Affaire Théo: le jeune homme est sorti de l’hôpital, le policier porte plainte (vidéo)

Près de deux semaines après son viol présumé lors d’une altercation avec quatre policiers à Aulnay-sous-Bois, Théo est enfin sorti de l’hôpital. Plus tôt que prévu – il était censé y rester encore dix jours – mais le jeune homme ne sait pas s’il aurait « tenu mentalement », confie-t-il dans une vidéo publiée jeudi soir sur la page Facebook « Justice pour Théo ».

« Un très grand merci »

Entouré de sa mère et de sa sœur, il a tenu à remercier toutes les personnes l’ayant soutenu depuis le début de l’affaire. « Je tenais à faire cette vidéo pour vous dire qu’aujourd’hui, je suis sorti de l’hôpital. Grâce à Dieu, je suis sorti sur mes deux jambes. Lorsque je suis entré là-bas, c’était en fauteuil roulant, en très mauvais état. Je tenais à vous dire un très, très grand merci, à chacun d’entre vous. Dans toutes les lettres que vous m’avez écrites, que ce soit sur Facebook, par messages, via ma famille ou mes amis. Cela m’a fait un très, très grand plaisir. Et cela m’a donné beaucoup de force. Cela m’a aidé à tenir debout », affirme le jeune homme de 22 ans d’une voix affaiblie. Il se dit également « très fatigué », sa blessure n’étant pas encore totalement guérie. Et explique sa sortie prématurée : « L’ambiance de l’hôpital m’a beaucoup pesé. Je devais rester encore 10 jours de plus mais je n’ai pas pu accepter, je ne sais pas si j’aurais réussi à tenir mentalement. Donc j’ai préféré retrouver les miens ».

Voir la vidéo de Théo sur mobile

Le 2 février dernier, des images de vidéosurveillance ont montré l’interpellation musclée de Théo, qui avait affirmé avoir été violé par un policier avec une matraque. Les quatre policiers présents ont été mis en examen, un pour « viol » et les trois autres pour « violences volontaires en réunion ». Emmené à l’hôpital, un médecin lui avait diagnostiqué « une plaie longitudinale du canal anal de 10 centimètres et une section du muscle sphinctérien ». Il a dû être opéré et le médecin lui a prescrit 60 jours d’interruption totale de travail.

Le président François Hollande lui avait rendu visite le 7 février. Profitant de l’occasion médiatisée, Théo avait alors appelé la population au calme (plusieurs manifestations de soutien avaient dégénéré), demandant aux jeunes « de rester unis » et « de ne pas faire la guerre ».

Plainte contre Théo

Mais le policier de 27 ans mis en examen pour viol a une tout autre version de l’histoire et porte même plainte contre le jeune homme. L’Express a eu accès à son procès-verbal et en publie quelques extraits : « Alors que je venais de lui saisir le bras, je recevais de sa part un coup de poing au niveau de la pommette gauche. Durant quelques instants, j’ai été sonné. J’ai compris à ce moment-là que l’individu serait prêt à tout pour se soustraire. Il se débattait, portait des coups de poing à tout va, gesticulait en tout sens, même des jambes. Le gardien de la paix D. parvenait toutefois, mais très difficilement, à le conduire au sol en le ceinturant. Tous deux basculaient au sol de manière très brutale ».

Le policier déclare avoir utilisé à deux reprises sa matraque, mais jamais il ne fait mention d’un viol. Une première fois « en visant l’arrière des cuisses », puis une seconde fois car Théo « avait du mal à être maîtrisé ». « Je décidais de porter à l’individu des coups de matraque télescopique en visant ses membres inférieurs dans l’espoir de lui faire perdre l’équilibre et de l’amener au sol. ». D’après lui, ce n’est qu’au commissariat qu’ils auraient remarqué la blessure de Théo. « Je constatais alors qu’il présentait une plaie saignante. Je n’ai aucune idée de la façon dont cette plaie a été faite. »