bas, veut doubler son chiffre d’affaires dans ces pays. Realo donne la priorité de son expansion internationale à l’Espagne, puis à la France et l’Italie.

TopCompare.be espère multiplier ses « quelques milliers de visiteurs par jour » actuels et prévoit déjà d’étendre son comparateur à d’autres types de produits financiers.

Les coups de pouce attendus

Quelles sont les attentes de nos entrepreneurs par rapport au contexte, qu’il soit réglementaire, fiscal ou législatif ? Tous reconnaissent que le climat entrepreneurial s’est amélioré en 2016 en Belgique, saluant plus spécifiquement le « tax shelter pour start-up » au niveau fédéral, qui stimule les investissements dans de jeunes boîtes. « Beaucoup de progrès ont été faits pour favoriser la récolte de moyens financiers », affirme Lorenz Bogaert.

Du côté de l’e-santé, Vincent Keunen ose espérer que les professionnels du secteur, hôpitaux et médecins ainsi que les réseaux de données régionaux (Réseau Santé Wallon notamment) vont s’ouvrir davantage à des solutions de partage d’informations du type Andaman7 : « Cela fait plus d’un an qu’on discute. Ils ne sont pas fermés mais pas vraiment ouverts non plus, il n’y a pas de sentiment d’urgence. »

Pour la « fintech » TopCompare.be, le beau cadeau de 2017 pourrait bien être une directive européenne sur les services de paiement (PSD 2) qui incitera les banques à partager des données de paiement sur les comptes des clients (avec leur accord) avec des parties tierces. Le secteur financier devrait en outre être obligé à fournir aux consommateurs un comparateur pour certains produits de base (coût d’une carte de crédit, d’un compte courant, etc.). Du pain bénit pour la start-up.

Du côté d’Aproplan, on se réjouit de la percée des bâtiments passifs dans certains pays et de la généralisation de la norme d’efficacité énergétique BEEAM. « Ces standards de qualité poussent les entreprises de construction à réfléchir davantage en processus, à se digitaliser, après des décennies où le papier et le stylo étaient les rois, constate Thomas Goubau. Il y a 3 ans, quelqu’un avec un iPad sur un chantier était considéré comme un extra-terrestre. Maintenant, c’est devenu tout à fait concevable. »

 

Les tendances qu’ils anticipent en 2017

Vincent Keunen (Andaman7)

« Le secteur médical est, sans doute avec l’enseignement, le moins “disrupté” par le digital. On ne peut pas encore parler de transformation, mais les choses bougent. Des services et applications débarquent, singulièrement dans tout ce qui touche à la forme et au bien-être personnel (fitness). Autre exemple : le marché de la prise de rendez-vous avec le médecin via smartphone, en plein boom. »

Wouter Vanderheere (TopCompare.be)

« La banque par smartphone va devenir “mainstream”, tout comme les moyens de paiement sans contact dans les magasins. »

Lorenz Bogaert (Realo)

« La robotisation, associée à l’exploitation de montagnes de données, va toucher tous les pans de la société. Dans notre secteur immobilier, il n’est déjà plus nécessaire d’envoyer un agent pour faire une estimation de prix fiable d’un bien. »

Thomas Goubau (Aproplan)

« Les logiciels ou applications dans le cloud, en mode SaaS (software as a service) par opposition à un logiciel qu’on installe en local sur un PC ou serveur, vont poursuivre leur conquête des entreprises, qui n’ont désormais plus de crainte par rapport à ce modèle. »