Abou Jahjah, un activiste sulfureux ou un dangereux Malcom X?

Un dernier tweet aura été fatal à Abou Jahjah (47 ans), et pourtant c’est peu dire que De Standaard renonce à son polémiste/activiste après avoir tenu bon contre vents et marées. C’est la N-VA qui au premier chef avait fait de l’ex-leader de la Ligue arabe européenne (AEL), un de ses ennemis numéro un, mettant régulièrement la pression sur le journal pour qu’il éjecte l’un de ses principaux détracteurs. Ce sont ensuite des voix venues de la Communauté juive néerlandophone, qui avaient exprimé leurs récriminations, suite surtout à ses tweets et autres prises de parole sur les médias sociaux.

Le quotidien flamand avait-il pris des risques en acceptant de « jouer » avec le feu Jahjah ? Depuis des années, l’homme divise le monde flamand, vu comme un intellectuel puissant et un activiste démocrate par nombre d’intellectuels du nord du pays. Ses détracteurs, eux, le considèrent comme un agitateur dangereux, un fauteur de troubles, une sorte de Malcom X attisant la haine d’Israël et de la société belge auprès des jeunes d’origine arabe. L’homme, particulièrement affable et raffiné dans le contact rapproché, a toujours revendiqué ce statut d’activiste – « C’est une de mes fonctions dans la société. Des gens vont toujours faire une polémique sur ma personne et utiliser mon activisme pour le criminaliser » –, mais rejeté toute intention de déstabilisation.

« Musulman culturel et agnostique »

Né au Liban, Abou Jahjah arrive en Belgique à l’âge de 19 ans. Titulaire d’un Master en sciences politiques de l’UCL, il se fait connaître en 2000 comme fondateur de la Ligue arabe européenne à Anvers, un mouvement qui défend les intérêts des émigrés d’origine arabe en Europe. Il se porte candidat aux élections parlementaires en 2003 pour une AEL qui soulève les passions.

Certains y voient une tentative d’ethniciser la politique belge et de radicaliser les Flamands d’origine arabe et de confession musulmane. Jahjah explique aujourd’hui, qu’au contraire, si on avait laissé sa Ligue vivre sa vie, on aurait évité l’émergence de mouvements comme Sharia4belgium, construits sur la radicalisation islamiste, là où l’AEL visait à défendre des droits citoyens et l’intégration sans finalité de conquête religieuse. Lui-même se dit « musulman culturel et agnostique ».

En 2002, Abou Jahjah est arrêté et incarcéré, accusé d’avoir organisé des manifestations et incité à la violence à Borgerhout (Anvers), après qu’un Belgo-marocain de 27 ans eut été abattu par un voisin. Il sera acquitté en 2008, un commissaire témoignant de son intervention ce fameux soir pour calmer la colère des jeunes émeutiers. Il sera soutenu par nombre d’intellectuels qui lanceront une pétition en faveur d’un homme qu’ils considèrent comme un prisonnier politique.

En 2006, il retourne au Liban : l’engagement de cet homme ne porte pas sur la défense de l’Islam mais sur celle des droits des Palestiniens face aux agressions d’Israël, qui est clairement l’objet de ses combats. Il revient en Belgique en 2013 pour mettre sa famille en sécurité, entreprend un doctorat à l’UCL. Basé à Bruxelles, il crée Movement X dont l’objectif est, dit-il, de faire un mouvement citoyen, davantage orienté au centre gauche.

Ces derniers temps, il avait fait parler de lui, en déposant plainte pour racisme contre Bart De Wever après ses déclarations sur les Berbères, puis contre Jan Jambon après ses déclarations sur les musulmans dansant dans les rues après les attentats.

Ses propos tranchés, à la limite du dérapage, sur les réseaux sociaux avaient provoqué une bronca d’écrivains néerlandais qui voulaient empêcher leur maison d’édition, connue pour avoir sauvé des Juifs, d’éditer un de ses livres. Des personnalités majeures des lettres flamandes, dont Stefan Hertmans et David Van Reybrouck, avaient pris sa défense et permis la sortie de son opus en septembre dernier.