Olivier Minne: "À Bruxelles, mes nostalgies se réveillent"

Quand il revient à Bruxelles, il loge chez sa petite sœur Bérangère à Boitsfort. Olivier Minne n’a pas oublié ses racines bruxelloises, lui qui vit désormais entre Paris et Los Angeles. Animateur, comédien, auteur (il vient de sortir une biographie sur Louis Jourdan, le dernier french lover de Hollywood dans les années 50), il aime varier les genres et les plaisirs. Le point de départ de cette aventure renvoie à une maternité d’Ixelles.

Toute votre activité professionnelle – de "Matin Bonheur" à vos débuts à "Fort Boyard" – s’est déroulée en France. Mais vos racines sont belges. Racontez-nous votre enfance bruxelloise…

Je suis né à Ixelles. Finalement, je ne sais pas trop ce que c’est que d’être belge ou bruxellois, mais bien d’être ixellois. Au moment de ma naissance, Ixelles, c’était une ambiance. On habitait près de la rue du Trône, sur le haut de la place Flagey qu’on appelait alors la place Sainte-Croix. J’étais dans ce coin-là. J’en garde des souvenirs de quartier, de petits commerces, la mercerie, le coiffeur, la fleuriste. La commune était paisible. On jouait dans la rue. Tout le monde se côtoyait, jeunes et adultes. Mais je parle comme un vieux con, non ? J’ai fait mes études dans les années 70 au Collège Saint-Michel. Ce fut pour moi une école extraordinaire. Les pères jésuites et les laïcs qui enseignaient toutes les matières furent des gens éclairants au plus haut degré. Il est parfois de bon ton d’accabler l’enseignement catholique – et notamment les pères – mais je dois avouer qu’ils firent preuve avec moi d’une formidable ouverture d’esprit. Il y a parfois un Dieu pour les cancres comme moi. On m’ouvrait sur les autres ; cette forme d’éducation était formidable. Entre quelques anciens de Saint-Mich’, on se dit tous globalement très heureux d’être passés par cette case-là.

Votre père était restaurateur. Il tient un resto près de la rue Haute, dans les Marolles…

Il tenait. C’était il y a 20 ans et le resto s’appelait "Chez Lagaf". Mon père est mort il y a quatorze ans. Il a exercé plusieurs métiers, de nuit, de responsable de plage en Espagne. Il a eu plusieurs vies. C’est un grand mystère pour moi. Il n’avait pas l’âme d’un aventurier mais il essayait une série de choses avec des fortunes diverses. Une vie n’est pas totalement ratée quand elle est émaillée de beaucoup d’échecs, si vous me permettez cette curieuse formule. Quand j’étais gamin, je donnais parfois un coup de main au restaurant. Ma mère était très différente : elle est artiste peintre. Elle a fait les Beaux-Arts. Elle signe de très jolies sculptures mais elle a arrêté ces activités à ma naissance. C’est de famille : son père était peintre, et puis on a George Minne (peintre-sculpteur symboliste belge renommé, ndlr). Finalement, le pinceau est présent chez nous. Il nous démange. Je peins aussi. Je dessine également. C’est comme une seconde nature pour moi. C’est ma mère et mon grand-père qui m’ont guidé au début.

L’ado bruxellois des années 80, il est comment dans les études ?

Il est un élève moyen qui s’applique à fond dans les matières qu’il aime bien. J’ai redoublé une fois, en 2e humanités, car je délaissais ce qui me barbait avec une mauvaise foi crasse qui faisait que "ça ne rentrait pas". J’ai toujours séché sur les maths, la chimie, la physique, pourtant au programme. Ensuite, j’ai tenté une année de droit aux Facultés Saint-Louis, puis une année de sciences politiques à l’ULB. Puis j’ai zappé vers la télé.

La télé vous attire très vite et c’est sur RTL que vous faites vos premiers pas : on est loin de la notoriété !

J’étais un total inconnu. J’entre comme homme à tout faire. Je fais du tri, de l’archivage. Je démagnétise des grosses cassettes Beta pour qu’elles puissent être réutilisées pour les news. Je nettoie. J’aide aux décors pour le débat politique de "Contrepoint". J’étais entré pour une semaine et j’y suis finalement resté de 1986 à 1988. Tout se passait dans la maison de l’avenue Roosevelt. J’ai connu l’âge d’or, entre la fin de RTL Télévision et les débuts de TVI. Pour un gamin de 19 ans, c’était extraordinaire de se retrouver au cœur de la naissance d’une chaîne. RTL, c’était la Villa Louvigny avec Jacques Navadic et Robert Diligent à Télé-Luxembourg que je regardais enfant. TVI était belge. Je n’y connaissais rien et j’y ai participé à mon tout petit niveau. Je me suis retrouvé en présence d’une jeune femme délicieuse qui s’appelait… Anouchka Sikorski. Elle a lancé le premier département jeunesse de TVI… avec "Chocolat Show" où elle m’a demandé de la rejoindre pour quelques saynètes. Et j’y fais mes premiers pas devant la caméra en 1987, il y a 30 ans.

À l’origine, c’est pourtant le métier de comédien qui vous attire : pourquoi ce changement de cap ?

Pas exactement. Je veux devenir journaliste. J’ai travaillé un an et demi au "Pourquoi pas ?" où je tenais une chronique avec Jacques Schepmans et tous les vieux briscards du journalisme d’opinion. Je faisais des petits billets sur les hommes politiques. Je me suis bien marré et j’ai beaucoup appris. Et pourtant, au fond de moi, je sentais que le journalisme n’allait pas remplir ma vie complètement. C’est en jouant avec Anouchka que m’apparaît une évidence, à savoir que la vraie vie, la seule vie, c’est jouer sur scène ! Quelques mois plus tard, je file à Paris, m’inscris au Cours Florent pour deux ans. Ensuite, je prépare l’entrée au Conservatoire. Je suis accepté au premier tour avec une des meilleures notes… et rejeté au second avec la pire des notes. Essayez de comprendre, j’avais présenté les deux mêmes scènes. J’ai su par la suite qu’un metteur en scène réputé, Jacques Lassalle, avait refusé mon admission prétextant qu’ « il n’avait pas besoin d’un fils à papa ». Mon prof d’art dramatique prétendait que je jouais comme Cary Grant avec les élégances de Louis Jourdan (il sourit).

La Belgique était-elle trop petite pour vous, à part quelques prestations sur la RTBF ?

Ce n’est pas qu’elle était trop petite. Familialement parlant, j’ai aussi des racines françaises par ma grand-mère. Je trouve des traces du côté du Béarn, de l’Artois et de la Bretagne. Je me sentais appelé par la France. Dans les années 80, vouloir faire du théâtre à Bruxelles n’était pas simple. On ne se promettait pas un avenir très joyeux. À Paris, ce fut presque pire. Il y a plus d’opportunités et de concurrence. Mais néanmoins, Paris et le théâtre, ça matchait ! J’étais au défi, à l’insu des miens. Je vivais ma merde, trouver du boulot, faire les trois heures et demie de train en TEE, vivre le change FB/FF défavorable, sans GSM évidemment… Toute cette époque m’a fait entrer dans l’âge adulte.

De retour à Bruxelles, vous ressentez un petit pincement au cœur ?

Ma vie quotidienne ne se passe plus ici. Elle est éclatée en différents points. Mais mes nostalgies se réveillent très vite et je les soigne. J’ai voulu les éviter à un certain moment mais aujourd’hui je les aborde comme des moments de douceur qui me reviennent. Je les accueille même chaleureusement. À Bruxelles, je goûte ce côté joyeux.