Zecca/Damiens: dialogue entre amis

Il répugne à parler de lui et se cache souvent derrière une fanfaronnade pour éloigner les curieux. C’est dire si François Damiens a fait une faveur à Jean-Michel Zecca en acceptant ce portrait de trente minutes d’où se dégage une certitude : cet homme-là reste pudique, sans jamais se hausser du col. Portrait ? Disons plutôt conversation sur le pont. Car la rencontre se déroule sur un voilier, cabotant près de l’île de Groix, dans le Morbihan. On sait l’attirance qu’exerce l’océan sur notre skipper du rire. Il en est d’ailleurs question dans l’émission avec le rappel de la traversée Jacques Vabre en 2013 avec Tanguy de Lamotte. Deux gars dans une cabine de six m2 pendant 18 jours, avec la houle qui vous entraîne vers le Brésil, faut traverser… François Damiens tient donc la barre de ces confessions. « Cet amoureux de la mer évite les embrouilles », lance Zecca, pull marin et barbe de trois jours, pour démarrer par les caméras cachées. Les deux hommes se connaissent et on sent l’animateur heureux d’être là, de tenir ce croquis avec la complicité du modèle. Il s’est déjà essayé au portrait télé dans “Qui es-tu ?” avec Stromae, Eden Hazard et Marc Wilmots et bientôt avec le prince Laurent. Ici, le trait se fait amical, à défaut d’être au long cours.

Place à Louane Emera d’abord, sa fille et partenaire dans la très touchante “Famille Bélier”. « Il ne se prend pas la tête. Il ne se la pète pas. Il est doux et gentil et il fait rire. Il est normal », ajuste la comédienne. La carrière défile avec quelques extraits des caméras de “François l’Embrouille” où il attrape qui il veut comme il veut. « Il est plus gênant et ridicule que les personnes qu’il piège », jugent Éric et Ramzy. Sur lui, François Damiens, qu’on sait réservé et si peu enclin avec la star-attitude, égrène quelques vérités : « Je ne sais pas ce que j’aurais pu faire d’autre », « Je n’ai pas de technique ; j’essaie juste d’être sincère », « Je n’aime pas me regarder ». Autant à l’écran, il se met en mode effervescent, autant en privé, il calme le jeu. Passe “Dikkenek” et son personnage affolant, “Le Caire nid d’espions” où il donne la réplique à Jean Dujardin en éleveur de poulets belge, ou encore “L’Arnacœur” où il débarque en plombier polonais dans la chambre de Vanessa Paradis abasourdie. En faire des tonnes, surtout quand son copain Benoît Poelvoorde est dans les parages, ce grand escogriffe connaît. Il maîtrise et peut vous en remontrer. Attentif, Zecca le relance sur ce vieux rêve de one-man-show jamais abouti.

Damiens ne calcule pas, il suit son cap. Il reconnaît avoir failli renoncer au tournage de “La famille Bélier” et à ses sept millions de spectateurs. Toujours en retard, il avait appris la langue des signes après ses partenaires. Éric Lartigau, le réalisateur, l’a recadré. Il a bien fait : en père sourd-muet, qui parle avec le cœur et comprend le désir intense de sa fille de chanter, Damiens est passé du rire gros sel à la petite larme qu’on essaie de dissimuler. Cette demi-heure passe trop vite. On n’a pas assez navigué ; le comédien s’est laissé approcher jusqu’à un certain point. Sur mer, on nous avait dit qu’il était lui-même. « Mes amis m’appellent le handicapé social », dit-il. Les marins sont taiseux…

A voir jeudi 16 mars 19h45, RTL-TVI.