Le cinéma où l’on joue aux manettes

© Le Soir/Dominique Duchesnes
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Les habitants de Charleroi connaissent déjà bien le Quai 10, cet énorme bâtiment de verre et de béton gris au bord de la Sambre, face à la gare. Lorsque le soleil ne donne pas sur la façade, on peut lire un mot lumineux en néons sur le toit. Une installation du collectif Lab[au]. « Le mot est aléatoire, on ne sait jamais ce que ça va être, commentent les membres de Quai 10. L’autre jour, c’était “Mafiosos”. Tout le monde a bien rigolé. » Espérons que le mot sera plus neutre lors de l’inauguration ce vendredi 20 janvier.

Ouvert depuis novembre pour sa partie cinéma, le Quai 10 se proclame comme le nouveau centre de l’image animée et interactive à Charleroi. En plus de quatre salles dédiées au septième art, dont la plus grande fait 200 places, ainsi qu’une brasserie au rez-de-chaussée, le lieu a aménagé un espace pour les jeux vidéo au sous-sol. Sept jours sur sept, de 15h à 18h, les « gameurs » carolos pourront venir jouer, échanger et partager gratuitement sur une quinzaine d’écrans 40 pouces.

« On veut en faire à la fois un lieu ludique et pédagogique, remettre le jeu vidéo au centre de la sociabilisation et sortir le joueur de sa chambre, explique Mathieu Bakolas, le directeur adjoint de Quai 10. On invite les écoles et maisons de jeunes à monter des projets, à venir utiliser les jeux avec des supports conçus par nos animateurs. » Deux personnes s’occuperont de l’animation à temps plein de cet étage gaming. L’ASBL Le Parc qui gère le centre s’est associée à FOr’J, une fédération de maison des jeunes de la région.

Encore en travaux deux jours avant l’ouverture, le sous-sol accueillera aussi des stages et des formations pour les étudiants dans ces domaines et les joueurs. Selon Mathieu Bakolas : « l’objectif est de travailler sur la création de jeux vidéo et faire de Quai 10 un lieu reconnu auprès des professionnels belges et étrangers. » Ça commence dès ce vendredi avec une master class en compagnie des pionniers du jeu vidéo belge : Franck Sauer et Yves Grolet, les créateurs du jeu « Outcast » en 1999.

© Le Soir/Dominique Duchesnes
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Blockbusters ou œuvres indépendantes, tous les types de jeux auront leur place dans cette salle. Parfois la programmation côté cinéma fera le lien. Ainsi, le documentaire d’Arte Les filles aux manettes sur la place des femmes dans l’industrie vidéo ludique se prolonge en conférence avec la réalisatrice Sonia Gonzalez ce samedi 21 janvier. La discipline y est considérée comme un véritable art. Des expositions d’œuvres numériques côtoieront les bureaux des « gameurs ».

Bientôt l’accueil de start-up ?

Les Dirty Monitor lancent le bal avec plusieurs installations. Ces Carolos spécialistes du mapping vidéo, la technologie multimédia qui projette lumières et vidéos sur des bâtiments pour créer une histoire ou un univers, ont leur bureau au troisième étage. Pour l’instant, il n’y a que les deux sociétés Dirty Monitor et Financité qui partagent les lieux avec les 22 employés de Quai 10.

Financité a aidé au développement de la campagne d’appel à obligations pour le centre. Une partie du financement s’est fait grâce au prêt de particuliers ou d’entreprises qui récupéreront leur argent, plus intérêts, dans huit ans. La campagne qui se clôture le 23 janvier a permis d’atteindre la somme de 200.000 euros. « C’était important pour nous de tester une nouvelle source de financement alternatif. Les subsides pour un lieu culturel ne sont ni éternels ni inépuisables », précise le directeur adjoint.

Un seul étage reste vide et l’équipe souhaite y organiser des conférences. Mais des transformations ne sont pas exclues. « On réfléchit à l’hébergement d’entreprises qui travaillent autour du numérique, de l’image animée et du gaming. On a déjà eu des demandes pour des sociétés de 3 ou 4 personnes. Cet accueil permettrait de nourrir le projet car ces entreprises auraient la possibilité d’encadrer des animations dans l’espace “Gaming” par exemple. »

Avant cette étape, le centre doit trouver son public et faire ses preuves. C’est plutôt bien parti puisqu’en trois mois, sans gros événement, ni trop de publicité, les salles de cinéma ont fait plus de 7.000 entrées. L’objectif de Quai 10 est que les tickets représentent 60 % des recettes.