Des affiches de Saint Laurent accusées de véhiculer des «images dégradantes» de la femme

Deux visuels de la nouvelle campagne Saint Laurent, visibles à Paris, font polémique. Sur l’une, une femme apparaît jambes écartées, en talons et collants résilles. Sur l’autre, une jeune femme très amaigrie, sur talons aiguilles et patins à roulettes, est penchée sur un tabouret dans une position jugée explicite. Le Jury de déontologie publicitaire de l’ARPP, saisi, statuera ce vendredi 10 sur cette campagne, a indiqué à l’AFP Stéphane Martin, directeur général de l’autorité chargée de réguler la publicité. «  On verra ce qu’il se dira, mais je pense qu’on est dans un manquement incontestable », a-t-il ajouté.

L’autorité a reçu via son site «  une cinquantaine de plaintes pour de multiples motifs » : «  images dégradantes », «  femmes-objets », «  valorisation de l’anorexie » et «  même incitation au viol, avec la notion des jambes écartées », a-t-il énuméré. «  Infériorisation de la femme, femme offerte… voilà la variété des images auxquelles ce type de campagne renvoie les jeunes publics, qui sont plus fragiles », a estimé Stéphane Martin. «  Je ne suis pas sûr que toutes les femmes client(e)s aient envie d’être associées à ces images-là ». La maison Saint Laurent, contactée, n’a pas commenté.

À quelques jours du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, la campagne a été épinglée sur Twitter à travers le hashtag #YSL Retire Ta Pub Dégradante. Pour Raphaëlle Rémy-Leleu, porte-parole d’Osez le Féminisme, « cette publicité coche toutes les cases d’une pub sexiste : hypersexualisation, femme réduite à un objet, position de soumission… C’est symboliquement très violent ». L’association a aussi reçu de nombreuses plaintes et alertes contre la marque, dont le directeur artistique est depuis 2016 le jeune créateur belge Anthony Vaccarello. « Comment est-ce qu’on peut croire aujourd’hui qu’on va encore réussir à vendre avec ça ? C’est à se demander si ce n’est pas intentionnel, dans l’idée de créer un bad buzz pour qu’on parle d’eux », souligne Mme Rémy-Leleu, inquiète d’une tendance à « la pornification de la femme » dans la publicité.

En 2015, une publicité Saint Laurent avait été interdite au Royaume-Uni : l’autorité de régulation de la publicité avait jugé que le mannequin qui y apparaissait était « maladivement maigre ».