Yona Brand: «La mort de Mike restera un éternel mystère»

Yona (1), à votre avis, que ferait Mike, né le 2 février 1947, aujourd’hui ?

Sans tourner le dos à son public francophone, je pense qu’il aurait fait une carrière internationale et se serait installé en Amérique. N’oublions pas que Mike était un crooner, donc il aurait affiné son style musical dans ce sens. Il aurait sûrement fait du cinéma car il avait reçu des propositions. Mike s’intéressait aussi beaucoup à l’art, il peignait, dessinait et allait voir des expos.

Vous êtes née plus d’un an après sa mort. Quelle image avez-vous de lui ?

J’ai reçu beaucoup d’informations de la famille, de ses amis et de fans qui l’ont côtoyé. J’ai donc deux visions : celle de l’homme public et puis une autre, plus personnelle et plus forte, qui m’a été transmise par les témoignages familiaux. Par les liens du sang, je perçois aussi des choses que j’ai du mal à expliquer. Sans l’idolâtrer, pour moi Mike reste un ange venu sur Terre déposer sa lumière et faire du bien. Avec mon père (Zvi, le frère de Mike, ndlr), on se dit que grâce à lui, on ne s’ennuie jamais. Mike est une bénédiction et un cadeau dans notre vie ! Il a redonné l’espoir et la fierté à notre famille qui a vécu des choses très douloureuses. Et puis, c’est un peu grâce à lui que mes parents se sont rencontrés. Sans lui, je ne serais pas là !

Est-ce que Mike était aussi fragile qu’on le dit ?

Oui et non. Il avait une force en lui, dont on parle peu. À 20 ans, il quitte Israël et sa famille pour se lancer dans une aventure inconnue, et sans parler un mot de français ! Avec sa voix et sa musique, il voulait conquérir le monde en apportant l’amour autour de lui. Il fallait donc avoir une sacrée force de caractère et une volonté extraordinaire pour y arriver. Mais Mike était aussi un écorché vif. Alors, à un moment donné, il a été fragilisé par ses fêlures et les troubles liés à son passé. Ajoutons à cela les malveillances et les problèmes liés à son métier.

Pensez-vous qu’il a été heureux durant sa courte vie ?

Oui, absolument. Il avait dit à ma grand-mère : « Tu sais, mama, si je meurs demain, j’aurai mieux vécu que cent hommes ! » Mike a voyagé, aimé, vécu et goûté à tous les plaisirs. Il adorait la vie. C’était un épicurien, quelqu’un de spontané, avec une vraie gentillesse et une sincérité profonde. Les médias se sont trop attardés sur son côté sombre et mélancolique. En fait, c’était un sacré boute-en-train. Il adorait rire et s’amuser. Les gens aimaient l’inviter car il mettait toujours de l’ambiance.

Et avec les femmes ?

Plusieurs de ses compagnes m’ont rapporté que Mike était un homme extrêmement délicat et prévenant. Il a connu beaucoup de femmes, c’est vrai, mais il les adorait et les respectait. Il a toujours été honnête avec elles. Sachant qu’il ne pouvait se fixer, il ne promettait rien. Mais lorsque ça se passait bien, il aimait poursuivre la relation. Avec ma mère, qu’il avait rencontrée par hasard à l’aéroport de Genève, il a ainsi vécu une belle amitié amoureuse. Il avait besoin de s’entourer de personnes qui vivaient une vie normale, loin des paillettes du show-biz.

Faut-il croire à sa première tentative de suicide, le 22 novembre 1974 ?

Quand Mike a pris conscience que tout son entourage le vampirisait et abusait de ses bontés, il a d’abord fermé les yeux, car il reconnaissait que son équipe faisait du bon travail. Le succès était là. Mais au bout d’un moment, il a dit stop car ça devenait inacceptable. Il a donc cherché à s’expliquer avec son producteur, Simon Wajntrob. Il l’a rejoint à l’Hôtel de la Paix, à Genève, et lui a dit quelque chose du style : « Maintenant, ça suffit, arrête de te moquer de moi. J’ai compris ce qui se passe. Je veux qu’on en discute les yeux dans les yeux. » Mais la conversation a mal tourné. Son saut par le balcon, c’était juste une provocation, pas une tentative de suicide. S’il avait voulu en finir, il n’aurait pas cherché à atteindre le balcon du dessous !

Quelle est votre opinion par rapport à tout ce qui se dit autour de sa disparition ?

Pour moi, comme pour beaucoup de gens, la mort de Mike restera un éternel mystère. Personnellement, je pense que toutes les théories se tiennent. Jean Renard, son premier producteur, n’a jamais cru au suicide. Ils allaient retravailler ensemble. C’est troublant car Mike devait visiter un nouvel appartement et il débordait de projets. Il avait dit à mon père : « Viens me voir à Paris, je t’attends ! » Mais il ne faut pas tout mettre sur le dos de Simon Wajntrob. Au début, ça se passait bien. Mike avait même trouvé auprès de sa femme et de ses filles un cocon familial. Mais son côté mégalo a repris le dessus. Mike s’est senti trahi, abusé et volé, aussi bien par Simon que par tout son entourage, qui n’était pas net.

Bronia, votre grand-mère, n’aimait pas Simon Wajntrob...

Elle était très intuitive. Même si son fils essayait de la préserver de ses problèmes, elle avait senti qu’il vivait dans un environnement négatif. Après le décès de Mike, leur confrontation s’est très mal passée. Il l’attendait à son bureau avec deux bergers allemands. Ils se parlaient en yiddish. Simon lui a dit : « Vous me devez l’argent de l’enterrement ! » Elle a répondu : « Simon, comment osez-vous me parler d’argent alors que je viens de mettre mon fils en terre ? Rendez-nous d’abord l’argent que vous devez à Mike et on en reparlera ! » Simon a alors appelé son garde du corps et insulté ma grand-mère. Elle ne s’est pas démontée et lui a dit : « Vous vous croyez le plus fort, mais savez-vous les épreuves que j’ai traversées (2) ? Hitler ne m’a pas tuée. Aujourd’hui, il est mort, tout comme ceux qui ont voulu ma mort. Ce n’est donc pas vous qui allez m’impressionner ! »

Où en est le projet de biopic sur Mike ?

Je suis en train de terminer l’écriture d’un scénario, avec toute ma famille. J’espère que ce film verra bientôt le jour. En attendant, il y aura, au printemps, une compilation avec des surprises. Jean Renard a retrouvé dans sa cave des bandes contenant des essais, des versions inédites et étrangères des chansons enregistrées par Mike en 1969-1970.

Si Mike arrivait, là, vous lui diriez quoi ?

Je le serrerais très très fort dans mes bras et lui dirais merci ! (Yona ne peut retenir ses larmes).

(1) Yona porte le même nom que Mike qui avait changé le "d" en "t".

(2) Bronia Rosenberg était une rescapée du camp d’extermination d’Auschwitz.