Logement en kit pour immeubles vides

Les étudiants de la Cambre-Horat se sont réunis une première fois ce lundi à la Faculté d’arhcitecture pour plancher sur le projet Home for less. © Hatim Kaghat.
Les étudiants de la Cambre-Horat se sont réunis une première fois ce lundi à la Faculté d’arhcitecture pour plancher sur le projet Home for less. © Hatim Kaghat. - HATIM KAGHAT

Lutter contre l’exclusion tout en pesant sur la problématique des immeubles inoccupés, tel est le pari que souhaitent relever l’ASBL l’Îlot et ses partenaires. Objectif : imaginer, dans les six mois à venir, un toit façon poupées russes, soit un logement mobile susceptible d’équiper les bâtiments actuellement vides. « Nous travaillons depuis des années sur la création de solutions de logements, souligne Ariane Dierickx, directrice générale de l’Îlot. Nous sommes partis du principe que nous ne devions pas être uniquement dans une position de demande, d’attente ou de plainte vis-à-vis du politique mais qu’il fallait aussi contribuer à la création de solutions ».

« Une boîte que l’on placerait dans une autre boîte »

Il y a trois ans est née la cellule Capteur et créateur de logement, aujourd’hui subsidiée par la Région et la Commission communautaire commune. « C’est porté par l’Îlot mais cela représente l’ensemble des services professionnels bruxellois d’aide aux personnes sans abri ». En trois ans plusieurs pistes ont déjà pu être dégagées pour ouvrir des portes aux plus fragilisés. C’est le cas notamment via les montages de projets immobiliers. « Le scénario classique est de travailler avec un investisseur social souhaitant placer son argent dans un projet qui a un impact sociétal important, poursuit Ariane Dierickx. On l’accompagne de A à Z, de la prospection immobilière jusqu’à la mise en logement en passant par la phase de travaux. Nous nous mettons gratuitement au service du propriétaire et, en contrepartie, nous avons la garantie que ce sont des personnes issues de notre public qui intégreront l’habitation ».

Plusieurs dossiers sont encours. Une première concrétisation est annoncée, mi-2017 du côté de Schaerbeek, avec quatre appartements allant du studio aux trois chambres qui permettront d’accueillir une dizaine de locataires.

Bref, le boulot ne manque pas pour l’association qui, depuis ce mardi, s’est lancée dans une toute nouvelle aventure dans le cadre du concept « Home for less ». « Nous sommes partis du constat qu’il y a presque autant de logements inoccupés à Bruxelles que de demandes pour un logement social (NDLR : 45.000 ménages sont en attente)  ». De quoi donc faire cogiter les acteurs de terrain. « Cette problématique ne relève pas seulement de la spéculation immobilière. Il peut s’agir d’un problème d’indivision, il y a également des propriétaires qui, de par leur âge, par exemple, n’ont plus l’énergie nécessaire pour gérer leur bien. Nous nous sommes dit qu’il serait intéressant d’aider ces propriétaires tout en répondant à nos problèmes ».

L’idée du bâti modulaire était née. « Nous avons pensé à la construction d’une boîte que l’on placerait dans une autre boîte. Si les travaux de mise en conformité au code du logement sont trop importants et que le propriétaire ne peut pas les réaliser, on pourrait par contre imaginer un logement léger, peu coûteux que l’on installerait dans l’espace vide ». Une formule intéressante pour le propriétaire, « qui pourrait percevoir un loyer même si celui-ci est inférieur aux tarifs classiques sur le marché », et pour l’association « puisque cela permettrait à notre public ayant un revenu limité de trouver un toit ».

Un mécanisme qui passera sans doute par une convention d’occupation précaire. « Ce qui permet, sur plusieurs années, au propriétaire de constituer l’épargne nécessaire pour faire des travaux plus importants. Une fois que ceux-ci réalisés, nous pouvons déménager notre boîte dans un autre espace vide ».

Reste donc à concevoir ladite boîte. Et pour ce faire, l’ASBL a eu l’idée de se tourner vers les étudiants de la Faculté d’architecture La Cambre-Horta de l’ULB. « L’intérêt de ce projet est de rassembler des compétences diverses, qu’elles soient sociales ou tournant autour de la brique. Nous avons d’une part les étudiants et les professeurs de l’ULB mais aussi le collectif Baya composé de jeunes architectes qui ont décidé de mettre leurs compétences au service de projets citoyens ». Ceux-ci se sont notamment illustrés par la construction de la cuisine temporaire dans le camp de réfugiés de Calais.

De la partie également, L’Armée du Salut qui met à disposition un immeuble désaffecté. « C’est là, au boulevard d’Ypres dans de grands plateaux vides que va se dérouler le projet », annonce notre interlocutrice. C’est donc là que les étudiants, ils sont soixante, vont s’atteler à la fabrication du modèle type. « Le défi sera donc de s’inscrire dans les contraintes du Code du logement même si on peut aussi imaginer ajouter un scénario sans ces contraintes, pour comparer les résultats ». Cette phase expérimentale durera un peu moins de six mois. « De quoi nous permettre de savoir en combien de temps on peut construire ces modules, mais également combien ça coûte ».