Cerveau: comment le garder en forme!

Les magazines télé de Michel Cymes sont-ils bons pour le cerveau ? À coup sûr oui si l’on considère qu’ils donnent à voir, à jouer et à réfléchir. En ce sens, ils contribuent indirectement à le maintenir en forme. Mais l’essentiel repose sur nous : hygiène de vie, alimentation, gym cérébrale, pour celui qui reste avant tout médecin, le cerveau doit se nourrir de 1.001 attentions et plaisirs. Dans un livre amusant et accessible, il donne de précieux conseils.

Vous commencez par un point essentiel dans votre livre : le cerveau est gourmand et il se sert en premier !

Absolument. Un cinquième de nos calories, 40 % de l’oxygène qu’on respire, vont dans le cerveau. Les gens ne savent pas que l’alimentation a une grande influence sur son fonctionnement. Tout notre sang passe par lui, qui est très irrigué. Tout ce qu’on mange, que ce soit bon ou mauvais, va à un moment ou à un autre passer par lui. Attention dès lors au mauvais cholestérol, à la malbouffe, mais aussi aux perturbateurs endocriniens dont on se demande s’ils ne sont pas en partie responsables de la baisse du Q.I. observée dans les pays développés.

Où se situe le niveau de connaissances du cerveau actuellement ? Est-il suffisant pour un organe aussi complexe ?

Le cerveau est un organe compliqué et paradoxal, qui dicte tout notre comportement, et notamment la parole. On apprend tous les jours de nouvelles choses sur lui. Je me souviens, quand j’étais étudiant en médecine dans les années 80, avoir appris une vingtaine d’aires cérébrales, chacune étant responsable d’une fonction particulière : la mobilité, la pensée, la mémoire, les cinq sens, l’émotion, etc. Aujourd’hui, on en décrit 200 par hémisphère. À l’époque, pour comprendre ce qui se passait dans le cerveau, on était obligé d’ouvrir. Aujourd’hui, on procède à une IRM en cinq minutes ! On peut chiffrer avec certitude le nombre de neurones : 100 milliards à la naissance mais on en perd 100.000 par jour ! L’important, ce sont les connexions entre ces neurones. Chaque neurone est connecté à 10.000 autres.

Jusqu’à quand le cerveau se développe-t-il ?

Il va maturer jusqu’à 25, 35 ans avec un maximum d’efficacité. Tout n’est pas figé à la naissance. Plus on apprend, plus on établit de connexions. Le cerveau, il faut le stimuler très jeune et toute sa vie ! Y compris chez les bébés, même chez l’embryon dont le cerveau fabrique 500 neurones par minute. Avis aux femmes enceintes car l’alcool est très toxique pour le cerveau. Les enfants ont un cerveau très vulnérable. C’est pour cette raison que je consacre un chapitre aux ravages du cannabis car durant l’adolescence, le cerveau est en pleine maturation. Vous flinguez pas mal de neurones en vous assurant quelques troubles mentaux si vous consommez !

Peut-il bien vieillir ?

Oui, si l’on acquiert sans cesse de nouvelles connaissances. Et même si, par malheur, on est sujet à une maladie dégénérative type Alzheimer, elle sera retardée si vous avez bien nourri votre cerveau et si vous avez fait de l’activité physique. Bien sûr, la génétique intervient et crée des inégalités. Mais chacun a des compétences, à charge pour nous tous de les travailler.

Quels conseils donner pour prendre soin de son cerveau ?

D’abord, prendre conscience de ce qui ne va pas. Lutter contre tout ce qui est mauvais pour votre cerveau, à commencer par le stress. Notre société est très stressante à tous points de vue : smartphone, mails, politique internationale, vie quotidienne… Ce stress attaque directement les neurones car il agit sur le cœur, la tension artérielle, la sécrétion de neuromédiateurs dans le cerveau, qui sont mauvais. Il faut lister tout ce qui vous pourrit la vie. Apprendre à dire non pour ne pas saturer ! Qu’est-ce qui ne me fait pas plaisir ? Moi, j’ai une chance folle car je n’ai pas l’impression de bosser, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Supprimons tout ce qui nous parasite et nous pollue la vie, "ce qui nous prend la tête" ! Ensuite, à côté des obligations, se donner des défis et un sens à sa vie. Par exemple, moi j’ai escaladé le Ventoux à vélo, ce qui m’a apporté bien-être et estime de moi. Car le bonheur, c’est 40 % de génétique, 10 % de conditions de vie et les 50 % restants, on peut agir dessus. Le maître mot, c’est "équilibre". Le second, c’est plaisir. Le problème, c’est qu’ils s’entrechoquent. Comme disait Woody Allen : « Pour vivre centenaire, il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie de vivre centenaire. »

Le cerveau peut vraiment se régénérer ? Que faire en cas de maladies graves ?

Oui, les neurones repoussent et peuvent se reconnecter. Il faut se faire du bien au cerveau. Alors oui, il y a des tumeurs, des AVC mais, s’ils sont pris tôt, on peut récupérer. Sur Parkinson ou Alzheimer, c’est différent, on reste très démuni, d’où l’importance de la prévention. Mais les recherches progressent en laboratoire, notamment avec les cellules-souches. On ne sait pas les guérir pour l’instant mais c’est impossible qu’on ne trouve pas la solution dans les décennies qui viennent.

Peut-on aborder clairement le thème du cerveau en télé ?

On l’a fait ! Deux fois avec Adriana Karembeu. On a fait "Les pouvoirs extraordinaires du cerveau" sur France 2. Cela fait 20 ans que je fais de la télé : rien n’est inexplicable, on peut tout simplifier, tout vulgariser. On trouve toujours les mots. Einstein disait que si on n’est pas capable d’expliquer quelque chose à un enfant de 6 ans, c’est qu’on ne l’a pas compris soi-même. Ce thème revient tout le temps dans "Le magazine de la santé".

Le cerveau a-t-il un sexe ?

Oui, certaines zones sont plus développées chez les hommes ou chez les femmes. Le cerveau pèse environ 100 grammes de moins chez la femme. Mais elle a autant de neurones. Ils sont plus concentrés, égalité parfaite ! La testostérone chez les hommes fait qu’on ne fonctionne pas de la même façon, notamment pour ce qui est du quotient émotionnel (Q.E.). Il est moins développé chez nous.

La gym cérébrale est-elle indispensable ?

Elle est importante car elle stimule la neuroplasticité. Mais ne croyez pas que parce que vous faites du sudoku toute la journée, tout ira bien ; vous allez juste développer cette partie-là. Il faut multiplier les centres d’intérêt, sinon on est monotâche. Évidemment, on mémorise moins bien avec l’âge. L’hippocampe, qui est le centre de la mémoire, est le premier touché dans l’Alzheimer, mais il se renouvelle. Il faut entretenir sa mémoire, se souvenir par cœur, apprendre des poésies. On peut mettre en place des stratégies, des moyens mnémotechniques et se concentrer.

L’humour, c’est bon pour le cerveau ?

C’est très, très bon. Non seulement, ça mobilise les muscles du visage mais ça favorise aussi la production d’endorphines qui sont excellentes pour le bonheur.