Froidefontaine, une ferme pleine de vie

La chute du nombre de fermes est vertigineuse. En 35 ans, de 1980 à 2015, notre pays a perdu 68 % de ses exploitations agricoles. Alors qu’elles étaient 113.883 en 1980, elles ne sont plus que 36.913, selon le dernier rapport de la direction générale des statistiques. Cette dégringolade se déroule au même rythme, -3,2 % par an en moyenne, en Flandre et en Wallonie. La superficie des exploitations survivantes a dès lors presque triplé, passant de 20,8 hectares en 1980 à 56,9 hectares en 2015, en moyenne.

Dans ces conditions, pas de place, ou si peu, pour les petits agriculteurs. De plus, depuis la crise de 2008, la terre agricole étant devenue une valeur refuge pour des investisseurs étrangers au monde agricole, son prix a véritablement flambé. Résultat, les petits fermiers peinent à accéder à la terre, que ce soit via l’achat ou la location de parcelles.

Parmi les solutions qui émergent, citons la coopérative Terre-en-vue (Le Soir du 10/09/2015). Créée en 2012, elle rassemble l’épargne citoyenne pour acheter des terres mises ensuite à disposition d’agriculteurs, bio pour l’essentiel. Un autre projet se dessine: la ferme de Froidefontaine qui souhaite morceler son territoire – selon les principes de la permaculture visant à favoriser la diversité – pour regrouper une myriade de métiers agricoles, interconnectés et solidaires.

Six mois passés à travailler à la ferme normande du Bec-Hellouin (laquelle se profile comme référence en permaculture, capable de produire beaucoup sur une petite superficie, voir ci-contre) ont donné à Alexis de Liedekerke, agronome (Gembloux agro-biotech ULg), l’envie «  de créer une ferme pleine de vie en Wallonie et d’améliorer nos techniques agricoles  ». Ce rêve prendra corps sur les terres dont le jeune trentenaire est propriétaire : la ferme de Froidefontaine, sise à Havelange, près de Ciney.

Mais pas question de vivre cette aventure en solitaire. C’est avec deux compères de son âge, l’un agronome, Florian Delespesse, l’autre juriste, Gaëtan Seny, qu’il développe peu à peu un projet innovant : mettre les 37 hectares de terres et les 2000 m2 de bâtiments de la ferme à disposition d’un dizaine d’entrepreneurs qui travailleront, a minima, selon le cahier des charges de l’agriculture biologique.

Un choix d’avenir. En effet, l’agriculture biologique gagne progressivement du terrain, essentiellement en Wallonie. «  Entre 2010 et 2014, la croissance du nombre d’exploitations bio en Belgique fut très soutenue, avec +9,3 % par an en moyenne, avant de marquer un peu le pas entre 2014 et 2015, avec +5,3 % » , note le rapport « chiffres clés de l’agriculture 2016 » de la direction générale des statistiques. Concrètement, alors que la Belgique ne comptait que 109 fermes bio en 1987, elle en comptait 1.140 en 2010 et quelque 1.717 en 2015, dont 1.347 (soit 78,5 %) en Wallonie.

Des produits de qualité et de niche

Pour que Froidefontaine rejoigne ces statistiques, le trio de tête est à la quête d’entrepreneurs agricoles inspirés et expérimentés (les propositions de projets sont attendues jusque fin mars).«  Nous cherchons des professionnels capables de mener leur projet de façon autonome. Que ce soit dans la production alimentaire via un projet de maraîchage diversifié, d’arboriculture, de production de petits fruits ou d’aromatiques ; mais aussi dans l’élevage de petits ruminants, de chèvres, de volailles voire d’écrevisses, d’escargots ou de canards , explique Alexis de Liedekerke. Notre but est de produire des produits de qualité et de niche. »

Dans le même état d’esprit diversifié, la transformation n’est pas en reste. Installée dans les 2000 m2 de corps de ferme, on l’imagine concernant les fruits et légumes, avec dans son voisinage un atelier de découpe. Et même une cidrerie. «  La collaboration avec la cidrerie du Condroz est actuellement la plus avancée  », précise-t-il.

Economie circulaire

Et un début de boucle vertueuse se dessine. Entendez par là, une esquisse d’économie circulaire. Un entrepreneur souhaite en effet utiliser les déchets de pulpes de pommes de la cidrerie comme matière première pour en faire de la farine.

Concrètement, comment cela se passera-t-il pour les entrepreneurs agricoles sélectionnés ? Si aucune location ne leur sera demandée pour exploiter les terres et bâtiments de la ferme, une partie de leurs bénéfices devront être versés au trio gestionnaire de Froidefontaine. En échange, ces derniers se chargeront de la commercialisation et de la visibilité des produits.

Par ailleurs, le regroupement de professionnels permettra la mutualisation des services tels que la gestion administrative, le comptable ou encore l’obtention de primes. «  De cette manière, les entrepreneurs pourront se concentrer sur le cœur de leur activité  », conclut Alexis de Liedekerke. Rendez-vous dans quelques mois pour voir si la sauce a pris.