Comblain-au-Pont, une mairie autonome en énergie

Qu’on soit geek ou nostalgique du bon vieux temps, le numérique s’installe dans notre quotidien. Certaines communes, regroupées sous l’appellation anglophone « smart cities » (villes intelligentes), ont d’ores et déjà sauté le pas en usant des nouvelles technologies comme d’un outil pour remporter des défis sociétaux. Parmi ceux-ci, la lutte contre le gaspillage énergétique et la diminution de l’empreinte écologique communale.

Avec une mairie autonome en énergie, Comblain-au-Pont, bourgade rurale au bord de l’Ourthe, fait partie des pionniers du plat pays. Couronnée du prix « Smart Energy » des Smart City Awards d’Agoria, elle est également en lice pour les Belfius Smart Awards, dont le classement est attendu courant mai.

A l’origine de cet engouement, on trouve le projet «  Pôle Communal Smart Energy » mené par Georges Vangossum (IC-PS-CDH), échevin des nouvelles technologies, de l’environnement et des finances. «  À côté des évidentes économies financières, les objectifs poursuivis étaient surtout environnementaux, grâce à l’autoproduction d’électricité verte et à la diminution d’émissions de CO2 qui en découlent.  »

La Wallonie rurale à la traîne

Mi-février, le Smart City Institute (HEC-ULg) livrait le premier baromètre belge sur le thème des villes intelligentes. Quelque 389 communes, soit 66 % des 589 communes belges considérées par l’enquête universitaire, se sentent concernées par ce sujet. Particulièrement en Flandre et à Bruxelles, où il résonne chez 84 % et 88 % des entités urbaines. En Wallonie, c’est différent. A peine 45 % des communes considérées comme urbaines trouvent le concept de « smart city » pertinent. Et un constat encore plus dur émane des zones rurales du pays : seules 34 % y trouvent un quelconque intérêt (contre 77 % des zones urbaines belges).

Pour tenter d’expliquer cette hétérogénéité, Jonathan Desdemoustier, chercheur au Smart City Institute, explique que «  les territoires urbains concentrent une population plus nombreuse et hétérogène ainsi que de nombreuses dynamiques en place – économiques, culturelles, politiques et entrepreneuriales. C’est un paysage plus propice au changement que dans les communes rurales. Par contre, la transformation s’opère plus facilement dans une structure plus petite, caractéristique des zones rurales  ».

En tout cas, à Comblain-au-Pont, commune de 5.000 âmes, on a de la suite dans les idées et on ose aller de l’avant. Pour combler les besoins de la maison communale, deux techniques complémentaires sont à l’œuvre. Il y a tout d’abord des panneaux photovoltaïques qui en coiffent le toit depuis 2010. «  Avec une dizaine de communes, nous avons participé au projet SOLWAT en 2008. Les panneaux ont coûté environ 70.000 euros dont 80 % subsidiés. Le reste a vite été amorti  », précise l’échevin, avant d’en venir à l’originalité énergétique de la bourgade : l’hydroélectricité.

Sensibiliser les citoyens

A quelque 200 mètres de la mairie, sur le site dit « du Moulin », bouillonne une source souterraine. Après que des citoyens aient évoqué l’intérêt énergétique de cette ressource, un projet communal d’hydroélectricité voit le jour en 2014. En suite de l’étude du potentiel de la résurgence, le choix s’est orienté vers une turbine de 2,3 kW de type « Banki ». «  Ce projet a coûté environ 100.000 euros. La Wallonie est intervenue à hauteur de 15.000 euros » , précise-t-il encore. A l’accueil de la mairie, un écran révèle en temps réel la quantité d’énergie produite et le nombre de kilos de CO2 économisés. De quoi sensibiliser le citoyen.

Cette production hydroélectrique, dépendante du flux de l’eau, est d’environ 20 MWh et s’ajoute à celle des panneaux photovoltaïques. Par ailleurs, l’administration communale a ausculté sa consommation électrique. Et l’a fait drastiquement chuter de 33.000 kWh en 2009 à 3.000 kWh en 2016. Une faible consommation associée à une autoproduction suffisante, c’est l’équation idéale pour une mairie autonome en énergie.

Actuellement, on s’attelle à y remplacer les anciens luminaires aux ampoules énergivores par des tubes LED 5 à 10 fois moins gourmands en électricité. Une fois le parc lumineux totalement mis à neuf, la consommation électrique de la maison communale va encore diminuer ; de telle sorte qu’elle pourrait être en surproduction électrique. «  Si cela se confirme au terme de deux années d’observation, nous utiliserons le surplus d’électricité pour l’éclairage public autour de la mairie  », ajoute Georges Vangossum. Et ce, tout en luttant contre la pollution lumineuse en orientant la lumière de façon adéquate.

Et de conclure : «  la transition énergétique ne se fera pas sans technologies. Du moins si elles sont bien utilisées.  »