«S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu…»

Si l’on grimpe dans l’arbre généalogique de la tribu Bach il n’y a pas moyen de passer d’une branche à l’autre sans se cogner à un instrument. Naturellement Johann prend la voie de ses pères qu’il dépassera tous.

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Johann Sebastien Bach vient au monde le 31 mars 1685 à Eisenach, en Allemagne. Les premières années de sa vie sont opaques. Orphelin dès 10 ans, Bach est embarqué sous l’aile de son frère qui lui enseigne la musique. Très tôt il reçoit une éducation religieuse luthérienne qui déteindra profondément sur son œuvre. À 15 ans, il fait son baluchon et s’émancipe 300 km au nord, à pied, en direction d’une manécanterie (école de chant choral pour enfants) abritant les jeunes pousses pauvres dotées d’une belle voix. Bach est passionné, il veut aller plus vite que la musique, et s’il ne vibre pas pour la chose scolaire c’est un travailleur acharné. Il dira d’ailleurs bien plus tard : «J’ai beaucoup travaillé. Quiconque travaillera comme moi pourra faire ce que j’ai fait ». La voix de Bach mue et son parcours aussi. Il se tourne vers l’instrumental et lance sa carrière. Il papillonne d’un orgue à un autre, se forgeant rapidement une réputation d’organiste virtuose, pour finalement atterrir à la cour de Weimar, toujours derrière son instrument. En 1707, il convole avec sa cousine Maria-Barbara, chanteuse de son état. Les années qui s’écoulent ensuite sont éminemment créatives, Bach compose sans fin. Même si de fil en aiguille il a été nommé maître des concerts, ses rapports avec le duc de Weimar s’étiolent. Tellement que Bach, n’ayant jamais lésiné quand il s’agissait d’être épanoui dans son ouvrage, lui présente sa démission en 1717. On lui a en effet proposé le poste de maître de chapelle de Köthen, dans le centre de l’Allemagne. Le duc est inflexible, et Bach se retrouve en prison où, tout bien réfléchi, il ne change pas d’avis. Le duc capitule et Bach compose à Köthen certaines de ses plus belles créations. Son célèbre portrait peint par Elias Haussmann nous offre des traits sérieux et beaucoup trop posés si l’on se réfère à la nature fougueuse du compositeur qui n’hésitera jamais à dire ce qu’il pense. En 1720, Maria-Barbara trépasse et, pour Bach, c’est un séisme. Il rebondit tout de même puisqu’il se remarie rapidement avec un jeune tendron, Anne Magdalena, de 20 ans sa cadette. Bach est aussi un homme qui a souffert, il aura intensément côtoyé la mort : dix de ses vingt enfants seront fauchés… Bach a besoin de tourner une page et migre à Leipzig où il obtient non sans mal le poste très prisé de “Cantor ” de la ville. Jusqu’à sa mort, il y fournit un travail titanesque, dont de très nombreuses œuvres religieuses. Le biographe Johann Nikolaus Forkel dira de lui qu’à cette époque-là «il ne pouvait toucher une plume sans produire un chef-d’œuvre ». C’est d’ailleurs en 1733 qu’il écrit une partie de sa fameuse messe en si mineur. Ses innombrables cantates trônent, majestueuses, sur sa création. Il se renouvelle inlassablement et son imagination ne lui fait jamais défaut. À partir de 1745, Bach perd progressivement la vue et l’une des dernières choses qu’il verra c’est, en 1750, le chirurgien de pacotille qui se penche sur son cas, le plongeant dans toutes les obscurités, puisqu’il meurt aveugle quelques mois plus tard. On ne peut pas résumer Bach. Nombreux sont les compositeurs de génie qui se sont référés à son talent : Mozart, Beethoven… Son sens très particulier du rythme et ses modulations seront parfois pointés du doigt de son vivant, mais feront sa gloire pour l’éternité. Leibniz disait que la musique est «une arithmétique secrète de l’âme qui ne sait pas qu’elle est en train de compter». Sauf que Bach a lui une conscience aiguë de ce qu’il compose, chaque note déposée sur une portée a été pensée, calculée et aimée. Il les assemble comme personne d’où sa réputation de grand maître du contrepoint. Imbibé de religiosité, Bach célèbre infatigablement son Dieu, si bien que l’écrivain Emil Cioran dira que : « S’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu… »

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