Rapprocher ville et agriculture

E n Wallonie et à Bruxelles, 70 à 80 % de ce que nous mangeons provient d’ail-leurs alors que, depuis 10 ans, 40 fermes disparaissent chaque mois entraînant une perte de 3000 emplois par an. » Dans la version 5.0 de leur pièce Nourrir l’humanité, c’est un métier, Alexis Garcia, metteur en scène, et Charles Culot, comédien et fils d’agriculteur, enchaînent les constats « coups de poing ». Surendetté et sous-payé, un certain monde agricole se meurt. Dans le même temps, les cohortes de consommateurs attachés aux produits bio et locaux grossissent, en particulier dans les vil-les. Comment rapprocher les deux ?

En quelques mois, les auteurs de « Nourrir l’humanité, c’est un métier » et les responsables de la Ceinture Aliment-Terre liégeoise ont mis sur pied un festival baptisé « Nourrir Liège 2017 » (lire ci-dessous). Outre la présence de leur parrain José Bové et une foule d’animations et de débats, ce festival met en lumière des initiatives où le monde agricole trouve de nouvelles voies. Avec un défi : comment l’agriculture locale de demain pourra-t-elle nourrir les villes ?

Marché court-circuit

Mis en place l’an passé, ce marché organisé le jeudi après-midi et en soirée au cœur de Liège ne propose que des aliments produits dans un rayon de 50 kilomètres. Ravis de l’initiative de la Ville de Liège, les 24 producteurs redémarrent le 27 avril prochain avec une mise en bouche le 16 mars dans le cadre du festival.

Dans le même rayon, le nouveau magasin des petits producteurs ne désemplit pas. « On sent clairement qu’il y avait une attente non satisfaite, tant au niveau des consommateurs que des producteurs », souligne-t-on au cabinet des affaires économiques.

De la bière ou du pain à partir de céréales wallonnes

En Wallonie, seulement 7 à 8 % des céréales cultivées sont à destination de l’alimentation humaine, le reste étant dédié aux animaux ou à la production de biocarburant. La nouvelle brasserie coopérative liégeoise s’est installée dans une ferme liégeoise – La ferme à l’arbre à Lantin — où elle brasse la « Badjawe » à partir de froment et d’orge cultivé à proximité. « Le houblon vient de Flandre mais on veut en cultiver à Liège aussi, en sélectionnant des variétés adaptées », explique Frédéric Muratori, un des initiateurs de cette coopérative qui fédère 250 personnes. Dans le secteur du pain, des boulangeries comme « Un pain c’est tout » ou « Saperlipopette » travaillent avec des farines wallonnes. Dans le cas de Saperlipopette, la farine vient du plateau hesbignon, issue d’une variété spécialement adaptée à la boulange et moulue localement.

Fournir les collectivités

Le monde agricole sera-t-il capable de fournir prochainement en produits bio et locaux les cuisines de l’intercommunale ISOSL qui préparent les repas chauds pour les écoles et crèches de la Ville de Liège ? C’est le souhait du bourgmestre Willy Demeyer qui a placé cet objectif parmi les priorités du collège. Le projet se heurte à une série d’écueils dont la question du prix et celle de la représentativité des consommateurs (les parents) dans la prise de décision de l’intercommunale. Ailleurs, des initiatives comme « La Cuisine des Champs » ou « Devenirs » montrent que c’est possible.

Fédérer les agriculteurs

Mise en place en 2012, cette coopérative à finalité sociale fournit des légumes, fruits, produits laitiers et viandes à un millier de familles au sein d’un réseau de « points fermes » créés là où se trouvent les consommateurs (associations, écoles, lieux de travail...). Ces produits sont issus d’une vingtaine d’exploitations agricoles de la région liégeoise. C’est un succès : près de dix emplois ont été créés et une vingtaine de personnes réinsérées dans le monde du travail.