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Guillaume Bottazziveut «créer une ambiance poétique place Jourdan»

Après le Japon ou les Etats-Unis, le peintre investit l’espace public bruxellois. Son œuvre aux formes organiques aurait des vertus apaisantes, selon une étude de l’université de Vienne.

Journaliste service Bruxelles Temps de lecture: 4 min

Après avoir joué les équilibristes durant près de trois mois, l’artiste français Guillaume Bottazzi a quitté son perchoir de la place Jourdan et rangé ses pinceaux. Mission accomplie, il laisse derrière lui une fresque géante de 16 mètres sur 7 sur la façade d’un immeuble de logements, connu sous le nom de Baugency, à l’angle avec la rue Gray.

Une œuvre où rondeurs et couleurs pastel invitent à la quiétude. « Je suis avant tout dans l’abstrait, j’aime les formes organiques et les courbes car je pense qu’elles adoucissent l’environnement », expliquait le peintre lors d’une rencontre avec des élèves d’Etterbeek en septembre dernier. Une œuvre qui n’a par ailleurs pas de nom, l’artiste préférant laisser à chacun l’occasion de faire vrombir son imaginaire.

Votre aventure sur la place Jourdan vient de prendre fin, que retenir de cette expérience ?

Plein de choses car le projet est très riche. Comme vous le savez, la place Jourdan avait besoin d’être revalorisée, la rénovation a d’ailleurs commencé. Les enjeux dépassent donc l’œuvre d’art. L’objectif global est à la fois d’apporter de la culture au quotidien mais aussi de promouvoir Bruxelles comme capitale belge et européenne. C’est aussi favoriser l’activité locale, lui apporter de la visibilité et participer à l’attractivité du lieu. Pour moi, Jourdan était donc le bon endroit car c’est le quartier où se mélangent les fonctionnaires européens et les Belges, ce qui m’offre l’opportunité de communiquer en faveur de l’Europe qui en a rudement besoin. Alors que Bruxelles et Strasbourg sont un peu concurrentes, l’ambassade de France soutient mon projet et j’en suis fier car c’est une façon de rapporter à Bruxelles ce qui lui appartient.

La rondeur est maîtresse dans vos créations que l’on dit volontiers apaisantes. C’est calculé ?

J’ai cherché à apporter des couleurs assez douces et des formes courbes pour adoucir l’environnement urbain. Mes travaux ont fait l’objet d’une étude scientifique

(NDLR : de l’université de Vienne)

qui ont effectivement prouvé que mes tableaux diminuaient l’anxiété tout en introduisant des doses de plaisir. C’est une façon pour moi de parler du bien-être et de communiquer sur cet axe d’autant que le fait que l’œuvre d’art soit dans l’espace public permet à chacun d’en profiter.

Vous êtes régulièrement descendu de votre échafaudage pour entrer en contact avec les passants. Cela fait partie du boulot ?

Oui. J’ai fait installer une armature en métal sur le mur pour maintenir la toile que j’aurais pu réaliser en atelier mais l’intervention sur le site permet de créer de la cohésion sociale et de favoriser l’appropriation de l’œuvre. Les gens ont pu voir le tableau évoluer au quotidien. J’ai aussi organisé plusieurs rencontres et conférences sur la place ou dans les commerces. J’ai également pu discuter avec les enfants d’écoles francophones et néerlandophones à travers un concours que nous avons organisé. Et cela fonctionne, on l’a vu à la remise des prix, des parents m’ont dit : “on parle de vous tous les jours”. Les gamins sont très impliqués et c’est très intéressant car l’art doit participer à l’expérience personnelle des gens pour être entendu. Ce travail sur le terrain va permettre de sensibiliser le plus grand nombre en rendant chacun acteur.

Une réactivité qui vous a surpris ?

J’ai parfois été très surpris notamment lors du démontage de l’échafaudage lorsqu’une petite fille s’est mise à pleurer. C’est très touchant, certains venaient prendre des photos tous les jours, j’ai eu des visiteurs d’autres pays, d’Allemagne par exemple où le projet a été bien relayé. Cela attire donc du monde, tout profit pour l’économie locale.

Prochaine étape, l’inauguration, fin mars au cœur du Sofitel Jourdan, d’une installation rappelant votre fresque. Un effet miroir ?

Oui et cela ne s’arrêtera pas là. Une fois que les travaux seront terminés, le mobilier urbain comme les parasols et les terrasses seront en accord avec l’œuvre. J’ai réalisé une charte graphique en vue de créer une ambiance poétique sur toute la place.

Votre tableau n’a pas de titre, pourquoi ?

Jamais de nom car l’objectif central de tous mes travaux est de susciter le capital créatif de celui qui les regarde. Chacun en fonction de son histoire, de son expérience ou du moment va pouvoir interpréter ce qu’il voit

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