Les joyaux de l’Ardenne ancestrale

Non loin du carrefour de Croix-Rouge, entre Étalle et Virton, se cache le site géologique particulièrement remarquable du “Trou aux fées ”, ensemble de cavernes tapies sous de friables rochers de grès. Tous les enfants de la région connaissent ce palais attribué aux créatures légendaires de nos sous-bois et frémissent en pensant à sa malédiction. Un jour, un jeune professeur piqué d’archéologie voulut en explorer les cavités dans leurs moindres recoins. Au premier coup de pioche, il tomba mort sur place ! La vengeance des fées ? Eh oui ! Pas besoin d’aller au bout du monde pour admirer les splendeurs de la nature. L’Ardenne belge regorge de paysages d’une beauté à couper le souffle. Lieu de villégiature très prisé de nombreux Belges le week-end, l’Ardenne est aussi bien plus que cela. Joyau paysager, elle est l’écrin de trésors architecturaux ou historiques exceptionnels. Au détour d’un sentier, à l’entame d’une clairière, à l’aplomb de monticules herbeux, l’Ardenne recèle moult vestiges d’autrefois, témoins à demi enfouis, ou presque effacés, du temps qui passe à coups non pas de décennies ou de siècles, mais bien de millénaires.

Des cavernes ici, des monuments mégalithiques par là, un oppidum là-haut, des ruines de villas romaines de l’ “Ardenne chevelue ”, des fontaines aux noms de rois martyrs… Jean-Luc Duvivier de Fortemps les connaît tous, ces témoins du passé. L’écrivain a arpenté en tous sens le massif ardennais. En grand spécialiste, il a déjà évoqué tous ses charmes et plusieurs chapitres de son histoire dans de précédents ouvrages, “L’Ardenne merveilleuse ”, “L’Ardenne sacrée ” ou “L’Ardenne héroïque ”. Il est également un fin connaisseur du brame du cerf, auquel il a consacré plusieurs livres. Il revient cette fois, avec “L’Ardenne ancestrale ” (aux éditions Weyrich), nous raconter le riche passé de la région. Les photos, joliment mélancoliques, de Benjamin Lesage soulignent admirablement le propos. L’Ardenne accueille des habitants depuis la nuit des temps ou à tout le moins depuis le Mésolithique (soit de 10.000 ans à 5.000 ans avant notre ère), selon les traces qu’on en a retrouvé. Pointes de flèches, éclats de silex tranchants comme des rasoirs fixés autrefois au bout de sagaies et de harpons… ultimes témoins du passage des premiers Ardenniens, groupes de chasseurs-pêcheurs-cueilleurs nomades qui plantaient le tipi le long de nos cours d’eau. Dans la quête quotidienne de nourriture et équipés de ces seules armes rudimentaires, ils chassaient un tout autre gibier qu’aujourd’hui, car c’étaient ours, aurochs et autres bisons qui pullulaient dans cette contrée définie par Jean-Luc Duvivier comme «un vaste archipel de bois, de clairières et de marécages que des hivers longs et rigoureux rendaient inhospitaliers ».

Comment sait-on que ces peuplades étaient nomades ? Tout simplement car ces silex proviennent des sols hennuyers, voire champenois ! Plus tard, les Celtes en occupèrent les giboyeuses forêts. Les Romains y tracèrent des chaussées, dont nombre de tronçons subsistent encore. Les rois mérovingiens puis carolingiens y édifièrent 42 villas dites royales. Plus tard, ce furent des châteaux qui s’élevèrent et connurent divers destins, parfois funestes. “L’Ardenne ancestrale ” vous offre une formidable promenade-découverte de ces merveilles. Le livre refermé, vous n’aurez plus qu’une envie : aller les admirer sur place !

“L’Ardenne ancestrale ”, par Jean-Luc Duvivier de Fortemps, photos de Benjamin Lesage, éd. Weyrich, 138 p., 29 euros.

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