Charles Michel: «Je ne veux pas d’une Europe avec des citoyens jouets de Trump »

C’est un Charles Michel particulièrement décidé et assertif qui est arrivé à Malte jeudi soir pour le sommet informel où les 28 débattront de la situation internationale – Trump ! –, de la crise migratoire en Méditerranée et de l’avenir de l’Europe. Rencontrant la presse belge pour un échange à bâtons rompus, le Premier ministre belge n’a pas mâché ses mots, ne cachant pas son impatience voire son irritation quant à la lenteur d’action de l’Union européenne : «  Sommet après sommet, on fait le commentaire des crises qui nous arrivent. »

À un moment où «  chacun voit qu’on est à un carrefour important des relations internationales », Charles Michel tape sur le clou qu’il a commencé à enfoncer dès le lendemain du référendum britannique sur le Brexit, prônant que l’UE accélère résolument son renforcement au niveau des 19 pays qui constituent la zone euro. Le contexte géostratégique est pour beaucoup dans la conviction du Premier belge qu’il faut accélérer le mouvement : «  L’évolution des derniers mois est impressionnante. Il y a un nouveau modèle [à Washington], et on se demande quel impact il aura sur la relation transatlantique. Il y a l’expression de plus en plus forte, notamment militaire, de la Chine. La Russie qui veut jouer un rôle géopolitique de plus en plus important, notamment dans des régions qui ont un impact direct sur l’Europe. » « Il ne faut pas tomber dans la panique, mais il ne faut pas non plus être aveugle. » Face à cela, Charles Michel annonce qu’il plaidera fortement « pour un patriotisme et une dignité européens » dans le cadre d’un « sursaut réaliste »  : « Je ne veux pas d’une Europe dont les citoyens deviennent les jouets de Trump, Poutine et Xi Jinping ! Il faut pour cela non plus seulement des discours, mais des actions courageuses. »

L’action courageuse, selon Charles Michel, n’est plus possible à 28 ou 27, car les choses vont trop lentement : «  C’est le moment de vérité. On se dit avec réalisme que la zone euro est le cœur où l’on peut développer l’action dans les trois domaines clés : la migration, la croissance et la sécurité ». Le renforcement de l’Europe à 19 ne signifie pas l’abandon des autres : « La zone euro garde les bras ouverts et la main tendue » aux autres. Mais si d’autres pays, notamment ceux d’Europe centrale, ne partagent pas cette vision du renforcement européen. « Ce ne sera pas plus simple à 19 qu’à 28 ou 27, reconnaît Charles Michel, mais c’est plus réaliste. On avait cru, lors du grand élargissement de l’UE, qu’il allait mener à plus de solidarité et de solidarité entre les États membres. Or que voit-on aujourd’hui ? Nous en conflit judiciaire interne, car des États (la Hongrie et la Slovaquie, NDLR) ont porté plainte devant la Cour de justice de l’UE contre des décisions prises par les 28 ! Mais le projet européen est un projet politique, basé sur des valeurs. Je respecte le choix de certains pays de porter un message démocratique différent… Mais je leur dirai aussi ce vendredi, surtout à ceux qui sont heureux d’avoir vu arriver Trump : il vous laissera aussi tomber un jour. »

« Contre le populisme antidémocratique, la meilleure réponse est d’engranger les résultats plutôt que faire des discours », dit Charles Michel. Il y a une dizaine d’actions « décisives et courageuses » qu’il faudrait engager rapidement au niveau européen. Lesquelles ? «  Si j’étais seul à le décider », Michel énumère : « le marché unique de l’énergie, l’agenda numérique, la finalisation de l’Union bancaire (freinée par l’Allemagne, NDLR), une FBI ou CIA européenne, le renforcement des frontières extérieures, et deux domaines auxquels je crois beaucoup : une multiplication par 5 ou par 10 des Erasmus, et un service civil européen. Et bien sûr, il faut régler enfin le problème du dumping social, qui est une campagne quotidienne contre l’Europe.  » À ce sujet, Charles Michel plaide d’ailleurs pour un salaire minimum européen. (Les observateurs remarqueront que la liste de Charles Michel est très proche des 10 orientations stratégiques présentées au début de son mandat par le président de la Commission Jean-Claude Juncker.)