« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout à vos côtés pour que vous puissiez le dire »

Esprit libre et supérieur, François Marie Arouet, dit Voltaire, a marqué le XVIII e siècle par ses idées progressistes et ses écrits. Citons dans une œuvre profuse son “Candide ” (à qui il fait dire « Il faut cultiver notre jardin » mais aussi que « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ») et “Le traité pour la tolérance ”. Ce grand défenseur de la liberté pour qui «le mieux est l’ennemi du bien » dominait l’Europe de la pensée. À l’écouter, on dissèque mieux la nature humaine.

Bonjour M. Voltaire. Il est une question qui nous préoccupe fortement en ce moment : celle du radicalisme prenant sa source dans la religion. Le terrorisme au nom de Dieu est-il une magistrale erreur ?

Le fanatisme est un monstre sans cœur, sans yeux et sans oreilles. Il ose se dire le fils de la religion. Nous avons assez de religion pour haïr et persécuter, et nous n’en avons pas assez pour aimer et secourir. On voit évidemment que toutes les religions ont emprunté leurs dogmes et tous leurs rites les unes des autres. Plus les hommes seront éclairés et plus ils seront libres. N’est-il pas honteux que les fanatiques aient du zèle et que les sages n’en aient pas ?

Comment nous prémunir ? Par la pensée ? La réflexion? L’amour d’autrui ?

Ceux qui peuvent vous faire croire à des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. Plus on a médité, plus on est en état d’affirmer qu’on ne sait rien. Le prudent se fait du bien, le vertueux en fait aux autres. C’est n’être bon à rien de n’être bon qu’à soi. Le seul moyen d’obliger les hommes à dire du bien de nous, c’est d’en faire. Que conclure à la fin de tous mes longs propos ? C’est que les préjugés sont la raison des sots. Rien n’est plus dangereux que lorsque l’ignorance et l’intolérance sont armées de pouvoir.

Alors l’antidote, ce serait le bonheur revendiqué ?

Le bonheur n’existe pas, il n’y a que des instants de bonheur. Le bonheur est un état d’âme et par conséquent il ne peut être durable. J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé. Le bonheur est la seule chose que l’on puisse donner sans l’avoir et c’est en le donnant qu’on l’acquiert. Le corps d’un athlète et l’âme d’un sage, voilà ce qu’il faut pour être heureux. Le paradis terrestre est là où je suis.

À moins que l’amitié, forte et vivifiante ne soit le bon remède : qu’en pensez-vous ? Ou alors le travail ? Ou un optimisme forcené ?

L’amitié d’un grand homme est un bienfait des dieux. Toutes les grandeurs du monde ne valent pas un bon ami. Un ami vaut mieux que cent prêtres. (Mais) Mon Dieu, gardez-moi des amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge. Le travail éloigne de nous trois grand maux, l’ennui, le vice et le besoin. L’optimisme est la rage de soutenir que tout est bien quand on est mal. Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères, qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes.

Peut-on tout de même compter sur la politique ? Ou doit-on faire confiance aux hommes ?

Les hommes sont des insectes se dévorant les uns les autres sur un petit atome de boue. On peut juger du caractère des hommes par leur entreprise. Le meilleur gouvernement est celui où il y a le moins d’hommes inutiles.

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