Marcel Claes (AmCham): «J’espère un Trump clairvoyant»

Le discours, dans le monde des affaires, est souvent « langue de bois ». Le directeur de la Chambre de commerce américaine en Belgique n’hésite pourtant pas à dire toutes les inquiétudes que soulève à ses yeux le nouveau président américain Donald Trump.

Que souhaitez-vous à l’aube de cette nouvelle présidence ?

Je souhaite bonne chance à Donald Trump. Je lui souhaite de faire preuve de clairvoyance, en veillant à agir dans les intérêts de l’économie globale et pas seulement des Etats-Unis, dans la mesure où ces intérêts sont objectivement liés.

Faire preuve de clairvoyance ?

Je réagis à ce que j’ai vu, lu et entendu. Certains propos de Donald Trump, tenus pendant qu’il était en campagne mais aussi depuis qu’il est élu, n’incitent pas à la confiance. On est donc en droit d’espérer qu’il va enfin adopter un autre discours, et qu’il sera aidé en cela par les membres de son équipe, de son administration, voire par le Congrès. La démocratie américaine est solide, et on peut imaginer que le nouveau président sera en quelque sorte guidé dans la bonne direction.

Vous êtes plus inquiet que confiant ?

Comme nombre d’Américains et comme de nombreuses personnes dans le monde. Nous ne sommes pas, objectivement, dans le contexte particulièrement favorable qui avait accueilli les premiers pas du président Obama, il y a huit ans. Le nouveau président américain est évidemment plus clivant.

Qu’est-ce qui vous inquiète ? Les propos relatifs au protectionnisme ?

Ces propos génèrent une grande incertitude dans le monde des affaires qui est, par définition, opposé aux entraves au commerce. D’autant qu’une politique protectionniste sera néfaste à l’économie américaine à long terme. Trop agressive vis-à-vis de la Chine par exemple, elle risque de générer des mesures de rétorsion. Mais elle risque aussi et surtout de pénaliser l’industrie américaine qui, surprotégée, perdra à terme en compétitivité.

Quels seraient les effets d’une telle politique en Europe ? Peut-on craindre que des entreprises implantées en Belgique soient incitées à se relocaliser aux Etats-Unis ?

La plupart des entreprises américaines implantées en Europe y produisent pour le marché local, ce qui réduit le risque de déménagement. Mais il faut rester prudent. Si le président Trump concrétise ses promesses de diminution d’impôts, il faudra une réponse en Europe. C’est d’ailleurs un discours que nous tenons depuis longtemps vis-à-vis des autorités belges : une diminution du taux d’imposition des sociétés est indispensable.

Les entreprises américaines sont de grosses contributrices aux investissements en Belgique. Un risque de ce côté ?

On peut imaginer un trou d’air, dû à l’incertitude générée par cette nouvelle présidence. Pour le reste, le risque est limité pour autant que le président se montre clairvoyant.