Liège: les infirmières en colère

A 58 ans, on n’est plus comme à 20 ans, souffle Marianne, infirmière au bloc opératoire au CHU de Liège. Non seulement à cause de la manutention physique des patients, mais aussi parce que la charge de travail a augmenté ces dernières années. Les interventions chirurgicales sont plus longues, plus lourdes, plus exigeantes… et engendrent donc davantage de stress. »

Marianne bénéficie d’une mesure d’aménagement de fin de carrière (en vigueur depuis 2006, NDLR) qui lui donne droit à 36 jours de repos supplémentaires par an à partir de 55 ans (12 jours à 45 ans, 24 jours à 50 ans). Un droit que la ministre de la Santé Maggie De Block voudrait remettre en question, en supprimant les 12 jours à 45 ans pour ne garder que deux paliers (50 et 55 ans).

Ces jours sont salvateurs

« Quant à la question du nombre de jours de repos, actuellement progressif en fonction de l’âge, la ministre reste évasive, précise Éric Maclot, directeur du département infirmier du CHU de Liège. La ministre voudrait aussi supprimer les primes liées aux titres des années de spécialisation lors des études d’infirmier. » Soit environ 115 euros net par mois.

« Je ne m’en rendais pas compte à 45 ans, reprend Marianne, mais avec près de 15 ans de plus, je sens que ces jours de repos de fin de carrière me sont vraiment utiles pour éviter le burn-out. Ce petit jour par semaine me permet de faire mon boulot à la maison, de m’occuper un peu de moi, et de me déconnecter par rapport à la difficulté du métier, qui nous forge une carapace. Je suis moins fatiguée quand je reviens. »

Marianne voit ses collègues plus jeunes tirer la langue, et elle ne peut imaginer qu’elles n’auront pas, elles, ces fameux petits jours compensatoires…

« Les pathologies sont de plus en plus lourdes et la pénibilité est autant physique qu’émotionnelle », souligne l’infirmière.

Le bloc opératoire du CHU, ce ne sont pas moins de 35.000 interventions chaque année. Les urgences voient passer 95.000 patients, et 41.600 Liégeois ont été hospitalisés l’an dernier.

« Les infirmières ne sont pas de nature grévistes mais là, elles sont très inquiètes. Beaucoup de non-syndiquées iront aussi manifester, reprend le directeur du département infirmier. On leur demande d’en faire de plus en plus, elles acceptent toujours plus et là, on voudrait toucher à leurs avantages… »

« Je pensais que je n’avais plus que deux ans à tenir pour avoir ces jours, s’inquiète Aziza, 43 ans, elle aussi au bloc opératoire. Pour m’occuper de ma famille et faire ce que j’ai envie… Nous donnons tout, nous sommes performantes, mais nous ne nous sentons pas reconnues. On risque de craquer à terme… »