Kevin et Jonathan Borlée: «Oui, nous pouvons encore progresser»

Ils ne sont restés en Belgique que quatre jours, le temps de remplir leurs obligations contractuelles avec BMW, l’un de leurs sponsors. Une séance de dédicaces, samedi, au Salon de l’Auto, et les jumeaux Borlée sont repartis ce lundi, en compagnie de leur petit frère Dylan, pour un stage préparatoire de six semaines en Australie. De nouveaux horizons pour eux qui avaient l’habitude de passer le mois de janvier en Afrique du Sud. Cette fois, ce sera Gold Coast, à une heure au sud de Brisbane, sur le site des prochains Jeux du Commonwealth.

« On y pensait depuis longtemps, dit Jonathan. L’entourage de (la hurdleuse) Sally Pearson nous a aidés à prendre les contacts nécessaires. Partir là-bas, c’est une occasion de changer nos habitudes, de découvrir d’autres infrastructures. » Une nécessité, au début d’une nouvelle olympiade, après une saison marquée d’un côté par des exploits en relais et des désillusions sur le plan individuel.

Avec eux, on a évoqué le passé (récent) et le futur (proche).

 

Leur échec sur 400 m à Rio

Après un Euro d’Amsterdam déjà moyen (élimination d’entrée pour Jonathan, qui avait dû se « forcer » pour se rendre aux Pays-Bas, 4e  place pour Kevin après une grosse erreur tactique), pour la première fois depuis leur arrivée sur la scène internationale en 2008, aucun des jumeaux Borlée n’a franchi le cap des séries sur 400 m dans un grand championnat, lors des Jeux olympiques de Rio.

Un échec particulièrement douloureux même s’ils avouent qu’ils savaient, en débarquant au Brésil, qu’ils n’étaient « pas dans les meilleures dispositions » avec le contrecoup, pour l’un (Kevin), d’une blessure au pied droit consécutive à une bursite et, pour l’autre (Jonathan), d’une blessure à l’ischio.

« Ce qui est râlant et plutôt ingrat, rappelle Kevin, c’est que notre préparation s’était très bien passée. Jamais je ne m’étais senti aussi bien pour une course d’ouverture que cette année, à Kingston, en mai, où j’ai réussi mon meilleur chrono inaugural (45.17). Ma blessure, juste après le meeting de Rome, le 2 juin, est venue tout gâcher puisque j’ai dû tout arrêter et j’ai pris du retard que je n’ai jamais pu récupérer. »

Jonathan, de son côté, pense qu’il aurait logiquement dû atteindre les demi-finales aux JO s’il n’avait pas fait une grossière erreur en série.

« Je suis parti trop relâché et je n’ai pas su retrouver le “kick” quand il fallait », avoue-t-il.

 

Relais sacré

« La même distance, pas la même course »

Tant à l’Euro – où ils ont décroché un titre qui les a « reboostés » – qu’aux Jeux – où ils ont fini 4es à 3 centièmes de la médaille de bronze avec un remarquable chrono de 2.58.52 – les Borlée ont beaucoup mieux réussi en relais qu’en individuel en 2016. Pourquoi cette différence de niveau à quelques jours/heures d’intervalle ?

« Le fait qu’on court tous les trois, avec Dylan, nous aide beaucoup, dit Jonathan. On se connaît par coeur et être ensemble provoque une vraie émulation alors que sur 400 m, il m’arrive de broyer du noir quand ça ne va pas. »

Pour Kevin, c’est le principe même du relais qui fait la différence. « On court la même distance, c’est vrai, mais cela n’a rien à voir avec un 400 m individuel qui est beaucoup plus difficile à gérer. En relais, il ne faut pas trop réfléchir : chacun a une tâche bien précise qu’il connaît par cœur. »

Tous les deux reconnaissent que, en dépit de la performance qu’ils ont réalisée à Rio – une amélioration de 73 centièmes du record de Belgique… établi en séries – « passer au-dessus de la déception a été difficile… »

« Louper le bronze pour 3 centièmes, cela m’a fait revivre ce que j’avais connu sur 400 m aux Mondiaux de Moscou, en 2013, enchaîne Jonathan (NDLR : il avait terminé 4e à 2 centièmes de la 3e place). Ce qui est râlant, c’est qu’on continue à s’améliorer chaque année mais sans parvenir à décrocher une médaille au niveau mondial. »

Un bel objectif pour les Mondiaux de Londres, cet été.

 

L’avenir

« Diminuer la charge mentale »

Les Borlée, qu’on se le dise, sont repartis pour quatre ans avec l’idée de disputer, en 2020, à Tokyo, leurs quatrièmes Jeux olympiques consécutifs sur 400 m.

« Mais on aborde cette olympiade de manière plus sereine que la précédente, soulignent-ils. On ne va pas repartir comme des bourrins (sic). L’idée, c’est d’être plus cool, de plus se faire plaisir. C’est une des raisons pour lesquelles on a repris l’entraînement plus tard que d’habitude en se focalisant sur le sprint, qui est moins difficile à gérer. On essaie de diminuer la charge mentale. Si on y arrive, cela ira mieux. »

Tous les deux ont, assurent-ils, évacué les problèmes physiques qui les avaient tenaillés l’an dernier. « Pour moi, cela ne fait que deux semaines qu’on a trouvé la solution grâce à des semelles proprioceptives qui améliorent la biomécanique du pied », raconte Kevin. Du coup, contrairement à son frère, qui pourrait s’aligner sur l’une ou l’autre course, sans doute sur 200 m, en Australie lors du séjour qu’ils viennent d’y entamer, il ne courra pas en compétition avant les Relais mondiaux, aux Bahamas, les 22 et 23 avril.

L’un et l’autre sont persuadés qu’ils n’ont pas encore atteint leur plafond et qu’ils peuvent aller plus vite sur 400 m qu’en 44.43 (Jonathan) ou 44.56 (Kevin) même si ces chronos datent déjà de 2012. « Oui, on peut encore progresser si on est subtils. Il faut se relever et se concentrer sur notre schéma de course. »

 

Le phénomène Van Niekerk

« Il peut descendre sous les 43 secondes »

Les « twins » le reconnaissent : ces deux dernières saisons, ils ont été éclipsés par la concurrence internationale qui a pris une dimension insoupçonnée dans leur épreuve de prédilection. En 2015, surtout, ils l’ont difficilement encaissé mentalement. « Le schéma de course du 400 m a fondamentalement changé, explique Jonathan. C’est pratiquement devenu une épreuve de sprint. Tout le monde part à fond… et termine. Moi, si j’essaie de courir comme ça, je n’arrive pas au bout ! »

Le tour de piste est devenu la propriété d’un nouveau phénomène qui a éclipsé l’Américain LaShawn Merritt et le Grenadin Kirani James. Le Sud-Africain Wayde van Niekerk, 24 ans, a réussi un prodigieux record du monde sur 400 m à Rio en 43.03, améliorant l’ancienne meilleure marque de l’Américain Michael Johnson, qui datait de 1999, de 15 centièmes… en courant au couloir 8. Sera-t-il le premier homme sous les 43 secondes ?

« Après ce qu’il a fait l’année passée, c’est fort probable mais il doit encore être capable de reproduire cette performance dans une année post-olympique, ce qui n’est pas toujours évident, insiste Kevin. Je me demande d’ailleurs si, en 2017, on verra encore les mêmes performances qu’en 2015 et 2016. Il risque d’y avoir un creux malgré tout. »

C’est peut-être la chance des Borlée…