Le maraîchage urbain pour s’insérer dans l’économie circulaire

Au départ, il s’agissait d’une friche communale recouverte de pelouse, située entre l’hôtel Meininger et des logements sociaux de Molenbeek-Saint-Jean. Désormais, cet ancien lit de la Petite Senne voit fleurir une myriade d’espèces végétales différentes et sert de potager urbain. Ses 1.500 m2 sont exploités par l’Atelier Groot Eiland, une ASBL bruxelloise qui travaille à la socialisation, l’intégration et l’émancipation des demandeurs d’emploi.

Les fruits et légumes produits et récoltés servent de matière première aux petits plats concoctés dans le nouveau restaurant social et zéro déchets Bel Mundo, inauguré fin 2016 à l’occasion des 30 ans de l’ASBL, ainsi qu’à la sandwicherie durable Bel’O, situés à deux pas du potager urbain dénommé Bel Akker (1). « Les légumes cueillis le matin sont mangés à midi… difficile d’avoir plus frais », indique Tom Dedeurwaerder, coordinateur général de l’Atelier Groot Eiland.

Influencé par les programmes culinaires télévisuels où les grands-chefs ont leur propre potager, voilà deux ans que l’Atelier exploite ce potager urbain en y plantant une soixantaine de lits de légumes à haute valeur. « Donc, pas de pommes de terre. Mais du mesclun, différents types de laitues, des bébés carottes, etc. C’est-à-dire des variétés qui rapportent beaucoup et qui peuvent être cultivées de 6 à 8 fois par an sur la même parcelle », poursuit-il.

Durant la haute saison, de mars à fin octobre, « on y récolte entre 60 et 100 kilos de légumes par semaine », explique Annalisa Gadaleta (Groen), échevine en charge du développement durable à Molenbeek-Saint-Jean, qui a soutenu ce projet.

La production excédentaire est vendue dans le petit magasin durable de l’Atelier ainsi que sur le marché bio de Molenbeek. « On voudrait y aller avec un vélo-cargo que l’on transformerait en un petit magasin ambulant », précise le coordinateur. Autrement dit, une sorte de food-truck version deux-roues. Et d’ajouter, « quelle que soit la manière de vendre nos légumes, cela doit nous rapporter de l’argent pour être le plus indépendant possible des subsides ».

Même si des subsides, il en faut. En effet, « lorsqu’elles arrivent chez nous, les personnes qui cultivent les légumes n’ont pas la rentabilité de celles qui sont sur le marché du travail régulier ». Les 15 maraîchers du jardin souffrent d’autisme, de schizophrénie ou encore de handicap physique. Enregistrés comme bénévoles, ils travaillent généralement de un à trois jours par semaine, selon leurs capacités.

Parmi les valeurs défendues par l’Atelier, la restauration de la confiance en soi et de la fierté parmi ses travailleurs est très importante. Ainsi, début mars, ce sont huit personnes en burn-out, avides de toucher une nature salvatrice en milieu urbain, qui vont être insérées sur l’extension du potager. En effet, la surface cultivée par l’atelier va grandir de 1.500 m2, en exploitant une partie des toits plats et solides des Abattoirs d’Anderlecht, avec la société BIG scrl. Cette dernière y développe une ferme urbaine de 4.000 m2 (dont des serres à haute technologie et de l’aquaponie, c’est-à-dire de la production intégrée de poissons tilapia et de légumes), ce qui en fera la plus grande ferme urbaine sur toit d’Europe.

Cultiver les légumes dans un potager urbain est un pan de l’économie circulaire mise en place à l’Atelier. Savoir les cuisiner en est un autre. Vingt-cinq personnes peu qualifiées et éloignées du marché de l’emploi régulier (principalement des articles 60) sont ainsi formées à l’Horeca du lundi au vendredi et apprennent la cuisine froide et chaude. Au terme des huit mois de formation, environ 70 % d’entre eux trouvent un emploi.

Ce haut taux d’insertion est notamment dû à l’apprentissage de notions de néerlandais (la plupart des élèves sont francophones ou anglophones) directement en cuisine. Mais aussi grâce à la familiarisation des participants avec les codes du travail : venir à temps, prévenir lorsqu’on est malade et apporter un certificat, écouter son chef. Enfin, chaque apprenant est suivi par un accompagnateur de projet. Trois mois avant la fin de son stage, il apprend à rédiger CV et lettre de motivation ainsi qu’à créer une adresse e-mail professionnelle. Et aussi à chercher du travail au bon endroit.

(1) Bel Mundo et Bel’O sont situés sur le site Belle Vue, quai du Hainaut, le long du Canal à Molenbeek-Saint-Jean.