Talentueuse la Belgique ? Oui, mais peut mieux faire !

Depuis quatre ans, le Global Talent Competitiveness Index (GTCI) compare la capacité des pays à attirer des talents. La Belgique se classe 16e sur un total de 118 pays. Un résultat plus qu’honorable mais qui témoigne malgré tout de lacunes bien connues comme, notamment, la complexité institutionnelle. Analyse.

Temps de lecture: 5 min

À la mi-janvier, et pour la quatrième année consécutive, l’INSEAD, l’un des instituts d’administration des affaires les plus connus et les plus influents, a publié son “ Global Talent Competitiveness Index ” (GTCI). Élaboré en partenariat avec The Adecco Group et le Human Capital Leadership Institute (HCLI) de Singapour, le GTCI mesure la capacité des pays à former, attirer et retenir les talents. Evidemment, les résultats sont une mine d’informations pour les responsables politiques. Il leur permet de pointer les faiblesses et ainsi d’améliorer l’attractivité du pays mais, aussi et surtout, de ses entreprises.

Un nouveau monde du travail

Sans surprise, le thème de la quatrième édition du GTCI s’articulait autour de “ talent et technologie ”. La digitalisation de l’économie induit, depuis quelques années, une nouvelle façon de travailler et de nouveaux savoirs tant comportementaux que technologiques. La transversalité remplace les niveaux hiérarchiques, la flexibilité et la collaboration deviennent des éléments essentiels. Ce nouveau monde du travail suppose des systèmes éducatifs adaptés et des politiques de transformation dans les entreprises. Le rapport 2017 du GTCI s’intéresse de près à cette problématique sur la course aux talents. 

“ La technologie transforme notre manière de vivre et de travailler, même si ce n’est pas toujours de façon spectaculaire, explique Bruno Lanvin, directeur exécutif Global Indices à l’INSEAD et coauteur du rapport. L’émergence d’un Internet omniprésent, d’objets connectés, d’équipes virtuelles dont les membres sont répartis à travers le monde... Tout cela s’est mis en place d’une manière progressive et presque invisible. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces changements transforment aussi profondément le monde du travail. Cela dit, pour paraphraser Mark Twain, l’annonce de la fin du travail constitue une exagération outrancière : les économies qui attirent le plus les talents seront les mieux à même de transformer les progrès technologiques en créations d’emplois. ”

Les caractéristiques des pays attractifs

La Suisse et Singapour occupent les deux premières places du GTCI 2017. Juste derrière, le Royaume-Uni et les Etats-Unis se positionnent en troisième et quatrième positions. Fait remarquable, quatre pays scandinaves figurent dans le Top 10 : la Suède, le Danemark, la Finlande et la Norvège. Qui plus est, dans le classement des villes, c’est Copenhague qui décroche la palme. Ces pays les plus attractifs partagent certaines caractéristiques.

Et la Belgique alors ?

Notre pays décroche la 16e place du CGTI. Si on décortique les résultats belges, cela donne ceci : 6e en “ Former ”, 18e pour “ Attirer ”, 19e pour “ Fidéliser ”, 20e en “ Rendre possible ” et 21e en termes de compétences techniques et professionnelles. Faut-il se réjouir de cette 16e place sur 118 pays étudiés ?

“ Dans l’absolu, c’est un résultat honorable, assure Nico Reeskens, Country Manager The Adecco Group Belgium. La Belgique appartient tout de même au Top 25 mondial, ce n’est tout de même pas rien. Mais il faut nuancer en se disant que sept pays européens sont devant nous et ce n’est pas forcément ceux auxquels nous pensons. Ainsi, l’Allemagne et la France se classent moins bien que nous. Mais, malgré tout, ils possèdent une force d’attraction qui est incomparable. Travailler à Paris, cela fait rêver quand même… 

Malgré des résultats déplorables aux tests en secondaire — les fameuses études PISA — , la Belgique se distingue par son excellence en termes d’éducation. “ Nous disposons de hautes écoles et d’universités de très grande qualité, poursuit Nico Reeskens. Mais ce n’est pas tout : notre système éducatif est bon marché et accessible. Les étudiants belges ne doivent pas s’endetter pour accéder aux études supérieures. Chez The Adecco Group, nous recevons régulièrement des stagiaires français. Il n’est pas rare qu’en entrant dans la vie active, ils aient déjà une dette de 20 000 à 25 000 euros liée à leurs études. Chez nous, le minerval reste très raisonnable et cela joue en termes d’accessibilité des études. ”

Manque de stages

Mais entre savoir théorique et savoir-faire adapté aux entreprises, il y a souvent un gouffre. Quel chef de service n’a jamais eu de stagiaire qui, doué, semblait incapable de mettre ses capacités en pratique ? Ce lien entre théorie et pratique est déficient en Belgique puisque notre pays est très moyen en termes de compétences techniques et professionnelles.

“ The Adecco Group, avec d’autres entreprises belges, a rejoint l’Alliance for Youth de Nestlé, confie Nico Reeskens. L’idée est d’offrir des opportunités d’emploi ou de stages à des jeunes de moins de 30 ans. Je suis toujours surpris par la faiblesse du système de stages belge. Nos jeunes sont bien formés, mais le lien entre théorie et pratique n’est pas très bon. Or l’apprentissage via les stages est crucial. Les Allemands ont moitié moins de cours que nos jeunes mais en connaissent autant ! Ce système de stages et d’adéquation entre formation et besoins des entreprises doit être beaucoup plus développé chez nous. En outre, c’est une belle façon d’attirer des talents. Et d’empêcher les nôtres d’aller faire leur stage à l’étranger. ”

Enfin, sans surprise, notre pays se classe 82e pour les relations entre les entreprises et le gouvernement, 41e pour la facilité d’entreprendre et 113e pour la fiscalité. Ces résultats pitoyables affectent nos capacités d’attraction et de fidélisation des talents.

“ Notre pays est beaucoup trop complexe pour les étrangers, conclut Nico Reeskens. Avoir un job en Wallonie n’implique pas les mêmes choses qu’en Flandre. Pour un étranger, cela n’a aucun sens. Alors, ils vont ailleurs. Pas que pour cela, ceci dit. Ce qu’il reste de leur salaire brut est aussi important.“ 

 

Chargement
Le fil info
Tous

En direct

Le direct

    La UneLe fil info

    Allez au-delà de l'actualité

    Découvrez tous les changements

    Découvrir

    À la Une