Andropause: les hommes savent pourquoi

Non, l’andropause n’est pas une fatalité. Plutôt une injustice : alors que toutes les femmes doivent, un jour ou l’autre, composer avec la ménopause, seuls 5 à 10 % des hommes souffriront d’andropause, c’est-à-dire d’une diminution de leur "imprégnation" en testostérone, l’hormone mâle par excellence. Ce qui signifie que lorsque les hommes consultent pour des tas de bobos de gravité diverse, si les symptômes qu’ils décrivent ne sont pas liés à une baisse de leur taux de testostérone, c’est qu’ils ne sont pas atteints d’andropause. Leurs plaintes sont dans ce cas davantage les conséquences d’un vieillissement naturel et seront traitées comme telles. Par ailleurs, alors que la ménopause entraîne chez les femmes une interruption brutale de la production d’œstrogènes et de progestérone, les hommes, eux, ne voient leur taux de testostérone baisser "que" d’environ 10 % par décennie, à partir de 40 ans, parfois plus tôt. Et quoiqu’elle décroisse – car la qualité des hormones encore fabriquées diminue – la fertilité existe toujours.

Des causes variées

« Les causes d’une diminution hormonale inhabituelle conduisant à l’andropause sont variées : elles peuvent être médicales ou chirurgicales, nous explique le Dr Robert Andrianne, chef de clinique en urologie (CHU Liège). Un homme qui perd un ou surtout deux testicules dans un accident ou suite à une infection peut ainsi développer une chute brutale de ses hormones mâles. » De manière générale, pour déterminer si le patient qui consulte présente une réelle andropause ou une simple diminution de sa qualité de vie, les médecins sont amenés à vérifier toutes sortes de paramètres : libido, muscles, gonflement abdominal, taux de graisse, qualité du sommeil, ostéoporose, activités (sport ou télé…), un questionnaire qu’ils complètent par une prise de sang afin de doser le taux de testostérone. « La norme peut être comprise entre 2 et 10, explique l’urologue. L’écart peut donc être important ! Parfois, le patient se plaint de tas de petits maux qui évoquent un phénomène d’andropause. Les trois symptômes les plus fréquents sont la chute de la libido, la modification de la répartition de la graisse sur le corps et la fonte musculaire. Je mets alors parfois en route un traitement d’épreuve par testostérone. Mais je me suis souvent rendu compte, lors de l’examen clinique, que ce qui afflige les hommes, ce n’est pas tant le chiffre atteint que la chute de celui-ci par rapport à avant ! » Pour s’en rendre compte, il aurait fallu qu’ils aient testé leur testostérone auparavant. Les femmes font plus régulièrement des dosages d’hormones, mais on ne teste pas aussi souvent la testostérone de leurs compagnons. « Nous leur proposons donc un traitement hormonal d’épreuve durant trois mois et nous évaluons ensuite le plus objectivement possible si les plaintes se sont corrigées, poursuit le Dr Andrianne. Certains patients ne veulent plus arrêter ! Ils ont retrouvé une libido, des muscles et leur esprit d’initiative… »

D’abord vérifier la prostate

Le dosage en testostérone doit s’accompagner d’une évaluation de la prostate. Non pas que la testostérone provoque le cancer de la prostate (c’est une idée fausse qui s’est répandue après les affaires de dopage), mais parce que ces hormones masculines peuvent provoquer l’accélération d’un cancer de la prostate déjà présent, ainsi qu’une accumulation de globules rouges. Le cancer de la prostate est en effet hormono-dépendant : il peut donc "flamber" en présence d’une augmentation de testostérone. D’où la castration – chirurgicale ou médicamenteuse – de certains patients atteints de ce type de cancer. Pour l’homme de 60 ans qui n’a encore jamais eu de dépistage, le dosage PSA (des protéines fabriquées par la prostate) s’avère donc indispensable. Un deuxième dosage au cours de la même année permettra ensuite de vérifier s’il n’y a pas eu d’augmentation ou de chute brutale. Le but des médecins est de rendre à leurs patients un taux de testostérone acceptable. « C’est comme l’huile de moteur : il en faut un peu, mais pas trop », conseille le Dr Andrianne en utilisant une métaphore qui parle aux hommes. L’hormone de substitution qui semble la plus prometteuse à l’heure actuelle est la DHEA (déshydroépiandrostérone), une hormone produite par les glandes surrénales et le cerveau et qui constitue le stéroïde le plus abondant dans le corps humain.

Pour les plaisirs

Une chose est sûre : quand on commence le traitement hormonal destiné à contrer la chute de la testostérone, il est difficile de s’arrêter : les glandes deviennent en quelque sorte dépendantes. « Il faut être prudent avec cela, prévient l’urologue. C’est comme pour les body-builders : quand ils arrêtent leur activité, ils se retrouvent en "hypogonadisme" (les testicules perdent leur fonction) et sont obligés de travailler sur leur hypophyse. C’est un phénomène un peu controversé. Personnellement, je suis partisan de l’écoute du patient. » Et ce patient, justement, peut faire état de tas de problèmes de santé, plus ou moins graves, dont la baisse de testostérone peut être l’une des causes (voir schéma ci-contre). L’ostéopénie et l’ostéoporose, par exemple, peuvent être la conséquence d’une baisse de testostérone. Tout comme la diminution de la pilosité, les insomnies, la perte musculaire… En revanche, un mode de vie sain est clairement un facteur de protection de la testostérone : l’activité physique, comme la marche, la natation, une bonne alimentation, l’arrêt du tabac… sont excellents pour maintenir ce que le Dr Andrianne appelle "les pulsions de vie" : la libido, l’envie de partir en vacances, de faire des projets. Mieux encore : la testostérone a un effet protecteur sur la prostate (quand elle est saine), les muscles et même le cœur. Gage de protection contre les maladies cardiovasculaires, la testostérone prescrite aux hommes souffrant de coronopathies peut les améliorer. Une injustice de plus par rapport aux femmes qui, elles, voient leur risque cardiovasculaire et de cancer (sein/utérus) augmenter par la prise d’œstrogènes (pilule, traitements substitutifs au long cours).

La testostérone au jour le jour

Saviez-vous que le taux de testostérone fluctue au cours de la journée ? C’est ainsi qu’il connaît un pic entre 8 et 11 heures du matin. Mais la testostérone fluctue aussi au cours des saisons, chutant en automne et reprenant vigueur au printemps. Il s’agit donc d’une hormone dépendante des conditions de vie et d’environnement. « Elle diminue par exemple quand l’homme présente des problèmes d’érection, explique le Dr Andrianne. Si vous prenez du Viagra ou que vous portez une prothèse pénienne, votre taux de testostérone va remonter. Si vous espacez vos rapports sexuels, il va diminuer : on peut observer des chutes de testostérone chez les hommes qui vivent seuls. Enfin, des pathologies peuvent dans certains cas diminuer la vascularisation des testicules qui vont s’atrophier, entraînant une chute de la testostérone : c’est le cas du diabète, des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension et du tabagisme. »

Sexe, quand tu nous lâches…

Une étude de l’université de Manchester a défini l’andropause par la conjonction, sur le plan sexuel, de trois symptômes : une fréquence réduite des érections matinales et des pensées sexuelles, la présence d’un dysfonctionnement sexuel et un taux de testostérone inférieur à 3,2 ng/ml.