Léopold au Congo

Il jette des œillades tous azimuts sur le globe, en Extrême-Orient, en Méditerranée… et après que de nombreux pays eurent résisté à ses sérénades, le Congo, moins farouche, succombe. L’opinion publique et le gouvernement désavouent Léopold dans cette aventure et son rêve se tricote uniquement grâce à sa pugnacité et aux écus sonnants et trébuchants qui émanent directement de sa cassette personnelle, fort heureusement ployante. En 1885, c’est donc à titre personnel que Léopold prend la tête de l’ “État indépendant du Congo ”. Les grandes puissances, rarement rassasiées, se dressent en voyant le monarque de ce si petit pays s’aventurer en terre africaine, prêt à se remplir les poches avant eux. Mais Léopold, fin stratège, contourne les appétits des Goliath et divise ses rivaux pour régner. Il n’évite cependant pas lors de la conférence de Berlin de 1884-1885 une anicroche certaine dans la partition car il est sommé de laisser ses voisins boire à la source, leur promettant une liberté commerciale sur le territoire et le bassin congolais. Mais le voici désormais chef patenté du fief congolais. Si, dans un premier temps, Léopold II se tient à carreau, la marotte coloniale ne s’avère pas aussi juteuse que prévu et la fortune royale s’évente. Dès 1891-1892, il instaure au Congo le “régime domanial ”, singeant sans équivoque le traité de Berlin. Désormais, toutes les richesses naturelles du sol congolais sont propriété de l’État et les mannes de Léopold se remplissent enfin, surtout grâce au caoutchouc et à la chasse aux éléphants, traqués pour l’ivoire. La gestion du Congo belge attise aussi le courroux des grandes puissances pour d’autres raisons. Léopold II qui, aux origines, avait justifié son incursion locale au nom d’une pseudo-lutte contre les esclavagistes arabes qui sévissaient dans la zone, ne fait pas mieux. Les autochtones ont en réalité troqué Charybde pour Scylla. Ils sont exploités, soumis au travail forcé et tombent comme des mouches sur le champ colonial. Seul le rendement compte. Les chiffres sont controversés mais il est certain que des dizaines de milliers d’indigènes sont morts au service du “rêve ” colonial. Il n’en faut pas plus pour que sous la pression internationale, Léopold ne doive céder. Il garde néanmoins quelques plumes puisqu’en 1908, si le Congo lui échappe, c’est la Belgique qui reprend officiellement l’empire colonial, 80 fois plus étendu que son sol. L’État belge est tatillon et s’il a le sens du devoir, il reste sobre dans ses investissements locaux, ce qui n’est pas le cas du monde financier belge qui s’empressera d’y étendre son influence industrielle. Et le calme s’installe enfin dans la prospère colonie. Après la Deuxième Guerre mondiale, les consciences s’éveillent et le monde se décolonise. Le Congo n’échappe pas à l’ère du temps et c’est sous l’égide du roi Baudouin qu’il retrouve sa liberté en juin 1960. Si l’affaire semble dans le sac, la situation chauffe vite pour les colons belges encore sur place. Rapidement, c’est la panique et Tintin et ses pairs évacuent la place et rentrent au pays au triple galop, où d’autres croustillantes aventures les attendent…

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