La politique régionale menace le port

Quelle place pour les activités portuaires à Bruxelles ? Logistique et transport de marchandises sont indispensables pour une ville car elles permettent d’approvisionner des commerces, des populations, des chantiers, des industries ou encore d’évacuer des déblais et déchets.

Mais cet espace suscite l’intérêt des investisseurs, qui y voient une opportunité, vu le faible coût et la disponibilité des terrains, et les autorités publiques régionales y prennent de nombreuses initiatives de reconversion de l’espace public. Le géographe Mathieu Strale (ULB), montre bien ce lundi pour Brussels Studies (www.brusselsstudies.be) comment ces projets et intérêts multiples modifient les équilibres socioéconomiques de l’axe du canal, transforment le profil urbanistique et augmentent la pression foncière sur ce territoire.

Ses observations appuient l’hypothèse que les jeux fonciers et les rapports de force dans l’espace du canal tendent à renforcer le recul des activités logistiques à Bruxelles, malgré le rôle majeur que peuvent jouer certaines d’entre elles pour l’approvisionnement et l’économie urbaine. Au-delà, ces changements mis en lumière illustrent, selon l’auteur, les transformations qui se déroulent dans l’espace du canal, sur le plan urbanistique, politique et social et plus largement l’évolution de la politique de développement urbain à Bruxelles. Les conséquences négatives potentielles sur le maintien de l’activité portuaire et logistique pour l’économie, la mobilité et l’environnement bruxellois devraient en effet faire l’objet d’une forte attention.

Pour appuyer une action publique régulant mieux la concurrence des fonctions dans la zone du canal, des coalitions inédites pourraient ou devraient apparaître. Par exemple entre industriels, grossistes, logisticiens (menacés d’éviction) et… les habitants, qui subissent indirectement les transformations socioéconomiques de la zone. Cette nouvelle coalition pourrait même soutenir les autorités chargées du transport. Mais ce ne sera pas facile, ajoute l’auteur car les intérêts ne sont partagés que sur certains dossiers et divergents sur d’autres. Et, surtout, cette hypothétique coalition aura fort à faire face aux promoteurs et aux logiques plus entrepreneuriales d’autres acteurs publics.