Les coûts cachés du parcours d’intégration obligatoire

L’inauguration, prévue de longue date, devait avoir lieu le 23 mars 2016. Autant dire qu’au lendemain des attentats de Bruxelles, l’ouverture des portes de Via, premier bureau d’accueil des primo-arrivants (Bapa) francophone à Bruxelles, s’est déroulée dans la discrétion. Un an plus tard, l’heure est venue pour le président de l’ASBL Vincent Vanhalewyn, également échevin Ecolo de l’Intégration sociale à Schaerbeek, de dresser un premier bilan des activités de Via. Un bilan qui mérite d’autant plus l’attention que, rappelons-le, le rôle de Via est d’accompagner les primo-arrivants dans leur parcours d’intégration, et que ce dernier sera bientôt rendu obligatoire à Bruxelles : ainsi en a-t-il en effet été décidé la semaine dernière en commission des Affaires sociales de la Commission communautaire commune de Bruxelles (Cocom).

Ce n’est donc pas tant sur le nombre de personnes qui ont été accompagnées par Via (environ 1.100), ni sur son action (un bilan social établi pour chaque personne, suivi d’un cours de dix heures sur les droits et devoirs en Belgique organisé dans la langue du primo-arrivant – 11 langues sont pratiquées par le personnel de Via –, suivi d’un cours de français jusqu’au niveau européen A2 et d’un cours de citoyenneté de 50 heures, tout cela fixé dans une convention signée avec chaque participant) que Vincent Vanhalewyn souhaite insister. Même s’il se dit très satisfait sur ce plan. C’est davantage dans la perspective du moment où ce parcours sera devenu obligatoire qu’il souhaite faire part de ses remarques.

D’abord, se réjouit-il, « Via est très correctement financé ». Un constat d’autant plus heureux qu’il émane d’un représentant d’un parti qui se trouve dans l’opposition au niveau de la Région. Un point important, en outre, pour un espace où s’organisent des cours, que les primo-arrivants sont appelés à fréquenter durant plusieurs mois, et qui se doit donc d’être accueillant. Et puisqu’on en est aux fleurs, Vincent Vanhalewyn salue également la décision de rendre ce parcours d’accueil obligatoire. « Lorsqu’on a décidé de rendre l’école obligatoire, c’était le droit à l’éducation pour tous dont on décidait. Cette décision y est comparable », analyse-t-il. Le président de Via observe encore qu’étant donné que la Région bruxelloise est appelée à signer des accords de coopération avec la Région flamande, via l’ASBL Bon, et avec la Commission communautaire française (Cocof) pour rendre ce parcours contraignant, cela formalisera la collaboration entre les néerlandophones et les francophones de Bruxelles, qui existe déjà, « et c’est une excellente chose », s’enthousiasme-t-il.

Mais après les fleurs, le pot. Ou en tout cas une série d’observations qui se veulent constructives, assure le Schaerbeekois. Lorsque le parcours d’intégration sera devenu obligatoire, il faudra penser à l’accueil de la petite enfance, avertit-il. « Il faudra que les mamans qui ont des enfants en bas âge et qui devront suivre 20 heures de cours par semaine puissent confier leurs enfants à une structure, note-t-il. Actuellement, nous ne pouvons pas mettre de structure d’accueil de ce type en place, parce que nous ne sommes pas financés pour ça. » Deuxièmement : le futur décret fixe les exemptions à ce parcours, et notamment pour les citoyens issus d’un Etat membre de l’Union européenne. « Mais il ne faut pas exclure ces personnes non plus, insiste le président de Via. Certaines personnes venues des pays de l’Est sont demandeuses de suivre ce parcours. Or l’ordonnance ne prévoit pas ces cas. »

Enfin, et là c’est l’échevin qui s’exprime, le décret prévoit que les communes devront informer le primo-arrivant nouvellement inscrit de l’obligation de suivre le parcours, prouver aux bureaux d’accueil qu’ils sont bien inscrits au registre de la population, prouver à la Cocom, qui sera l’institution sanctionnatrice, que le parcours a bien été suivi dans l’année… « Bref, à Schaerbeek, cela devra se traduire par du recrutement de personnel administratif », résume-t-il. Et donc un coût. « Ce n’est pas impraticable, conclut Vincent Vanhalewyn. Je dis juste : attention ! »